Anne Duprat : Introduction et bibliographie

(Présentation de F. Moureau) La publication en 1704 par la Veuve Barbin du premier volume de la traduction d'Antoine Galland est d'abord le fruit d'une politique éditoriale engagée depuis plus de dix années par le libraire parisien Claude Barbin décédé en 1698 (Gervais Reed, _Claude Barbin_, Genève, Droz, 1974). Editeur de Molière, de Mme de La Fayette, de La Rochefoucauld et, en 1697, des _Contes_ de Perrault, expression littéraire du mouvement moderne et de la quête des mythes nationaux, Barbin publiait le type de fiction à la mode : nouvelles historiques, galantes et exotiques (biblio : Guilhet, Montfaucon, Raguenet). Il édita aussi des compilations de voyages en Orient particulièrement et un des modèles des _Lettres persanes_ L'Espion du Grand Seigneur_ (1684) de Jean-Paul Marana. Mais c'est avec la _Bibliothéque orientale_ de Barthélemy d'Herbelot revue par Antoine Galland (1697), encyclopédie de tout ce que l'on connaissait sur l'Orient que Barbin entra de plain pied dans un domaine qui allait, le succès des douze volumes des _Mille et une Nuits_ aidant, être la source du nouvel Orient romanesque dans la littérature française. Barbin publie la traduction du fabuliste Bidpaï (1694) et, la même année, dans le genre proche de la littérature morale, _Les Paroles remarquables, les bons mots et les maximes des Orientaux_. Œuvre d'un orientaliste distingué, la traduction des _Mille et une Nuits_ créera une mode durable. Si François Pétis de la Croix est lui-même un savant dans la matière d'Orient et donne des _Mille et un Jours_ adaptés de sources réelles (1710-1712), d'autres qui n'ont aucune connaissance de l'Orient vont imiter le procédé des récits enchâssés, propice à des miniatures fictionnelles, pour donner des "Mille et une" diverses (biblio : Gueullette, Mouhy, Moncrif, Cazotte, etc.). Le genre servira de support à toutes les fantaisies : titres extravagants, localisations d'édition inventées. Le style oriental permet de se moquer, légèrement ou non, des bonnes manières littéraires "avec approbation et privilège du roi" (biblio : Cahusac, Chevrier, Voisenon). Il permet de déguiser sous cette forme anodine une philosophie hétérodoxe (biblio : Terrasson, Diderot), la satire politique (biblio : Beauchamp, Crébillon fils, La Beaumelle), des utopies politiques (biblio : Mouhy). Un Orient érotique de contrebande nourrit des "contes à dormir debout" (biblio : Anceli, Fromaget,_ Les deux Cousines_). Voltaire s'en souviendra et fera une synthèse géniale dans des contes qui n'étaient pour lui que la petite monnaie du talent (biblio).

Eléments de bibliographie

Editions des textes
Les Mille et Une Nuits, Contes arabes traduits en français par Mr Galland, Paris, Veuve Claude Barbin, puis Delaulne, 1704-1717, 12 vol.
Les Mille et Une Nuits, traduction d'Antoine Galland, bibliographie et dossier par Jean-Paul Sermain, annexes par Aboubakr Chraïbi, Paris, GF Flammarion, 2004.
Les Mille et Une Nuits, traduction et préface de René R. Khawam, Phébus, Collection « Libretto » 4 vol., 2001.
Les Mille et Une Nuits, contes traduits par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, Gallimard, Collection « La Pléiade », 3 vol. 2005. [Version la plus complète (contient également les poèmes de l’édition Bulâq.]

Les Mille et une nuits et le conte oriental : quelques études
Basset, René (1923), Mille et un contes, récits et légendes arabes, rééd. Paris, José Corti, 2005.
Bencheikh, Jamel Eddine et Miquel, André (dir.) Les Mille et Une Nuits, Paris, Gallimard, 1991.
Bencheikh, Jamel Eddine et Miquel, André et Brémond, Claude, Mille et Un Contes de la nuit, Paris, Gallimard, 1991 [plusieurs études importantes].
Bencheikh, Jamel Eddine, Les Mille et Une Nuits ou la parole prisonnière, Paris, Gallimard, 1988.
Chraïbi, Aboubakr (dir.), Les Mille et Une nuits en partage, Actes Sud-Sindbad, 2004.
Chraïbi, Aboubakr, Contes nouveaux des 1001 nuits. Etude du manuscrit Reinhardt, Paris, Maisonneuve, 1997 [contient le résumé de contes non traduits dans le recueil de Galland]
Chraïbi, Aboubakr, Les Mille et Une Nuits, Histoire du texte et classification des contes, Paris, l’Harmattan, 2008.
Elisseef, Nikita,Thèmes et motifs des Mille et Une Nuits, essai de classification, Institut français de Damas, 1949.
Larzul, Sylvette, Les traductions françaises des Mille et Une Nuits, Paris, L’Harmattan, 1996.
Laveille, Jean-Louis, Le Thème du voyage dans les Mille et une nuits. Du Maghreb à la Chine, Paris, L’Harmattan, 1998,
Perrin, Jean-François (dir.), L’invention d’un genre littéraire au XVIIIe siècle : le conte oriental, Revue scientifique Féeries, n° 2/2004-2005.
Sermain, Jean-Paul, Les Mille et une nuits - Entre Orient et Occident, Paris, Desjonquères, 2009.

La matière orientale à la façon des Mille et Une nuits : éditions anciennes jusqu’en 1750.
[Anonyme], Les Deux Cousines ou le Mariage du chevalier de ***, « Constantinople » [Paris], 1743.
[Anonyme], Conte égyptien extraordinaire, Paris, Pierre Prault, 1714.
Ancelin, Les Amours de Mahomet, écrits par Aïesha, une de ses femmes, Londres, Wan-Oamel, 1750.
Auneuil, Louise de Bossigny, comtesse d’, Zatide, histoire arabe, Paris, Pierre Ribou, 1703.
Beauchamps, Pierre-François Godart de, Histoire du prince Apprius […] Extraite des fastes du monde, depuis sa création. Manuscrit persan trouvé dans la bibliothèque de Shah-Hussain, roi de Perse détrôné par Mamouth en 1722. Traduction française. Par messire Esprit, gentilhomme provençal, servant dans les troupes de Perse, « Constantinople » [Paris], 1728.
Bidpaï, Fables, Paris, Claude Barbin, 1694 (trad. Gilbert Gaulmin).
Bignon, Jean-Paul, Les Aventures d’Abdalla, fils d’Hanif, Paris, Pierre Witte, 1712-1714, 2 vol.
Bougeant, Guillaume Hyacinthe, Voyage merveilleux du prince Fan-Férédin dans la Romancie, Paris, P. G. Le Mercier, 1734.
Cahusac, Louis de, Grigri, histoire véritable. Traduite du japonais en portugais par Didaque Hadeczuca, compagnon d’un missionnaire, à Yendo, et du portugais en français par l’abbé de ***, aumônier d’un vaisseau hollandais. Dernière édition moins correcte que les premières, « Nangazaki, de l’imprimerie de Klnporzenkru, l’an du monde 59749 » [Paris, 1739].
Caylus, Anne Claude Philippe, comte de, Contes orientaux, tirés des manuscrits de la bibliothèque du roi de France, La Haye, 1743.
Cazotte, Jacques, La Patte du chat, conte zinzimois, « Tilloobala » [Paris], 1741.
-, Les Mille et Une Fadaises. Contes à dormir debout, « Baillons, chez l’Endormi » [Paris], 1742 (réédition 1743)
Chévremont, Jean-Baptiste, La Connaissance du monde, voyages orientaux, nouvelles historiques, contenant l’histoire de Rhétima Géorgienne, sultane disgracie et de Ruspia Mingrelienne, Circassienne, Paris, 1695.
-, Histoire et aventures de Kenûski Géorgienne, Paris, J. Guignard, 1695.
Chevrier, François-Antoine, Bi-Bi, conte, traduit du chinois, par un Français. Première et peut-être dernière édition, « Mazuli, chez Khilo-Khula, l’an de Sal-Chodaï 623. Et de l’âge du traducteur 24 » [Paris, vers 1746].
Choisy, François-Timoléon de, Le prince Kouchimen, histoire tartare, Paris, Jacques Estienne, 1710.
Crébillon, Claude Prosper Jolyot de, Tanzaï et Néardané. Histoire japonaise, « Pékin » [Paris], « Lou-Chou-Chu-La » [sic], 1734 (réedité sous le titre : L’Écumoire, histoire japonaise, « Londres, aux dépens de la Compagnie » [Paris,], 1735.
-, Le Sopha, conte moral, « Gaznah, de l’imprimerie du très pieux, très clément et très auguste sultan des Indes. L’an de l’Hégire MCXX » [Paris, 1742].
Diderot, Denis, Les Bijoux indiscrets, « Au Monomotapa » [Paris], s.d. [1748].
Fontaines, Marie-Louise de, Histoire d’Aménophis, prince de Lybie, Paris, G. F. Quillau, 1728 (réédition 1745).
Fromaget, Nicolas, Le Cousin de Mahomet et la folie salutaire. Histoire plus que galante, Leyde, Frères Vambeck, 1742.
Galland, Antoine, La Mort du sultan Osman ou le rétablissement de Mustapha sur le trône, Paris, Claude Barbin, 1678.
-, Les Paroles remarquables, les bons mots et les maximes des Orientaux. Traduction de leurs ouvrages, en arabe, en persan, et en turc, avec des remarques, Paris, Bénard et Brunet, 1694.
-, Les Contes et fables indiennes, politiques et morales de Bidpai et de Lokman, traduits d’Ali-Tchélébi-ben-Saleh, auteur turc, Paris, Ribou, 1724 [ouvrage posthume publié par Thomas-Simon Gueullette].
Girault de Sainville, Philadelphe, nouvelle égyptienne, Paris, F. Michon, 1687.
Gueullette, Thomas-Simon, Les Aventures merveilleuses du mandarin Fum-Hoam, contes chinois, Paris, Prault, 1723.
-, Les Mille et un Quarts d’Heure, contes tartares, Paris, Mazuel et Saugrain, 1712, 2 vol. (rééditions 1715, 1723, 1730, 1753).
-, Les Sultanes de Guzarate ou les Songes des hommes éveillés, contes mogols, Paris, Charles Le Clerc, 1732, 3 vol. (réimprimé sous le titre Les Mille et Une Soirées. Contes mogols, La Haye, J. Neaulme, 1749, 3 vol.).
-, Les Mille et Un Heures, contes péruviens, Amsterdam, Wetstein et Smith, 1733, 2 vol.
Herbelot, Barthélemy d’, Bibliothèque orientale ou Dictionnaire universel contenant généralement tout ce qui regarde la connaissance des peuples de l’Orient, Paris, Claude Barbin et Compagnie des Libraires, 1697 [l’encyclopédie de l’Orient publiée par Antoine Galland].
La Beaumelle, Laurent Angliviel de, L’Asiatique tolérant. Traité à l’usage de Zéokinizul, roi des Kofirans, surnommé le Chéri. Ouvrage traduit de l’arabe du voyageur Bekrinoll, « Paris, Durand, l’an XXIV du traducteur » [Hollande, 1748].
La Morlière, Charles-Jacques Rochette, chevalier de, Angola, histoire indienne. Ouvrage sans vraisemblance, « Agra » [Paris], 1746.
La Serre, Jean-Louis-Ignace, sieur de Langadale, Amosis, prince égyptien. Histoire merveilleuse, Paris, Josse fils, 1728.
La Vieuville d’Orville, Adrien, comte de Vignacourt, Le Prince turc, nouvelle historique, galante et tragique, Paris, Robinot et Marchenoir, 1724.
Lefebvre, Philippe, Nanin et Nanine, fragment d’un conte traduit de l’arabe, Amsterdam, 1749.
Lubert, Marguerite de, La Princesse Coq d’œuf et le prince Bonbon. Histoire aussi ancienne que véritable. Traduite de l’arabe, La Haye, Jean Neaulme, 1745.
Mailly, Louis de, Le Voyage et les aventures des trois princes de Sarendip, traduits du persan, Paris, Pierre Prault, 1719 [d’après la traduction italienne de Cristoforo Armeno].
Melon, Jean-François, Mahmoud le Gaznévide, histoire orientale. Fragment traduit de l’arabe, avec des notes, Rotterdam, J. Hofhoudt, 1729.
Menin, Nicolas, Turlubleu, histoire grecque, tirée du manuscrit gris-de-lin trouvé dans les cendres de Troie, Amsterdam, 1745.
Moncrif, François-Augustin Paradis de, Les Aventures de Zéloïde et d’Amanzarifdine, contes indiens, Paris, Saugrain, 1714 (rééditions 1715, 1717 sous le titre : Les Mille et Une Faveurs).
Montfaucon de Villars, Nicolas-Pierre, L’Amour sans faiblesse, Paris, Claude Barbin, 1671, 2 parties [un don Juan arabe réédité sous le titre : Le Geomyfer, traduit de l’arabe, Paris, Veuve Antoine Urbain Coustelier, 1729, 2 parties].
Mouhy, Charles de Fieux, chevalier de, Lamekis ou les Voyages extraordinaires d’un Égyptien, Paris, L. Dupuis, 1735.
-, Les Mille et Une Faveurs, contes de cour tirés de l’ancien gaulois par la reine de Navarre, et publiés par le chevalier de Mouhy, « Londres, aux dépens de la Compagnie » [Paris], 1740.
Pajon, Henri, Histoire des trois fils d’Hali Bassa et des trois filles de Siroco, gouverneur d’Alexandrie. Traduite du turc, Leyde, 1745.
Pétis de la Croix, François, Histoire de la sultane de Perse et des vizirs, Paris, Veuve Claude Barbin, 1707 (réédition, Paris, Champion, 2006).
-, Les Mille et Un Jours, contes persans, Paris, Veuve Ricoeur, puis Compagnie des Libraires, 1710-1712 , 5 vol. (rééditions 1729, 1732, 1766, 1783, 1785 et 2011 chez Honoré Champion).
Raguenet, François (?), Syroès et Mirame, histoire persane, Paris, Claude Barbin, 1692, 2 vol.
Saadi, Mustadini, Gulistan ou l’Empire des roses, Paris, 1704 (traduction de d’Alègres).
Terrasson, Jean, Sethos, histoire ou vie tirée des monuments anecdotes de l’ancienne Égypte. Traduite d’un manuscrit grec, Paris, J. Guerin, 1731, 3 parties.
Voisenon, Claude Henri Fusée de, Le sultan Misapouf et la princesse Grisemine, « Londres » [Paris], 1746.
Voltaire, Memnon, histoire orientale, « Londres » [Amsterdam], la Compagnie, 1747 (première version de Zadig en 15 chapitres).
-, Zadig ou la Destinée. Histoire orientale, s.l. [Nancy, Lescure], 1748.
-, La Princesse de Babylone, [s.l.], 1768
- Le Taureau blanc, traduit du syriaque, « Memphis » [Allemagne ?], 1774.

Le récit oriental entre les XVIIe et XVIIIe siècles
Abdel-Halim, Mohamed, Antoine Galland, sa vie et son œuvre, Paris, A. G. Nizet, 1964 [biographie intellectuelle].
Carnoy, Dominique, Représentations de l'Islam dans la France du XVIIe siècle, Paris, L'Harmattan, 1998.
Dufrénoy, Marie-Louise, L’Orient romanesque en France 1704-1789, Montréal, Beauchemin, 1946-1947, 2 vol.
Gallouët, Catherine, « La topique de l’Orient selon les Lettres persanes et dans les Lettres d’une Péruvienne », dans Max Vernet éd., Étrange topos étranger. Actes du XVIe Colloque de la SATOR, Sainte-Foy (Québec), Presses de l’Université Laval, 2006, p. 223-245.
Grosrichard, Alain, Structure du sérail. La fiction du despotisme asiatique dans l'Occident classique, Paris, Seuil, 1979 [un grand classique].
Hahn, Franz, François Pétis de La Croix et ses Mille et Un Jours, Amsterdam et New York, Rodopi, 2002.
Martin, Christophe, « Le sérail et son double. Topique du harem des Mémoires du sérail (1670) aux Intrigues historiques et galantes du sérail de J.-B. Guys (1755) », dans Nathalie Ferrand, éd., Locus in Fabula. La topique de l'espace dans les fictions françaises d'Ancien Régime, Leuven-Paris, Peeters, 2004, p. 178-199 (coll. « La République des Lettres »).
Martino, Pierre, L’Orient dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1906.

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11 octobre

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