Carn, une île perdue, retrouvée

Le paradoxe des fractales
Où est la frontière entre la terre et la mer ?
Entre le cap et l'île ?
Entre l'île et le récif ?
Entre le récif et le rocher ?
Entre le rocher et le caillou ?
Entre le caillou et le galet ?
Entre le galet et le grain de sable ?
On n'a jamais su jusqu'à quel degré de finesse dessiner une carte.
Plus elle précise, plus l'on s'y perd.

L'île Carn, à Portsall, commune de Ploudalmézeau, Finistère, Bretagne, à la pointe de l'Europe continentale, est située à quelques encablures de l'échouage en 1978 du pétrolier géant Amoco Cadiz . Pour les navigateurs, la Bretagne est perçue comme un territoire incertain. La succession de cartes toujours plus précises et les moyens modernes de navigation ne permettent pas toujours d'épargner les marins, les vaisseaux ni les côtes. Ce secteur de Portsall-Ploudalmézeau représenté par les cartographes est d'une extrême complexité. Avec le cycle des marées, la force des vents et des courants, le paysage évolue sans cesse et la simple représentation et nomination des roches ne traduit pas la difficulté de naviguer dans les parages. Les cartes anciennes font errer les cailloux et les noms. Au XVIIIe siècle, pour la première fois, l'île apparaît sur la carte. Ensuite elle disparaîtra et réapparaîtra jusqu'au XXe siècle en fonction des intérêts commerciaux, marchands, marins ou militaires, puis enfin archéologiques de la nation plus que des autochtones. Elle possédait un château en ruines qui deviendra « montagne », « tas de « cailloux », « cimetière », « cairn » selon les besoins en imaginaire, local cette fois. Le lieu n'est pas toujours local.

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10h00