Bougainville, Garnier : deux écrivains d'un voyage, deux créateurs d'imagerie, les exemples de Tahiti et de la Nouvelle Calédonie

Tahiti et la Nouvelle-Calédonie ont eu des parcours mythiques très différents à compter de leur découverte par les Européens. Homme des Lumières, Bougainville voit dans la Nouvelle-Cythère un rêve primitiviste réalisé dont la publication en 1771 de son « tour du monde » va brusquement accélérer la présence fantasmatique dans la pensée occidentale en quête de renouvellement d'images : l'Âge d'Or par l'abondance, la paix et la justice. Le « Caillou » néo-calédonien arrive trop tard : Jules Garnier, ingénieur des mines, y séjourne en mission scientifique de 1863 à 1866, quelques années après la prise de possession officielle du territoire par la France (1854) : parti à la recherche de l'or, il y découvre le nickel. Publiés en 1871, après quelques articles donnés à des journaux, ses deux volumes sur la Calédonie sont un hymne au pionnier minier qui apporte la civilisation aux « Kanaks » dont l'emblème sauvage est le cannibalisme. Mais Garnier n'a pas l'intention de faire fuir le futur colon : le « bagne » néo-calédonien en activité devrait être la source d'une colonisation où missions religieuses, armée et kanaks civilisés construiraient une société nouvelle (des ébauches de phalanstères saint-simoniens furent tentées). À partir des photographies de terrain, les gravures sur bois qui s'en inspirent manipulent l'image dans cette direction.

Mots-clés : Polynésie. Mélanésie. découverte. colonisation. Lumières. illustration. mission scientifique. Pacifique. mythe.

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30 novembre