« Bildungsroman et décolonisation de Madagascar : Le Goût de la mangue de Catherine Missonnier (2001) »

Année 1956 : entre le Cercle nautique de Tamatave, le Lycée Jules Ferry et la Paroisse protestante internationale de Tananarive, fascination et répulsion pour la culture des Andriana (aristocrates) malgaches se nouent dans le cœur d’une adolescente de la jeunesse blanche dorée.
Née en 1941, Catherine Missonnier est auteur de récits pour la jeunesse reposant parfois sur les trois puis une années de séjour colonial comme fille d’entrepreneur à Madagascar. Intégrant le topos de l’empoisonnement dans le dénouement, son roman Le Goût de la mangue (2001) convoque la nécessaire interrogation du genre en inversant la problématique des frontières du récit de voyage (Chupeau, 1977). L’imaginaire constitue ici le socle de la réalité sociologique destinée à l’horizon d’attente (Jauss, 1990) des années 2000.
En effet, Le Goût de la mangue implique une double polarisation : d’une part, le voyage intérieur dans la reconstitution de l’adolescence vécue en colonie, et d’autre part, l’instruction de la jeunesse française contemporaine à qui s’adresse le roman, avec 16 000 exemplaires vendus, une 7e édition en 2006 et une place officielle dans les lectures recommandées en quatrième. Nous sommes là confrontés à une nouvelle manière de révéler l’altérité à des individualités en cours de profonds remaniements. L’inversion générique s’impose ici comme fait littéraire : quand habituellement la littérarisation du récit de voyage transmue celui-ci en roman, ici, c’est l’érudition ethnologique qui apparente la fiction au récit de voyage. Nous nous rappelons alors que cette année 2007 est celle du centenaire des Immémoriaux. Le « pouvoir de concevoir autre » a investi depuis des décennies le champ trop étroit du roman ethnographique.
Au bilan toutefois, entre exotisme et altérité, le constat reste le même : la production du savoir sur l'autre est effet de genre. Ici un roman pédagogique qui vacille entre humanisme éclairé et désir d’enfance coloniale.

Corpus : MISSONNIER Catherine, Le Goût de la mangue. Roman, Paris, Éd. Thierry Magnier, 2001, 216 p.

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