« Ses monts treshaultz haulsent nostre desir »: Marguerite de Navarre et Peletier du Mans, poètes de la montagne.

Bibliographie

« Ses monts treshaultz haussent nostre desir » : Marguerite de Navarre et Peletier du Mans,poètes de la montagne

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ID.,“Ses montz tres haultz haulsent notre desir” : Marguerite de Navarre, Peletier du Mans poètes de la montagne.Avec l’édition de l’Epître Ses montz tres haultz haulsent nostre desir de Marguerite de Navarre (BnF, Ms. fr. 883, ff. 30-32) in Eléments naturels et paysage, Actes du Colloque de Paris-Ecole des Chartes, réunis par Dominique de Courcelles,Paris, École des Chartes, 2006, pp.151-175.

ID.,Ecrire la terre, écrire le ciel : Guy Le Fèvre de la Boderie et Peletier du Mans poètes de la terre et du ciel in Lire, choisir, écrire : la vulgarisation des savoirs du Moyen-Âge à la Renaissance, Actes du colloque de Bordeaux 20 septembre 2007, organisé par Violaine Giacomotto-Charra (Bordeaux III) et Christine Silvi (Paris IV), en préparation.

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La Savoye/DE JAQUES/PELETIER/DU MANS,/ A Tresillustre Princesse Marguerite/ de France, Duchesse de Savoye/ et de Berry./ Moins & meilleur./A ANECY,/Par Jaques Bertrand./MDLXXII (B.N. Rés.Y 4684)

Mythe jamais brisé par les explorations scientifiques ou acrobatiques, la montagne garde, en littérature, à travers des phases différentes, au fil des siècles,une dimension magique, mystérieuse que les hommes de science - comme Peletier du Mans, médecin et mathématicien mais aussi explorateur du Mundus subterraneus, qui lit et exploite, dans sa Savoye (1572), les théoriciens de la montagne suisses, médecins et zoologues, apothicaires et cartographes (de Gesner à Simler) - veulent éclairer. Le docte Peletier dans ses vers consacrés aux villes, aux eaux, aux plantes et aux animaux du Pays qui l’a accueilli ou abrité en 1569, sait donner au paysage alpestre de Savoie un charme austère mais nouveau. Les sommets enneigés sous la plume du poète de l’Amour des amours se transforment en monts-clochers à la “teste pointue”, en monts-nuages qui se dressent dans l’azur du ciel: “Ces Alpes chenues/A l’oeil lointain ont semblance de nue”. Peletier n’hésite pas à critiquer l’homme qui viole la montagne pour déchirer l’or de son ventre, les minéraux. Nouvel Orphée, le poète enchante la nature, les plantes, les animaux, les rochers de Savoie et il évoque les “désirs ardents des hommes” qui les poussent, nouveaux Icare, plus loin que les oiseaux et il leur demande de respecter ces fiers géants. Peletier, hanté par ce paysage majestueux qui l’entoure, sur les traces de l’Ulysse de Dante qui a fait “de virtude e conoscenza “ (XXVI ) les buts de son nostos: “Sur toute chose, écrit Peletier “le docte [qui] a vagué comme Ulysse”, “en ta mémoire attache /Le ferme cœur de ce Prince d’Itache” (p. 128), semble vouloir pénétrer le secret de ces montagnes. Non seulement il re-crée dans son poème scientifique l’univers sauvage, “maudit” (premier nom du Mont Blanc, c’est François de Sales qui l’appellera ainsi dans sa correspondance) de ces lieux pour en trouver le charme mais, dans un mouvement “en avant”, poussé par son “envie de connaître” . Le poète voudrait “ouvrir les montagnes”, découvrir “ce qu’en ces Mons estoit clos et couvert” , leur élan, leur force vitale et fécondante, ce que P. Giacomoni a défini: “Il grande corpo della madre terra”. Fleurs, plantes, minéraux, pierres précieuses, cristaux, eaux, semblent défiler dans une sorte de cortège d’Orphée et ouvrir leurs secrets au poète, astronome et mathématicien qui, dans ce lieu, a trouvé non seulement le bonheur que sa patrie ensanglantée lui refuse mais la paix. La montagne est le soutien, le squelette qui contient une matière qui vit et qui subit de continuelles métamorphoses. Une matière vitale, précieuse que l’homme doit respecter et ne pas violer. Le poète y condamne “l’effort cruel des hommes qui les sapent/Pour arracher l’or au ventre caché”. La montagne de Peletier est une montagne qui comme ses eaux vit, bouge, tremble, inonde, détruit même hommes et villages, mais où (III) la dimension sereine, paisible, triomphe. Le vert se substitue aux couleurs du feu et à l’action dévastatrice de l’eau et de la neige, bleue et froide, la montagne devient lieu de merveille et de découverte continue. Elle est un précieux témoignage pour connaître le monde dans sa forme spirituelle et, dit-il, “la Nature se delecte à se faire chercher” (Louange de la science) dans les lieux les plus secrets et sauvages. De l’étonnement à la découverte, le mouvement que le poète suit est le mouvement, l’élan d’une connaissance sans fin qui l’enivre du plaisir de la découvente. Peletier, esprit ordonnateur (expert en mathématiques et en géométrie) semble pénétrer les secrets de la montagne, “le haut savoir que la Nature conserve” caché dans ces archives ou entrailles de la terre pour s’approcher dans un mouvement qui n’est pas circulaire mais vertical, ascendant et infini. Peletier est conscient des facettes innombrables de la montagne et son pessimisme reste (“Que saurais de toi, duquel je suis si peu”), mais ce scepticisme est d’autre part le moteur de ce processus de connaissance qui le conduit très loin et très haut. Son parcours est un itinéraire scientifique où il classe, il analyse, il regroupe mais aussi une ascension, une sorte d’élévation vers le supra-humain, vers ce ciel qui tout gouverne (cf. Ode à Marguerite in L’Amour des Amours) et qui le mène droit “au Ciel, m’élève et me convoie”.

Bibliographie générale

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12 février