Alexander von Humboldt et la montagne

Alexander von Humboldt (1769-1859) fut l’une des principales gloires européennes du XIXe siècle. Ce Berlinois cosmopolite fut aussi l’un des derniers savants universels, comme on l’était à la Renaissance et à l’Âge classique, avant la spécialisation scientifique qui succéda à ces figures. Contrairement à son frère, Wilhelm (Guillaume), génie précoce et père de la linguistique moderne, Alexander fut un enfant peu porté sur les études. Dans leur château berlinois de Tegel, où sont enterrés les deux frères, Alexander s’éduqua lui-même, puis devint ingénieur des mines. De fait, cet esprit d’une curiosité universelle, fut, au cours de sa vie, l’initiateur de nombreuses sciences nouvelles : la vulcanologie, la météorologie, la climatologie, la phytogéographie (le lien entre la végétation et l’altitude ou la situation géographique et la végétation). L’essentiel de son œuvre a été rédigé en français, langue de l’intelligentsia berlinoise. Sa correspondance de 100 000 lettres avec toutes les célébrités de l’Europe témoigne de son importance et de la diversité de ses intérêts. Cet ami de Beethoven fut seulement fermé à la musique. La science expérimentale, qui est son domaine de prédilection, explique ses voyages. On se limitera ici aux voyages en montagne, de l’Espagne à l’Amérique centrale et du Sud. Ce voyage dura de 1799 à 1804. Accompagné du botaniste Aimé Bonpland, il se rend d’abord en Espagne afin d’obtenir un visa pour l’Amérique espagnole fermée aux Européens. Sur la route, il passe par les Canaries et Tenerife, où il escalade son premier volcan, le fameux Teide, pic que l’on voit de loin sur la mer. Humboldt commence à affiner ses théories sur le tellurisme et l’histoire naturelle. Mais il décrit dans sa relation ces lieux comme un exemple du « grand tableau de la nature » qui s’offre au savant et au poète. Il pratiquera toujours ces mesures sur le terrain lors d’ascensions de plus en plus difficiles, faites sans équipement particulier. Ne pouvant débarquer à Cuba, Humboldt se rend au Venezuela, où il découvre la nature originale de l’Amérique tropicale en escaladant son premier volcan américain, le Cumaná. Il découvre aussi l’Amérique coloniale. Cet aristocrate prussien est encore plein de l’esprit des Lumières : le 14 juillet 1790, il avait assisté avec enthousiasme à la Fête parisienne de la Fédération ; en 1848, il soutiendra l’émeute berlinoise. Il assiste scandalisé à une vente d’esclaves noirs à Cumaná, mais il juge les Indiens abrutis et dégénérés. Sa rencontre avec Bolivar à Rome sera sans suite. En général, son récit est très discret sur la colonisation. Ensuite, il remonte l’Orénoque et démontre, pour la première fois, sa liaison avec le bassin de l’Amazone. Ses récits sont illustrés de dessins de paysage où il prend soin de se faire toujours représenter. Puis Cuba et Caracas : il se dirige vers les Andes, les plus hautes montagnes alors connues des Occidentaux. Ces montagnes sont inconnues dans le détail, car les Indiens ont une peur révérencieuse à leur égard. Sans le moindre équipement, renonçant pour des questions éthiques aux « cargeros » indigènes qui portaient sur leur dos les voyageurs, Humboldt gravit pour la première fois, avec Bonpland et un autre compagnon , le futur bolivarien Carlos Montufar, les plus hauts volcans des Andes à partir de Quito, dont il mesure de toutes les manières les caractéristiques géologiques et la flore : le Purace (4910 m) (1801), le Pinchincha (4784 m) et surtout le Chimborazo (6276 m), qui passait alors pour la plus haute montagne du monde. Il se flatte alors d’avoir fait mieux que Saussure, vainqueur de Mont Blanc… Il perfectionne ses observations sur la phytogéographie en particulier qui donnera lieu à sa _Géographie des plantes_. Mais d’un point de vue artistique, il contribuera par les dessins qui illustrent son œuvre à la formation de la nouvelle école allemande du paysage de montagne, dont Johann Moritz Rugendas, qui partira ensuite au Brésil. Après ces ascensions, Humboldt se rend dans la région de Quito vers les lacs et les cataractes liés au volcanisme de ces régions, et, spécialement, la Laguna de Guatavita, où, selon la légende, un cacique muisca au corps couvert d’or (el dorado…) jetait des bijoux dans l’eau du lac. Puis Lima et le Mexique : sur le chemin, il découvre en mer ce qui sera le courant de … Humboldt. Il continue ses ascensions et ses mesures avec les volcans du Mexique, le Popocatepetl (5465 m) et, surtout, le Jorullo, un volcan récent (1759) où il a l’intuition de l’existence sur la planète de lignes de fracture et d’éruption. Ces ascensions rendent célèbre le voyageur et le savant qui sait habilement en jouer. Dans un dessin de Goethe, on voit une « Esquisse des principales hauteurs des deux continents », Europe et Amérique, où sont représentés Saussure au sommet du Mont Blanc, Humboldt au sommet des Andes, mais encore Gay-Lussac en ballon qui les domine tous les deux à 7000 m ! La théorie ancienne, développée par Buffon et de Pauw de l’infériorité absolue de l’Amérique par rapport à l’Europe est contestée par l’expérience. Dans le frontispice du peintre Gérard pour la grande synthèse _Cosmos_ de Humboldt, l’artiste représentera une Amérique indienne victime de la colonisation relevée par Minerve et Mercure. Après son séjour mexicain, Humboldt passa à Cuba et aux États-Unis où il rencontra Jefferson et lui fit des reproches sur l’esclavage qui se perpétuait en Amérique du Nord. Humboldt passe pour être le second découvreur de l’Amérique ; il en a parcouru et mesuré tout ce qui était possible à son époque, et, surtout, pour tout ce qui concernait le volcanisme. Il parle de la « surface ramollie » de la planète et part en quête du « monde primitif », premier, par les volcans qui sont les fenêtres sur le centre du monde. Son _Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804 par Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland, rédigé par A. de Humboldt_, une œuvre monumentale est , surtout pour les volcans et les ascensions, le pendant américain de la tentative un peu antérieure, mais combien plus modeste, des Saussure et des Ramond de Carbonnières.

- Oeuvres de A. von Humboldt :

De la production considérable du savant, nous retiendrons ici les 30 volumes in 4° et in-folio de son "Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804 par Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland, rédigé par A. de Humboldt". Paris, 1807 et années suivantes. Les 14 premiers volumes sont consacrés à la botanique, le XV et XV forment :"Vues de Cordillères et monuments des peuples anciens de l’Amérique" ( réédité dans la Collection “Memoria Americana”, dirigée par Charles Minguet et Jean- Paul Duviols ), le XVIIe , "l’Atlas géographique et physique", le XVIIIe, "L’Examen critique de l’histoire et de la géographie du Nouveau Monde", le XIXe, "l’Atlas géographique et physique", le XXe, "Géographie des plantes équinoxiales" , le XXIe et XXIIeme, "Recueil d’observations astronomiques", le XXIIIe et XXIVe, "Recueil d’observations de zoologie et d’anatomie comparée", les XXVe et XXVIe, "L’Essai politique sur le royaume de la Nouvelle Espagne", le XXVIIe, "Essai sur la géographie des plantes" (Réédité dans “Memoria Americana”), les volumes XXVIII à XXX, "La Relation historique du voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent", dont la dernière partie a été éditée à part sous le titre de "Essai politique sur l’île de Cuba".

Il faut ajouter à cette oeuvre monumentale :
"Tableaux de la Nature", 2 vol. , Paris, 1808 ( réédité dans “Memoria Americana”) et "Cosmos. Essai d’une description physique du monde". Paris, 1857-1859.

Etudes :
Très nombreuses, en allemand, anglais, français et espagnol, parmi lesquelles :
- Beck, Hanno, Alexander von Humboldt, Biographie in zwei Bänden, Wiesbaden, 1959.
- Botting, Douglas, Humboldt and the Cosmos, Londres, 1973. - Duviols, Jean-Paul et Minguet, Charles, Humboldt, savant-citoyen du monde, Paris, Gallimard, 1994.
- Labastida, Jaime, Humboldt, ese desconocido, México, 1975. - Minguet, Charles, Alexandre de Humboldt, historien et géographe de l'Amérique espagnole. Paris, 1969; -Puig-Samper Mulero, Miguel Ángel et Sandra Rebok éd., Sentir y medir. Alexander von Humboldt en España, [Aranjuez], Doce Calles, 2007, 397 p., ill. et cartes. [Sentir et mesurer].

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26 février