La littérature des voyages maritimes

Sorbonne, salle 326, escalier G, 2e étage, le mardi de 11h00 à 12h30, Année universitaire 1999-2000
Conférences du Séminaire du Professeur François Moureau (FR417/517)
Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages (CRLV)
en liaison avec
l'Institut de Recherche sur les Civilisations de l'Occident Moderne (IRCOM)

La littérature européenne des XVIIe et XVIIIe siècles est, en général, indifférente aux grands espaces. C'est dire combien les relations de voyage et celles des navigations de haute mer appartiennent alors peu à la littérature. Les conférences du séminaire concernent pour l'essentiel les récits maritimes français. Les cartes de la fin du XVIIe siècle témoignent de ces vastes étendues du globe dont l'exploration est encore incomplète ou celée dans les archives des amirautés et des grandes compagnies de commerce internationales. Si des voies maritimes sont bien balisées comme celles qui conduisent vers les Amériques ou la route des épices contournant l'Afrique pour rejoindre l'Asie, l'hémisphère Sud reste en grande partie « terra incognita » et le sujet de toutes les rumeurs, renforcées par les mystères qu'en font les navigateurs et les cartographes, voire par la confusion née de terres à peine entrevues, baptisées et mal situées à cause de l'incertitude permanente des longitudes. Il faut attendre le fin du XVIIIe siècle pour voir définitivement détruit le mythe du continent austral. Le récit de mer cherche son style. La littérature de mer qui fait éclater les cadres idéologiques en même temps qu'elle découvre des paysages nouveaux, dont le vocabulaire descriptif est encore à naître, et des moeurs hétérodoxes, qui font douter de l'humanité, inspire quelques écrivains en quête d'émotions et de la libération du modèle romanesque classique, ces nouvelles galantes ou historiques, parfois exotiques, mais presque toujours convenues, des décennies de l'âge du rococo. Il n'en demeure pas moins que le style du récit maritime, en partie de fiction ou de fabrication, apporte une couleur nouvelle à la littérature. On peut y voir aussi un élargissement de l'imaginaire social vers des modèles originaux, qui ne correspondent ni à la morale ni au discours conventionnels du temps. Les récits de ceux que l'on appelle les « aventuriers » - les flibustiers plus encore que les corsaires - dessinent une nouvelle catégorie héroïque qui tranche à l'évidence avec le stoïcisme chrétien de la tragédie classique : ils annoncent en revanche toute une littérature de la mer qui fleurira au XIXe siècle. Car la plupart des auteurs insistent sur le statut de document non-littéraire de ces relations, vieux fantasme de la république des savants pour qui les « bonnes lettres » étaient le refuge un peu honteux de la subjectivité, la fiction romanesque ou tragique ne se justifiant à la rigueur que par « l'Histoire » ou par la « Fable ». Voyages savants, ces relations ont survécues moins par ce qu'elles disent de civilisations sans écriture dont elles sont les seules témoignages avant leur destruction par le contact avec notre monde que par la charge d'images et de symboles universels que les navigateurs prirent au filet d'un texte qui avait une tout autre destination.

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