« Le voyage à Pondichéry. "Indigènes" et politique indigène de la France en Inde dans la littérature documentaire et de voyage (1871-1954) »

Si certains voyageurs parcourent « l’Inde à fond de train », pour reprendre le titre choisi par l’un d’entre eux, et véhiculent en France des clichés et des préjugés, d’autres, auxquels la communication sera consacrée, s’attardent dans l’immense péninsule, en observent les religions et la société et réfléchissent sur l’art de gouverner ces populations dociles au joug colonial tant que leurs cultes et leurs castes sont respectés. L’Indien, en dépit de quelques coutumes « barbares », est jugé civilisé, mais réfractaire au « progrès ». En raison de son attachement passionnel au Dharma [l’ordre cosmique et social] et au Mamoul [l’Usage], il ne peut évoluer que lentement, imperceptiblement même. C’est la raison pour laquelle la plupart des écrivains et reporters jugent que la politique britannique d’association des deux civilisations est la bonne : c’est par le contact prolongé avec l’Occident que l’Indien sortira de son immobilisme. Ils ne comprennent pas que la République ait rompu avec le strict respect du Mamoul et du statu quo social de la Restauration et de la Monarchie de Juillet et avec la politique « progressiste expectante » du Second Empire, pour ouvrir, avec l’introduction du suffrage universel, la boite de Pandore : les hautes castes, qui récupèrent les institutions républicaines, « fabriquant » l’élection du député et du sénateur des comptoirs, promeuvent une politique réactionnaire et antifrançaise sur laquelle les autorités se font discrètes, mais que dénoncent quelques plumes en métropole.
Des auteurs tels que Louis Henrique-Duluc, Charles Valentino, Maurice Maindron, Paul Mimande, et même Edmond About, n’ont certes pas la renommée littéraire de Pierre Loti, qui visite Pondichéry au tout début du XXe siècle. Avec sagacité, ils n’en alertent pas moins l’opinion métropolitaine sur les aberrations auxquelles conduit la politique d’assimilation au pays des castes, et sur sa vanité : car si l’Inde ne rejette pas tout de l’Occident, elle adapte les apports à ses propres codes de valeurs, les « indianise » pour finalement rester elle-même, une forteresse des religions et une pyramide de castes.

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14h20