Alexander von Humboldt et Wilhelm von Humboldt : voyage scientifique / voyage linguistique.

Les deux frères Alexander (Alexandre) et Wilhelm (Guillaume) von Humboldt représentent la science allemande à son apogée au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Le premier fut voyageur et savant universel, le second plutôt linguiste : sa grammaire aztèque rédigée en 1820 ne fut publiée qu’en 1994. Mais ils furent illustres en leur temps. Il sera ici surtout question d’Alexandre, qui fut, selon Darwin, « le plus grand savant voyageur qui ait jamais vécu ». Dans les domaines de la biogéographie, de la volcanologie, des courants marins (il donna son nom à un célèbre courant froid du Pacifique sud), du magnétisme terrestre, Alexandre v. Humboldt tenta de mettre en évidence, au-delà de toute métaphysique réductrice, l’unité du monde physique. Son œuvre tardive, _ Kosmos_ tenta de préciser ce système. Son _ Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent _ parut en français à Paris de 1805 à 1835 : 34 volumes très illustrés dont sept étaient consacrés à une « relation historique » de son voyage en Amérique du Sud de 1799 à 1804 (voir le détail ci-dessous). La Relation historique n’est pas vraiment chronologique sur un voyage qui le mena en 1800 du Venezuela aux rives de l’Orénoque à la recherche de la conjonction avec l’Amazone, et, en 1801-1802, de Cartagène à Quito et plus au sud le long de la Cordillère des Andes. Admirateur de La Condamine qui avait, un demi-siècle plus tôt, ouvert la voie scientifique sur l’intérieur du sous-continent, Humboldt, accompagné de Bonpland, a pour principe d’observer avant de juger et d’essayer, néanmoins, de retrouver une harmonie préétablie dans la nature. Ami de Goethe, il appartient à une famille de la haute administration prussienne. Il fut un temps directeur des Mines en Prusse, mais il vécut de 1807 à 1827 à Paris (vois ci-dessous quelques éléments biographiques). Il souhaitait dédier son œuvre majeure à Schiller, qui ne le considérait pas comme un écrivain notable, et François Arago eut même une formule assassine à l’égard de cette collection immense totalement financée par son auteur : « un tableau sans cadre ». Il s’agit en effet d’une œuvre mixte alliant récit et notes savantes. Dans _ Kosmos_, Humboldt mène une réflexion sur l’évolution du récit de voyage : au Moyen Âge, il s’agit d’un simple procès-verbal, mais, depuis le XVIIIe siècle, la relation de l’action cède le pas à la description. Ami de Forster junior, compagnon de Cook, et inspiré par la philosophie du Sturm und Drang, Humboldt est un homme des Lumières : il critique violemment l’Eglise catholique des colonies espagnoles d’Amérique du Sud et se laisse entraîner à des descriptions de la nature qui évoquent la littérature « fin de siècle » (voir un exemple ci-dessous). De son côté, son frère Wilhelm, diplomate et linguiste, recherche, comme on faisait dans les dernières décennies du siècle, la langue primitive et travaille dans les archives vaticanes sur les trésors rapportés d’Amérique, dont les manuscrits illustrés aztèques du Mexique. La _Mexikanische Grammatik _ en sortira : elle décrit un système de langue en dehors de toute théorie historique.

Mots-clés : encyclopédie. linguistique. édition.

Biographie:
Alexander von Humboldt (14 septembre 1769 – 6 mai 1859)
1790 voyage avec Georg Forster jun. en Angleterre, en France etc.;
Etudes en sciences économiques à Francfort sur l’Oder et à l’Académie des Mines de Freiberg
1796 – 1799 Préparation du voyage sous les tropiques
1799 – 1804 Voyage d’exploration (Vénézuéla, Cuba, Colombie, Equateur, Pérou, Mexique)
1805 – 1834 La publication de 34 volumes sur son voyage
1807 – 1827 Domicile à Paris
1808 Parution des Tableaux de la nature
1829 Voyage en Russie et en Sibérie
1845 – 1862 Parution de Kosmos

Exemplier:

Alexander von Humboldt (description de la nature)

La plaine étoit ondoyante par l’effet du mirage ; et, lorsqu’après une heure de chemin nous atteignîmes ces troncs de palmier qui paroissent comme des mâts à l’horizon, nous fûmes étonnés de voir combien de choses sont liées à l’existence d’un seul végétal. Les vents, perdant de leur vîtesse au contact avec le feuillage et les branches, accumulent le sable autour du tronc. L’odeur des fruits, l’éclat de la verdure attirent de loin les oiseaux voyageurs qui aiment à se balancer sur les flèches du palmier. Un doux frémissement se fait entendre à l’entour. Accablé de chaleur, accoutumé au morne silence de la steppe, on croit jouir de quelque fraîcheur au moindre bruit du feuillage. Si vous examinez le sol du côté opposé au vent, vous le trouvez humide long-temps après la saison des pluies. Des insectes et des vers, partout ailleurs si rares dans les Llanos, s’y rassemblent et s’y multiplient. C’est ainsi qu’un arbre isolé, souvent rabougri, qui ne fixeroit pas l’attention du voyageur au milieu des forêts de l’Orénoque, répand autour de lui la vie dans le désert. (Relation historique…, 1814 – 1825, t. III, p. 4)

Bibliographie

Editions critiques

- Alexander von HUMBOLDT, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803, et 1804, par Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland. Rédigé par A. de Humboldt, Vol. 1 - 34, Paris 1805 - 1834.

- Voyages aux régions équinoxiales du Noueveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803, et 1804 par Al. de Humboldt et A. Bonpland; rédigé par Alexandre de Humboldt. Avec deux atlas, qui renferment, l'un les vues des Cordilleres et les monuments des peuples indigènes de l'Amérique et l'autre des cartes géographiques et physiques.
Tome premier. A Paris, chez F. Schoell, rue des Fossés-Montmartre, N° 14. 1814 [-1817].
Tome second. A Paris, chez N. Maze, Libraire, rue Git-le-Coeur, N° 4. 1819 [-1821].
Tome troisième. A Paris, chez J. Smith, Libraire, Rue Montmorency N° 16 et Gide Fils, Libraire, Rue Saint-Marc-Feydeau, N° 20. 1825 [-1831].

- Alexander von HUMBOLDT, Relations historiques du voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent: Fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803, et 1804 par Al. de Humboldt et A. Bonpland. Besorgt, eingeleitet und um ein Register verm. von Hanno Beck, Neudruck des 1814 - 1825 in Paris erschienenen vollständigen Originals, Stuttgart: Brockhaus 1970.

- Alexander von HUMBOLDT, Ansichten der Natur mit wissenschaftlichen Erläuterungen . Von Alexander von Humboldt. Erster Band. Tübingen: Cotta'sche Buchhandlung 1808.

- Alexander von HUMBOLDT, Kosmos. Entwurf einer physischen Weltbeschreibung, 1. - 5. Band, Stuttgart / Tübingen 1845 - 1862.

- Alexander von HUMBOLDT, Cosmos: essai d'une description physique du monde, Tome 1 et 2, Paris 2000.

- Wilhelm von HUMBOLDT, Introduction à l'oeuvre sur le Kavi et autres essais, Traduction de l'allemand, Paris: Seuil 1974.

- Wilhelm von HUMBOLDT, Journal parisien (1797 - 1799), Trad. de l'allemand, Paris 2001.

- Wilhelm von HUMBOLDT, Mexicanische Grammatik, Mit einer Einleitung und Kommentar hrsg. von Manfred Ringmacher, Paderborn / München 1994.

Etudes

- Michel BERTRAND, Laurent VIDAL, À la redécouverte des Amériques. Les voyageurs européens au siècle des indépendances, Toulouse 2002.

- Pierre GASCAR, Humboldt l' explorateur, Paris: Gallimard 1985.

- Alexander v. HUMBOLDT, L' Amérique espagnole en 1800, Récit d'un savant allemand présenté par Jean Tulard, Paris 1990.

- Alain KERJEAN, Alain, RASTOIN, Aventures sur l'Orénoque: dans le pas d' Alexandre de Humboldt,Paris: Laffont 1981.

- Lorelai KURY, Histoire naturelle et voyages scientifiques (1780 - 1830), Paris 2001.

- Charles MINGUET, Alexandre de Humboldt: historien et géographe de l'Amérique espagnole (1799 - 1804), Paris 1998.

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25 mars