Écrire, voyager : croisements phénoménologiques. Réflexion sur l'évolution du voyage au XXe siècle à travers le cas particulier du récit de voyage au Japon

Christian Doumet, professeur à l’Université de Paris VIII, critique reconnu de l’œuvre de Victor Segalen, est également l’auteur d’une œuvre personnelle mêlant poésie, roman et essai. Il nous entretient dans cette conférence de quelques-unes de ses réflexions sur l’écriture et la littérature à travers une phénoménologie de l’écriture dans les transports en commun, puis par l’évocation d’un pèlerinage entrepris en Chine sur les traces de Victor Segalen.
Partant d’une expérience, parfois mentionnée ou relatée par d’autres écrivains mais souvent considérée comme anodine, Christian Doumet revient sur cet acte singulier qu’est écrire dans le chaos des routes, des chemins de fer ou du métro. A ses yeux, cette situation d’écriture nous renvoie à sa nature même : écrire est un déplacement, un transport difficile et paradoxal. La scène évoquée nous fait prendre conscience de l’inévidence qu’il y a à aller des signes au monde et du monde aux signes.
L’écrivain exhibe sa singularité en répondant à l’injonction de l’écriture, il pose son solipsisme sur la scène sociale, recherchant presque le scandale qui vaut comme un reproche mais qui suppose aussi un rachat. Car finalement l’injonction le somme de répondre à cet hic et nunc en écrivant le lieu où il se trouve, en comprenant sa logique et en l’accouplant à celle de l’écriture.
Le lieu du transport est un monde de reflets, qui superpose des images, y compris celle du voyageur écrivain. La vitre serait une plaque sensible qui permet de penser le corps jeté dans le monde. Elle est aussi ce qui reflète la petite troupe des transportés, ceux qu’un vouloir obscur a arrachés à l’enracinement du lieu et a dépossédés de leur consistance. Perte de la consistance, médiation de la vitre, communication et échange de regards, le moyen de transport est une machine universelle à fantasmer. L’écriture prenant justement place à ce moment où les barrières sont sur le point de céder.
L’autre expérience mise en perspective par Christian Doumet concerne le pélérinage photographique qu’il a accompli sur les traces de Victor Segalen en Chine. Cherchant à retrouver les lieux et les angles de prise de vue, ce fut aussi pour lui l’occasion d’écrire à son devancier, manière de retrouver un lien entre le transport, l’éloignement et l’écriture.

Éléments bibliographiques

Doumet, Christian, Le Rituel du livre, Paris, Hachette, 1992.
—, Victor Ségalen. L’origine et la distance, Seyssel, Editions Champ-Vallon, 1993.
—, Passage des Oiseaux Pihis, Paris, Editions Le temps qu’il fait, 1996.
—, Poète, moeurs et confins, Paris, Champ Vallon, 2004.
—, Rumeur de la fabrique du monde, Paris, Corti, 2004.
Bouvier, Nicolas, L’Usage du Monde, Genève, 1963, réed. fac-similé, 1999, Paris, Payot, « Petite Bibliothèque Payot Voyageurs », n°100, 1992.
—, Chroniques japonaises, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1975, réed. Paris, Payot, 1989, réed. « Petite bibliothèque Payot Voyageurs », 1991.
—, Journal d’Aran et autres lieux, Paris, Payot, 1990, réed. « Petite bibliothèque Payot Voyageurs », 1996.
Segalen, Victor, Equipée, Paris, collection Imaginaire, Gallimard, 1983.
—, Essai sur l'exotisme, Œuvres complètes 1, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1995.
—, Briques et Tuiles, Œuvres complètes 1, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1995.

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01 décembre 2004