« L'influence du théâtre parsi et la participation des entrepreneurs indiens dans la structuration d'un cinéma ‘national’ et nationaliste au Sri Lanka (1902-1945) »

Ma réflexion se déclinera autour de deux axes. D'une part, j'examinerais la manière dont le théâtre parsi va influencer l'art cinématographique en Inde. Le cinéma indien va emprunter considérablement au style théâtral parsi dont les premières représentations ont lieu à Bombay dès les années 1840. C’est un théâtre populaire inspiré de la mythologie hindoue, arabe et perse, fusion de son, de lumière et de mouvement, polychrome, joué dans un décor somptueux. Ainsi, la forme théâtrale parsie (parsee natak) jouée par des marchands de rêve aura constitué l’une des bases du film indien. L'art cinématographique arrive en Inde dès 1896 et s'y développera de manière surprenante en même temps qu’en Europe, tant sur le plan de la créativité que sur celui de la commercialisation. En réalité, le cinéma indien que l'on dénomme aujourd'hui Bollywood appartient au cinéma des premiers temps et rassemble l’héritage culturel du sous-continent indien et la technologie cinématographique émanant du monde occidental. Dans un deuxième temps, j'aborderai la contribution majeure apportée par des entrepreneurs parsis dans la mise en place de l’infrastructure commerciale du cinéma en Inde et au Sri Lanka entre 1902 et 1928. Ces pionniers du cinéma, héritiers du natak appartiennent aux castes marchandes prospères de l’Inde, émigrés de la Perse, descendants de zoroastriens dont le départ est suscité par les persécutions musulmanes des 7e-8e siècles. Très proches des autorités coloniales britanniques, les Parsis auront peu de mal à obtenir l'aval du gouvernement colonial pour développer "leur" propre théâtre, de la même manière qu'ils s’affirment, dès la fin du 19e siècle, dans le domaine du commerce et du cricket. Dès 1896, leurs regards seront dirigés sur cette nouveauté que représente l’image animée. La forte commercialisation qui marque le cinéma indien à partir de 1910 pourra en partie être attribuée aux initiatives des entrepreneurs comme Jamshedjee Framjee Madan qui édifie le premier empire du cinéma dont le rayonnement dépasse le territoire indo-britannique. De la même manière que l'on avait soutenu le théâtre au XIXe siècle, l'image animée bénéficiera de toute la tradition culturelle parsie ainsi que de l’esprit d’entreprise de cette communauté pour qu'elle trouve une place de choix parmi les moyens de divertissement populaire en Inde. Ce développement s'étend jusqu'au Sri Lanka et les entrepreneurs indiens ne sont sans y participer. Alors que l’industrie du cinéma au Sri Lanka devient le quasi-monopole de J.F.Madan jusqu'aux années 1930, les pièces de théâtre parsies proposées troupes itinérantes connaissent un succès considérable auprès du peuple ceylanais. Cette popularité va inciter les premiers cinéastes sri lankais à les filmer si bien que les cinématographies ‘sri lankaises’ qui sortent en 1945 portent en elles les marques du théâtre parsi. Les nationalistes cinghalais bouddhistes voient en cette forme théâtrale excessive et sensuelle un attentat aux principes prônés par le bouddhisme et revendiqueront un cinéma « national », débarrassé de cette influence « étrangère ». Jusqu’en 1945, l'influence indienne sur le cinéma au Sri Lanka, tant sur le plan des thématiques et du style que sur le commerce du cinéma est considérable. Si cette domination indienne du cinéma constitue une source de mécontentement cinghalais, elle sera également, dès l’indépendance en 1948, le moteur du mouvement vers l'indigénisation du cinéma au Sri Lanka.

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12h (14h)