Découverte du voyage, voyages de découverte

Sorbonne, Salle G 366, le mardi de 11h00 à 13h00 à partir du 25 octobre 2005
François MOUREAU

Découverte du voyage, voyages de découverte, séminaire sous la direction du professeur François Moureau

Le mardi de 11h00 à 13h00 à partir du 25 octobre 2005, en Sorbonne, Salle G 366.

Premier Semestre M1FR436A : cours du 25 octobre 2005 au 10 janvier 2006
18 janvier 2006 : Examen de semestre
Deuxième Semestre M4FR436A : cours du 21 février 2006 au 16 mai 2006
23 mai 2006 : Examen de semestre

Aux siècles classiques du voyage, ce type d’activité ne peut avoir pour but que l’utilité, pour reprendre la formule célèbre de Baudelot de Dairval. Qu’entend-on par «utilité» ? Une condition qui était dans le projet même du voyage : rapporter des épices, convertir des «sauvages», compléter une flore, fouiller les vestiges des cités antiques. Le voyageur ne part pas « à la découverte », il justifie cet acte singulier de quitter sa patrie par un objet qui, tout extérieur qu’il est au voyage, lui donne son sens. Sans cela, voyager serait une errance vide, une scandaleuse divagation. Le texte de voyage témoigne de cette absolue nécessité de faire des étapes de la pérégrination des moments qui en construisent le sens. Est-ce à dire qu’on ne découvre que ce que l’on connaît ? Colomb découvre l’Amérique en croyant accéder aux portes de la Chine ; dans l’intérieur de l’Amérique, vivent les Amazones et les Acéphales renouvelés de l’Antiquité et de Marco Polo ; le Continent austral « doit » exister pour équilibrer la masse des terres de l’hémisphère nord ; coupée en deux, la banane présente une croix, parce que c’était le fruit du paradis terrestre, etc. Rien de nouveau sous le soleil, que des confirmations d’une providence qui a pourvu à tout. La découverte se fait souvent par hasard, du moins en apparence : Bougainville découvre Tahiti ou la Nouvelle-Cythère après un long voyage qui l’a mené de l’Europe à l’Amérique latine, qui en est la caricature ; il sait que le monde austral doit offrir ce monde « inversé » qu’il ne reste plus qu’à révéler, une société stable d’athées heureux : il ne va pas manquer de la « découvrir ». Mais le voyageur ne mesure pas que la découverte n’est pas où il la croit : c’est lui-même qu’il change, qu’il met au jour, avec ses peurs de l’autre, ses pulsions, son impérieux besoin de dominer et d’expliquer. Il rapporte du voyage de quoi ranger en ordre serré dans les « cabinets de curiosités » - artefacts variés, animaux naturalisés, plantes séchées -, mais il est lui-même ce produit du voyage, dont la relation apportera, minime ou éclatante, la preuve d’une étrangeté irréductible du monde.

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