Captifs turcs et chrétiens : l'aventure en Méditerranée d'après les récits (avec Denise Brahimi, Azzedine Guellouz, Wolfgang Kaiser, Hayri Özkorai)

Mise en ligne du site du projet ANR CORSO (« Islam/Chrétienté au seuil de la modernité. Images et réalités de la guerre de course en Méditerranée 1500-1750 »), dédié à l’étude des textes illustrant le conflit entre musulmans et chrétiens en Méditerranée, du XVIe au XVIIIe siècle.

On trouvera sur ce site une présentation des travaux menés dans le cadre de ce projet, ainsi que les ressources électroniques et les publications auxquelles il a donné lieu.

Les ressources du site internet du projet CORSO : http://www.oroc-crlc.paris-sorbonne.fr/index.php/visiteur/Projet-CORSO

Le site internet dédié au projet CORSO est destiné à la mise en ligne des réalisations du projet (dossiers ressources électroniques, séminaires, colloques, publications), actuellement diffusés sur les sites du CRLC et du CRLV (Paris-Sorbonne).

1. La guerre de course en récits. Terrains, corpus, séries

Ce dossier d’études en ligne propose un état des lieux des différents corpus et séries de récits par lesquels la guerre de course, et en particulier l’expérience de la captivité dans les états barbaresques de la côte Nord-Africaine, a été connue en Europe entre le 16e et le 18e siècle essentiellement. Il paraîtra dans un premier temps en français et en anglais, avant mise en ligne de traductions françaises et d’abstracts anglais/français pour l’ensemble des communications.

2. La guerre de course en images : Iconographie de la captivité en terre barbaresque (XVIe-XVIIIe siècles)

Les ressources iconographiques du site prévoient la mise en ligne de plusieurs séries de dispositifs iconographiques encadrant les textes sur la captivité.

Dossiers en préparation :

« L’Histoire de Barbarie du père Dan (Yann Rodier)
« La Barbarie des voyageurs scandinaves » (P. Madsen)
« Etude d’un thème iconographique franciscain : les Martyrs du Maroc, son instrumentalisation et sa diffusion en Europe et en Amérique » (L. Pestre de Almeida)
« Autour de la captivité de José Lopes Ferreira da Rocha » (António Lázaro)

3. Répertoire Nominatif des Récits de captivité (XVIe-XIXe siècles) (responsable : S. Bono)

Banque de données active, en cours de constitution, proposant le catalogage sous forme de fiches individuelles des principaux récits de captivité (Constantinople, Alger, Tunis, Maroc, Salé, Tripoli) connus à ce jour, dans les domaines français, anglais, italien, portugais, espagnol, allemand et hollandais. Les fiches sont interrogeables par champ (Identité, confession, dates de capture et de libération, procédé de libération, existence de textes autographes, etc.) ou par mots-clés.

4. Editions de récits de captivité (collection Mediterranea, éd. Bouchène Paris)

L’histoire de la longue captivité et des aventures de Thomas Pellow dans le sud de la Barbarie, Trad. et notes de M. Morsy, présenté par D. Brahimi, 2008.

Le royaume de Tunis au XVIIe siècle, VIIIe livre de l’Afrique illustrée de Jean-Baptiste Gramaye, Texte inédit, traduit du latin, introduction et notes par A. Guellouz, 2010.

L’esclavage du brave Chevalier de Vintimille (1608), suivi de l'Odyssée ou diversité d'aventures rencontres et voyages en Europe, Asie et Afrique, de René du Chastelet des Boys, édition, introduction et notes par C. Zonza [2011].

Fragments de vie. Lettres, pétitions, suppliques de captifs européens au Maghreb à l'époque moderne, Textes inédits, réunis et présentés par W. Kaiser (EHESS), [2011].

Aventures de captivité à Malte (XVIe siècle). Le récit du Cadi Ma'cûncizâde Mustafa Efendi, Traduit de l’ottoman, présenté et annoté par Hayri Gökşin Özkoray, [2011].

Chez d’autres éditeurs

Captivité et Liberté de Diego Galan, (Relación del cautiverio y libertad de Diego Galán (ca.1610-1620), Texte inédit en français, traduit de l’espagnol introduction et notes par A. Merle, en préparation (2011, éd. Chandeigne).

Cervantes, les comédies de captivité, Comedias El trato de Argel et Los Banos de Argel, Trad., introduction et notes par A. Teulade, F. Madelpuech, A. Duprat, en préparation (1er semestre 2009).

Le royaume de Tunis au XVIIe siècle, VIIIe livre de l'Afrique illustrée de Jean-Baptiste Gramaye (1622), Texte latin en regard. Traduction française, introduction et notes par Azzedine Guellouz, Paris, éd. Bouchène, collection MEDITERRANEA, VOL 2., Série « Barbaresques», 2010.

Jésuite belge, donc en 1619 sujet espagnol, Jean–Baptiste Gramaye (1579-1635), avait déjà produit, comme historiographe de l’archiduc Albert de nombreuses monographies géographiques et archéologiques couvrant une grande partie des villes et provinces Pays-Bas du Sud, lorsque le suzerain de son protecteur, Philippe III, le chargea d’une mission au Maroc et que les « hasards de la mer » lui valurent quelques mois de captivité à Alger. Outre un journal Diarium rerum Argelae gestarum ab anno MDCXIX [1], ce séjour lui fournit la matière d’un ouvrage de quelque 300 pages intitulé Africae illustratae libri decem, in quibus Barbaria gentesque ejus ut olim et nunc describuntur (Tornaci Nerviorum : ex officina A. Quinque, 1622), rédigé dans un latin fort élégant.

La présente traduction est la première proposée dans une langue vivante. La rhétorique soignée de Gramaye ne laissait espérer à son public que peu d’informations « concrètes » sur le sujet ; on les supposait fournies par des œuvres plus accessibles — celles de Léon l’Africain, de Diego de Haedo ou d’Emmanuel d’Aranda. Les six premiers livres de l’Afrique sont pourtant consacrés au passé des différentes régions de l’actuel Maghreb ; ils sont suivis de monographies consacrées à leur « état présent ». A la fin de chacun des quatre Livres figurent des appendices consacrés à la planification d’une expulsion des Turcs hors d’Afrique qui feront l’objet d’une étude particulière, dans la mesure où ils se démarquent des poncifs de l’appel à la Croisade, et s’adressent à Philippe III.

En consacrant au Livre VIII de cet ouvrage (Du royaume de Tunis) et à son Appendice suggérant les moyens d’expulser les Turcs de toute l’Afrique une traduction attentive aux préoccupations stylistiques d’un rhéteur talentueux, on se donne en effet les moyens de découvrir à ce texte d’autres dimensions. Ce n’est pas tant de l’urgence d’une croisade anti-mahométane que Gramaye voulait convaincre son suzerain catholique, que de l’urgence de construire une Europe œcuménique ; et le public de « décideurs » auxquels il s’adresse dans cette entreprise de persuasion se trouve aussi bien à la Cour d’Espagne que parmi les vassaux et les rivaux de son souverain.

[1] Alger, XVIe-XVIIe siècle. Le Journal de Jean-Baptiste Gramaye, "évêque d'Afrique", publ., trad. du latin et présenté par Abd el Hadi ben Mansour, préf. par André Mandouze, Paris, Les Éd. du Cerf, 1998. J.B. Gramaye Le Royaume de Tunis

Exemplier

1 Lire les titres
 
1.1 Agencement d’un titre programme
 
1. Les dix Livres de l’Afrique illustrée dans lesquels sont décrites la Barbarie et ses populations, telles qu’elles furent jadis et telles qu’elles sont maintenant
2. Et dans lesquels est composée son Histoire ecclésiastique, gothique, vandale, turque, maure, numide, carthaginoise ainsi que celle de ses îles depuis la plus haute antiquité et jusqu’à nos jours,
3. Et enfin sont dépeints les royaumes d’Alger, de Tunis, de Tripoli, de Marrakech et de Fès en y ajoutant le miroir des misères que font subir les Barbaresques
4. ainsi que les moyens d’y restaurer la Religion et de désarmer les pirates et de les expulser d’Afrique
5. d’après les notes de l’auteur qui l’a visitée en l‘an 1619 et confirmées auprès d’autres témoins oculaires
6. Tournai, 1622.
 
1.2 Désigner et cacher un centre de gravité

2 Lire les dédicaces

2.1 Une exceptionnelle pléthore de dédicaces
2.2 Une dédicace codée : Lectori benevolo seu malevolo

7. A peine avais-je commencé à enfanter ce fœtus ou plutôt cet avorton prématuré que m’est apparu le présage de Zoïles aux dents décidées à mordre à qui mieux mieux dans ce nouvel ouvrage dont l’auteur vient à peine d’être sauvé de la catastrophe et de la calomnie et vient à peine de sauver ces tablettes du naufrage.

2.3 Lectorat cible et lectorat écran
2.4 Valeur du témoignage sur le séjour à Alger

8. Ce captif a bénéficié d’un statut privilégié, « jouissant d’une égale considération et faveur de la part des Turcs, des Maures, des Juifs, des Chrétiens ».
9. « A peu de gens, peut-être à personne, il n’a été donné depuis des siècles d’avoir vu, entendu, fouillé, exporté ce qu’il y a de plus secret dans l’Afrique littorale et turque ».

3 Lire le style d’un technocrate engagé : littérarité des documents historiques
3.1 L’irréprochable professionnalisme d’une «étude de faisabilité »

10. Je toucherai d'abord trois mots des avantages que les Chrétiens et, pour parler clairement, les Espagnols tireront de l'occupation de ce pays.
11. Je montrerai ensuite que cette occupation revient de droit au Roi Catholique et qu'elle ne peut ni ne doit être aussi commodément entreprise par nul autre.
12. Je suggérerai ensuite, de façon générale, les voies et moyens préparatoires, puis je détaillerai la façon de soumettre définitivement Alger, Tripoli et Tunis.
13. Enfin, je parlerai de la quantité des troupes nécessaires et de la façon de rassembler facilement de nombreux soldats.
14. En tout dernier lieu, je présenterai, à titre d'exemple, les méthodes et le plan permettant de tirer de la seule Belgique d'énormes sommes d'argent

3.2 De la difficulté d’être un technocrate belge en 1620
 
15. Par ailleurs, pour que ces gens-là ne soient pas à charge en voyageant par voie de terre, on les embarquerait à Dunkerque et on les transporterait à peu de frais par bateau en Espagne ; cela assurerait une réciprocité ; nous nous acquitterions ainsi de notre dette envers ce royaume, qui nous envoie tous les ans tant de ses sujets .
16.
17. Pour couronnement, j'ajoute comment tout cet argent, qui est le nerf de la guerre, pourrait être recueilli sans frais notables et sans prélèvement et payé sans frais en Espagne, là où le soldat doit être recensé et, après sélection, embarqué.
18. L'argent étant recueilli par cette méthode et les sommes étant réparties au jour fixé dans le Trésor installé en six ou huit endroits à travers la Belgique, je demande qu'on estime quelle somme augmentée de quel intérêt annuel, par ces temps troublés, le Roi doit envoyer pour le paiement des garnisons et des magistratures de Belgique (on les appelle Intertenementa). Si là-bas, en Espagne cette somme était payée largement aux soldats de la Milice Sacrée, non par l'intermédiaire de dix mains, comme cela se fait maintenant, mais en passant par la main d'un seul ou de quelques uns seulement et si l'on reversait des questeurs du Trésor aux questeurs royaux juste autant ici qu'on aurait compté là-bas, est-ce que, pour les soldes, on ne pourvoirait pas à peu près aux besoins de l'armée ?
19. Et supposons qu'on ne s'élève pas encore jusqu'à cette somme, si l'on accordait à certains marchands ou à une association de marchands l'exclusivité du transport en Belgique des vins espagnols, des tissus d'or et des produits exotiques de cette sorte, à charge pour eux de payer trois, six, dix millions perçus ici sans intérêt, il s'en présenterait cent pour un qui accueilleraient à bras ouverts cette création, les uns pour des considérations de piété, les autres -plus nombreux- par esprit de lucre.
 
4 Conclusion(s)
 
4.1 Historicité du texte littéraire et littérarité des documents politiques
4.2 Interactions de la politique intérieure et de la politique extérieure
 

Fragments de vie. Lettres, pétitions, suppliques de captifs chrétiens et musulmans en Méditerranée occidentale à l'époque moderne. Essai, par Wolfgang Kaiser, Paris, éd. Bouchène, collection MEDITERRANEA, VOL 7., Série « Barbaresques». Dans le cadre des opérations de rachats organisées individuellement ou par des institutions religieuses ou laïques, les captifs interviennent eux-mêmes pour contacter leur proches, solliciter de l’aide ou faire pression sur les institutions et autorités, afin d’accélérer leur rachat. Les institutions de rachat, à leur tour, développent des procédures de contrôle et de vérification, afin d’identifier les « bons » captifs à racheter.

Ce processus de communication entre acteurs multiples sur les deux rives de la Méditerranée a produit une documentation d’une évidente richesse. Parmi ces sources, les documents relevant de l’écriture personnelle et de l’histoire des individus qui ont été rassemblés ici donnent à voir des fragments de vie, où dominent l’expression des tactiques de survie, et la mise en œuvre des formes de persuasion discursive mobilisées par les victimes de l’économie de la rançon. L’essai s’intéressera en particulier à la posture adoptée par les auteurs par rapport à la question même de la fictionnalité et de son statut, dans les stratégies d’accréditation d’un témoignage, de création d’effets d’évidence, ou de confrontation de diverses versions possibles d’une même histoire, dans la mesure où ces stratégies impliquent l’intervention de scénarisations fortes (chronologie « travaillée », introduction d’un suspense, stratégies pathétiques, façonnement des personnages, etc.).

La circulation culturelle en Méditerranée, analysée dans ces directions à travers d’un objet signifiant et significatif, les récits de captivité, permet ainsi de s’interroger sur le rôle et le statut de la fictionnalité dans l’histoire et sur celui des procédés propres au récit de faits dans la production de la fiction au début de l’époque moderne.

L’ouvrage comporte la présentation, l’édition et la traduction d’une série de lettres, suppliques et pétitions (françaises, italiennes, espagnoles) ainsi que d’un petit ensemble de textes émanant de captifs musulmans. Leur édition prévoit une mise en contexte des informations qu’ils livrent, ainsi qu’une analyse historique de leur contenu et de leur forme, qui permettra de mettre en lumière sur l’importance des enjeux liés à la communication dans le phénomène du commerce des captifs.

Wolfgang Kaiser, spécialiste du commerce en Méditerranée au début de la modernité, est professeur d’histoire (Paris I-EHESS), et partenaire du Projet ANR « Islam/Chrétienté au seuil de la modernité. Images et réalités de la guerre de cours en Méditerranée (XVIE-XIXes).

L’essai présenté ici, qui s’inscrit dans la série « Barbaresques » de la collection d’études MEDITERRANEA, fruit des travaux du groupe de recherches, sera le 7e ouvrage à paraître dans cette collection.

L'histoire de la longue captivité et des aventures de Thomas Pellow dans le sud de la Barbarie [V.1743], Traduction et notes de M.Morsy, présentation de Denise Brahimi, Paris, éd. Bouchène, collection MEDITERRANEA, VOL 1., Série « Barbaresques». L’histoire de la longue captivité et des aventures de Thomas Pellow dans le sud de la Barbarie, avec le récit de sa capture à l’âge de onze ans par deux corsaires de Salé et de son voyage à Mequinez, des aventures variées qu’il connut pendant les vingt-trois ans de son séjour dans ce pays, de sa fuite et de son retour au pays natal ; auxquels ont été joints un portrait circonstancié des Maures, de leurs moeurs et coutumes, de leurs Empereurs tyranniques et cruels, ainsi qu’une relation des grandes révolutions et guerres sanglantes qui ont eu lieu dans les royaumes de Fez et de Maroc entre 1720 et 1736 ; ainsi qu’une description des cités, villes et édifices publics de ces royaumes, des souffrances des esclaves chrétiens et maints autres détails curieux.

Ecrite par lui-même s.d. [v. 1743-45], R. Goadby, à Sherbourne (Angleterre).

Le récit fait par l’Anglais Thomas Pellow de sa captivité au Maroc pendant la première moitié du XVIIIe siècle apparaît comme l’un des exemples les plus réussis en même temps que les plus signifiants de l’intégration d’un écrit d’expérience autobiographique riche et complexe dans un genre littéraire, celui du récit de captivité en Barbarie, illustré à la même période par les relations de Moüette, de Pidou de Saint Olon et de Dominique Busnot, récemment rééditées (Petit Mercure, 2002).

L’auteur, qui fut captif pendant vingt-trois ans (1715-1738), puis soldat, à des grades divers, dans l’armée du sultan Moulay Ismaël (1720-1736), a tout d’abord retenu l’intérêt par le portrait qui s’en dégage du Sultan, que Pellow a bien connu lui-même. Si la description que fait Pellow de l’anarchie qui a suivi la disparition de cet autocrate à la personnalité mythique suffisent à montrer le talent d’écriture qui était le sien, il est probable que le texte de sa Relation a également bénéficié d’autres interventions – peut-être celles d’écrivains de métier. L’inscription de l’œuvre de Pellow dans le genre du récit de captivité apparaît en effet dans une large mesure comme le résultat de l’intervention de son éditeur, les observations et les réflexions originales de l’auteur se combinant dans le texte avec les codes et les types imposés par l’attente du public.

La relation de captivité de Thomas Pellow a été publiée après le retour de celui-ci en Angleterre en 1738. Mais on ne dispose pas du manuscrit de l'auteur, s'il y en a eu un. Le texte publié vers 1743 comporte de nombreuses interventions de l'éditeur sous forme d'emprunts à d'autres textes déjà publiés et connus du public (M. Morsy a repéré et signalé ces emprunts ). On peut penser que ce texte comporte donc de nombreuses modifications et omissions par rapport à l'hypothétique récit original.La gêne éprouvée par l'éditeur vient certainement du fait que Thomas Pellow s'était converti à l'islam et marié avec une femme du pays — qui était morte, ainsi que leurs enfants, quand Thomas Pellow parvint à s'enfuir pour rentrer en Angleterre. C'est sans doute pour tenter de disculper le captif de ce qui pouvait passer pour une trahison à l'égard de son pays et de sa religion, que l'accent est mis sur ses tentatives de fuite et leurs difficultés. Cependant, l'essentiel du récit consiste dans la description des campagnes militaires accomplies par Pellow dans les armées du Sultan. On a ainsi un témoignage sur la situation de révolte endémique des tribus contre le pouvoir central.

Quelques-uns des auteurs auxquels l'éditeur de Pellow a fait des emprunts : Simon Ockley, An Account of South and West Barbary, Londres, 1713, John Windus, A Journey to Mequinez, Londres, 1725, John Braithwaite, The History of the Revolutions in the Empire of Morocco, Londres, 1729.]

Ma'cûncizâde Mustafa Efendi, Aventures de captivité à Malte (XVIe siècle), traduit de l’ottoman, présenté et annoté par Hayri Gökşin Özkoray, Paris, éd. Bouchène, collection MEDİTERRANEA, vol. 6, 100 p. environ, Série « Barbaresques ».

Présentation de l’ouvrage :

Le récit qu’a laissé le cadi (juge) ottoman Ma‘cûncızâde Mustafa Efendi de son expérience de la captivité à Malte, à l’extrême fin du XVIe siècle, constitue un témoignage historique rare, vu le petit nombre de textes autobiographiques émanant de captifs ottomans dont nous disposons aujourd’hui.

Au printemps 1597, le cadi est capturé par des corsaires de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem dans le golfe d’Antalya au cours du voyage qui devait le mener à Chypre, où il était nommé à la circonscription de Paphos. Durant les deux années qu’il passe à la prison de la Valette, le cadi compose alors un texte relatant sa vie quotidienne de captif, où le récit fait souvent place à la déploration, mais aussi à l’évocation de l’histoire de ses codétenus musulmans. Il y compile également les lettres et poèmes qu’il a adressés au sultan Mehmed III et à des dignitaires ottomans afin d’obtenir son rachat. Le déploiement du talent littéraire y est lié à un objectif constant : attirer l’attention des "grands", afin de les conduire à racheter les hommes de science prisonniers des "mécréants".

Mustafa Efendi avait une quarantaine d’années à la conclusion de son rachat en 1599. Nous ne savons rien de son sort d’homme libre, sinon le fait que son manuscrit autographe, qui a pu être recopié dans un lieu qui reste inconnu de l’Empire ottoman, en 1602, nous est parvenu. Au-delà du témoignage précieux que ce document apporte sur le sort des captifs au sein de la "capitale de la piraterie chrétienne" (P. Earle) de l’époque moderne, le récit du cadi est également une source importante d’informations sur la politique de la Porte ottomane quant au problème de la captivité de ses sujets en Europe. C’est enfin — et peut-être surtout, un texte d’une grande richesse littéraire, que la traduction présentée ici s’efforce de restituer.

La traduction présentée ici, rédigée par un spécialiste en puissance des sources ottomanes, sera accompagnée d’une introduction présentant les enjeux historiques et littéraires du récit, ainsi que d’une note sur la traduction et la prononciation des termes ottomans, d’un index et d’une bibliographie.

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23 novembre