Antoine Galland et la querelle des anciens et des nouveaux voyageurs.

Antoine Galland est surtout connu aujourd’hui pour sa traduction des _ Mille et une Nuits _, mais c’est l’œuvre tardive, au début du XVIIIe siècle, d’un savant orientaliste qui appartint dans les années 1660-1670 à une génération « moderne » envisageant une façon nouvelle de considérer l’Autre. À la fois antiquaire – tourné vers le passé archéologique – et orientaliste – passionné par le présent des peuples qu’il visitait -, Galland sut articuler voyages et sciences. Né dans une famille pauvre, en 1646, Galland n’eut pas une carrière facile, mais son intelligence et ses capacités intellectuelles lui permirent d’échapper à la condition qui le menaçait. Mis en apprentissage, il parvint à s’inscrire au collège parisien du Plessis et se perfectionna dans les langues anciennes et modernes dont l’arabe. Proche un temps de Port-Royal, il fut engagé pour tenter de trouver dans l’Église d’Orient des arguments dans le débat de la « présence réelle « (du corps du Christ dans l’hostie consacrée ». D’où son premier séjour en Orient de 1670 à 1675, où il accompagna l’ambassadeur de France à la Porte le fastueux marquis de Nointel. Il achète alors pour le roi médailles et manuscrits, dont des textes modernes en turc et en grec. Un journal fragmentaire nous reste de ces années. Outre Constantinople, résidence de l’ambassadeur, il connaît aussi lors de voyages d’inspection les diverses villes du Levant, dont Jérusalem. De retour à paris, il fréquente la nouvelle génération d’érudits (Huet, Spon, Nicaise) en relation avec les savants européens (Italie, Angleterre, Hollande) qui se passionnent pour l’archéologie. Il travaille aussi avec le libraire parisien Claude Barbin, qui publie volontiers des voyages et de la littérature orientalisante. Lors de son seconde voyage en 1678, il séjourne à Smyrne et en rapporte une _ Smyrne ancienne et moderne – destinée à Barbin, qu’il ne publiera pas et dont le manuscrit publié par M. Couvreur se trouve aujourd’hui à Bruxelles. Le troisième séjour en Orient, de 1679 à 1688, accompagne le nouvel ambassadeur, Guilleragues :le journal en est perdu en partie, seules demeurent trois lettres adressées à l’abbé de la Chambre dont le manuscrit autographe est à Munich et que va publier M. Couvreur. Ces lettres s’adressent davantage à un amateur qu’à un érudit, d’où leur contenu différent de celles qu’il envoie à l’antiquaire lyonnais, Jacob Spon. Galland est alors en mission pour la Compagnie du Levant afin de cataloguer et de répertorier les productions locales qui peuvent être exportées. Il achète aussi des médailles et des manuscrits pour Colbert. Dans les textes de cette époque, il fait une sorte de profession de foi à propos du nouveau voyage : contre la littérature, les « historiettes » et les « aventures ». C’est aussi un règlement de comptes avec Guillet de Saint-Georges, auteur favori de Barbin pour la matière orientale. La méthode d’investigation de Galland est nourrie de la pensée libertine, en particulier de Gassendi et de La Mothe le Vayer, qui se sert beaucoup dans ses « petits traités » des récits de voyage pour prouver la diversité du monde et la relativité des idées. Il s’inspire aussi de la méthode cartésienne, tour en étant un chrétien convaincu. Le voyageur doit se munir de la littérature géographique ancienne et consulter les mémoires modernes ; il doit vérifier sur place, critiquer le merveilleux dans les récits, relever les superstitions, avoir une approche expérimentale de la réalité. C’est ainsi que les fossiles sont pour lui des créations d’une nature qui a pu avoir un autre aspect, comme il le remarque des « langues de serpent », des pétroglyphes de Malte, non pas fantaisie de la nature, mais restes d’un temps aboli. Cette indépendance d’esprit, Galland l’a forgée dans un monde, celui de l’aristocratie qui offre prébendes et privilèges, dont il est resté toujours indépendant, malgré la protection royale.

Mots-clés : philosophie. progrès. libertinage érudit.

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07 janvier