« Chroniques de l’éloignement. Ceylan et l’Inde dans Dans l’Inde (1891) et Sanctuaires et paysages d’Asie (1905) d’André Chevrillon »

Neveu d'Hyppolite Taine, qui veilla de très près à sa formation, André Chevrillon commence, en 1891, une œuvre d'essayiste attentive à observer les profonds bouleversements du monde à l'ère des Empires. Sa double culture française et anglaise lui permit de bien comprendre l'ampleur d'un phénomène qu'il observa de près à l'occasion de grands voyages, aux Etats-Unis, en Asie, en Afrique du nord et au Proche-Orient. Dès sa découverte de Ceylan puis de l'Inde, il y a chez Chevrillon une thématique de l'éloignement, de la distance culturelle, surtout lorsqu'on approche de civilisations qui n'ont pas encore été entraînées dans un processus de modernisation coloniale qui consiste pour l'essentiel à les insérer dans l'engrenage des grandes forces mondiales. Chevrillon ne parle pas de « globalisation », mais il analyse attentivement ce qu'il appelle un mouvement de « généralisation » planétaire dont il n'observe, en fait, que les commencements. De là son empressement à découvrir des cultures qui sont encore lointaines, et qui ont pu développer librement leur singularité. Dans les deux récits que nous allons étudier et comparer, la traversée de l'océan Indien, dans son immensité mystérieuse, est comme le prélude à un plus vaste dépaysement, dont Chevrillon se fera le chroniqueur et le poète. Mais l'« éloignement » est aussi synonyme d'une perte des repères culturels, au fur et à mesure que l'on s'enfonce à l'intérieur des terres, et que l'on découvre des civilisations (bouddhistes, hindouistes) devant lesquelles les critères intellectuels européens sont inopérants. Dès lors le voyageur fait l'expérience d'un éloignement de soi sans être sûr pour autant de rencontrer l'autre. De cette position inconfortable peut naître un genre littéraire bien particulier, à la rencontre du récit de voyage et de l'essai philosophique.

Chercheur: 

Session: 

09h50