Captation des images et hybridation des supports

Jean Douchet parlait récemment de « dramaturgie plastique » pour caractériser le traitement de l'image cinématographique dans le cadre d'un cinéma d'auteur. Pour ce qui concerne ma pratique de la vidéo et du cinéma, le mot « dramaturgie » n'aurait sans doute aucun sens et serait à remplacer par un terme moins exogène, plus approprié aux éléments constitutifs des processus d'élaboration d'un film. (...)
Expérimenter l'hybridation des supports, pratiquer le passage entre les médias, c'est d'abord prendre en compte les particularités de chacun d'eux et leurs différences irréductibles. (...) Le cinéma est d'essence photographique, on ne le répètera jamais assez : il est affaire d'optique et de chimie. Le « cinema numérique » n'est en fait rien d'autre que de la vidéo, et la vidéo, c'est avant tout de l'électronique. (...) Le balayage et la trame n'ont rien de commun avec les photogrammes et leurs intervalles.
(...) Pour moi, loin de toute préoccupation strictement esthétique ou formelle, il s'agit de tenter d'investir des systèmes clos, en apparence autosuffisants : imagerie publicitaire, fictions télévisuelles, documentaires scientifiques, œuvres cinématographiques... Cet usage critique des outils vidéographiques et cinématographiques est une façon de réagir face à la réification des images, d'interroger ce qui se sédimente dans les valeurs culturelles, de refuser l'éclipse du jugement. Les images ne vont pas de soi, elles sont problématiques. On est en droit de se demander de quoi elles sont les vecteurs, ce qui se cache derrière elles ou à l'intérieur d'elles. L'entrée dans l'image, le "blow up" (recadrage, recentrage, isolation d'un fragment ), confronte sans détours au vertige qu'elle suscite, cette image que Julia Kristeva dit « tissée de néant ».

Marc Plas, Cannibalisme des images : Le refilmage et l'hybridation des supports, 1999.

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