Relations savantes

Château de La Napoule et Musée océanographique de Monaco, les 11, 12 et 13 juin 2003
Voyages et discours scientifiques
le CRLV
en collaboration avec le Fonds national suisse de la recherche scientifique et le Musée océanographique de Monaco
et en partenariat avec la Fondation d'Art du Château de La Napoule

Pour son XVIe colloque international annuel, le CRLV poursuit sa politique de recherches interdisciplinaires autour de la littérature des voyages. De l'âge des Grandes Découvertes aux explorations africaines du XIXe siècle, voire aux enquêtes ethnographiques du siècle suivant, la relation de voyage, qui est devenue de la littérature au XIXe siècle seulement, a été surtout un moyen de lire la bibliothèque du monde et d'en déchiffrer les mystères. Ce colloque se construira autour de plusieurs problématiques : les chemins de la science ; regard et objectivité scientifique ; naissance de l'ethnographie ; (d)écrire le monde ; les langues de la science ; poétique du voyage scientifique.
La journée du 13 juin est consacrée aux voyages scientifiques en montagne, et en particulier dans les Alpes. Prise en charge par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, cette journée est placée sous la responsabilité d'une équipe de recherche du PNR 48 (Paysages et habitats de l'arc alpin). La matinée sera dévolue à des voyages météorologiques, climatiques et médicaux étudiés dans un projet de recherche portant sur Le bon air des Alpes. Durant l'après-midi, des chercheurs internationaux présenteront des voyages voués à plusieurs disciplines : géologie, minéralogie, géographie et cartographie. Depuis la Renaissance, la montagne a été un lieu de questionnement extraordinairement riche. Les phénomènes qu'elle présente ont demandé pour être compris le développement d'instruments, d'expériences et de théories scientifiques complexes. De l'ancienne physique des quatre éléments aux théories de la terre, puis à la géomorphologie, à la minéralogie et à la stratigraphie ; de la chorologie à la géographie et à la cartographie ; des conceptions aristotéliciennes de l'air et du feu en vigueur au XVIe siècle, à la chimie, à la météorologie et à la climatologie ; de la médecine hippocratique aux cures d'air modernes - les savants voyageurs ont trouvé dans la montagne une source de connaissances et une occasion de développer leurs observations en excursionnant sur le terrain, au fur et à mesure qu'évoluaient les exigences de méthode et les contextes sociaux de la pratique scientifique.
Les traces de cette activité sont nombreuses et diverses, autant que le sont les formes de l'écriture savante. Celle-ci ne se présente pas seulement, en effet, sous la forme de la relation, du récit d'excursion et de la consignation d'expériences. La formule notée sur un carnet, le croquis, le calcul en font partie, autant que le rapport, l'article, la rédaction d'un journal de terrain, ou le document iconographique. Mais d'autre part, certains modèles de pensée, comme les formes discursives de la narration et de la description, ont pu jouer un rôle dans bien des recherches expérimentales : monter, séjourner en altitude, redescendre, ces séquences constituent des sortes de canevas capables d'inspirer des protocoles d'observation, voire des reconstitutions de conditions expérimentales, et d'anticiper des attentes. Car l'imaginaire n'est pas absent des rapports entre le discours scientifique et le voyage en montagne. Il dispose ses schèmes dans l'esprit du voyageur savant comme dans tout autre, glisse ses figures à tous les moments du voyage, lorsqu'il s'agit d'en fixer les objectifs comme d'en transmettre les résultats.
A l'horizon de cette journée, il y a bien un questionnement porté sur le rôle joué par la montagne dans la connaissance scientifique ; sciences de la nature et sciences de la société s'y trouvent mêlées, à la fois sur le plan historique et sur celui de l'épistémologie. Ce rôle passe ici par la médiation du voyage, c'est-à-dire d'une pratique qui délimite mais aussi stimule la production du savoir, tout comme elle propose des formes et un cadre socio-culturel à sa transmission. On voudrait par là contribuer à l'effort vers une conception intégrative de l'histoire culturelle, capable de dépasser le clivage des deux cultures.

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