« Paulhan et Renel, une époque, deux perceptions de Madagascar et deux entreprises littéraires »

Charles Renel (1866-1925) et Jean Paulhan (1884-1968) séjournèrent en même temps à Madagascar entre 1908 et 1910 puis écrivirent sur sa culture durant toute leur vie. Tous deux enseignants, ils n'entrèrent pas en contact avec le pays avec les mêmes dispositions d'esprit. Alors que Paulhan, jeune homme de 23 ans, ne resta que 33 mois sur place (1908-1910), Renel, docteur en histoire des religions, dirigea la mise en place de l'enseignement français laïc durant plusieurs années et vécut à Madagascar jusqu'à sa mort. Les deux hommes étudièrent le malgache mais le premier s'en tint aux collectes de proverbes et de haint-eny alors que le second publiait de nombreux romans, recueils de contes, ouvrages d'ethnologie. Le premier, jouissant d'une légitimité dans les milieux littéraires parisiens, influença profondément la vision de Madagascar du lectorat français et des générations de jeunes Malgaches par son recueil « Hainteny merina » (1913). Le second connut le succès lors de la parution de ses ouvrages mais ceux-ci tombèrent dans l'oubli juqu'aux rééditions récentes du « Décivilisé » (1998) et de « L’oncle d'Afrique » (2005).
Nous nous proposons de comparer les regards et les postures adoptées par ces deux écrivains qui se croisèrent et s'inspirèrent toute leur vie de Madagascar. A partir de leurs œuvres et de leurs correspondances familiales (rééditée en 2007 pour Paulhan, inédite pour Renel), nous nous demanderons comment la formation de ces intellectuels orienta et nourrit leur curiosité et leur écriture, comment leur statut et le milieu dans lequel ils vivaient forgea leur empathie et pourquoi les œuvres de l'un et de l'autre connurent des réceptions si diverses. Enfin, nous tenterons d'évaluer à travers ces deux exemples comment la littérature peut forger ou entretenir durablement l'image d'une terre lointaine.

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11h20