« Un projet utopique féminin de peuplement : La Relation de l’île imaginaire de Mlle de Montpensier (1659) »

Qu’un texte fictionnel puisse véhiculer les représentations et idées que l’on avait de la colonisation à une époque donnée, cela ne fait aucun doute : la fiction dégagée partiellement de l’emprise du rationnel libère l’imaginaire qui révèle ce qui est sous-jacent au discours officiel. D’où son intérêt.
C’est le cas pour La Relation de l’île imaginaire de Mlle de Montpensier, cousine de Louis XIV, actrice de la Fronde, engagée donc politiquement, ce qu’elle paie de son exil de la cour de France entre 1652 et 1657. A son retour auprès du roi, la question de la colonisation malgache est de pleine actualité ; Flacourt publie en 1658 l’Histoire de la Grande Ile Madagascar et lorsqu’elle décide de se jouer — si l’on en croit les deux épîtres dédicatoires de La Relation — de la fatuité d’un gentilhomme, en lui faisant croire qu’il sera nommé gouverneur d’une île qui vient d’être découverte, son imagination traduit l’impact que Madagascar a dans l’entourage royal. Madagascar et l’île Bourbon font rêver ! L’aventurière en la Grande Mademoiselle, celle qui n’a pas hésité à ordonner de tirer le canon depuis la Bastille sur l’armée royale en 1652 pour sauver Condé, trouve sans doute en la Grande Ile un aliment privilégié pour son imagination guerrière. On peut donc parler d’une mâle imagination sous une plume féminine qui puise l’inspiration aux sources de l’actualité coloniale : elle transmet les représentations et les idées véhiculées par la haute aristocratie sur la colonisation de Madagascar et l’île Bourbon. Sa « relation » est en résonance avec l’actualité historique de la France et elle est perçue par le prisme d’une femme proche du pouvoir : c’est selon ces deux directions qui se rejoignent, que j’explorerai le texte.
Madagascar et l’île Bourbon fusionnent en une terre utopique : La Relation de l’île imaginaire exprime sans doute l’idée idyllique que l’on se faisait de la Grande Ile et de l’île Bourbon si l’on considère le tableau qu’en transmet le narrateur pour inviter à son peuplement ; et la Princesse malgache dont il s’éprend passionnément semble être l’incarnation des richesses que le sous-sol malgache recèle, tant elle est couverte de pierres précieuses et tant elle possède de trésors !
Il en résulte un curieux cocktail où s’unissent utopie — un genre typiquement masculin à cette époque comme les relations de voyages ! — merveilleux et bergeries à la manière de l’Astrée, le tout nourri de mythologie gréco-latine. Cette écriture féminine, qui semble annoncer celle de Mme d’Aulnoy et Mme Levesque par exemple, constitue un filtre original qui nous fait sentir ce que représentait la colonisation de Madagascar et de Bourbon au XVIIe siècle.

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