Dire l'Égypte. Pour un orientalisme dialogique. Evolution des débats critiques et théoriques illustrée d'exemples littéraires des XIXe et XXe siècles

SUITE A UN PROBLEME TECHNIQUE, L'ENREGISTREMENT SONORE DE LA CONFERENCE EST INCOMPLET ET NE COMMENCE QU'A LA FIN DE L'INTERVENTION DE SARGA MOUSSA. AVEC TOUTES NOS EXCUSES.

Sarga MOUSSA et Daniel LANCON
"Dire l'Egypte au XIXe siècle. Pour un orientalisme dialogique"
Dans cette intervention à deux voix, Sarga Moussa et Daniel Lançon ont proposé l'invention d'un "Orientalisme dialogique", né du questionnement critique de la théorie d'Edward Saïd et de l'étude de certaines relations littéraires entre la France et l'Egypte au XIXe siècle.
Après avoir dressé un portrait rapide de la figure intellectuelle, politique et personnelle d'Edward Saïd, Sarga Moussa s'est efforcé de définir les enjeux de la notion que cet universitaire palestinien en exil créa en 1978. En substituant sa propre définition du mot orientalisme à l'acception jusque là uniquement picturale du terme, Edward Saïd stigmatise le double processus de dichotomisation et d'essentialisation propre à la représentation de l'Orient dans la littérature occidentale du XIXe siècle. Parler de l'Autre ne serait qu'une manière de parler de l'Occident, en justifiant insidieusement la logique colonialiste de ce regard culturellement européocentriste.
Si Sarga Moussa relève des erreurs factuelles et certains présupposés idéologiques dans l'exposition de cette thèse, ses critiques de fond concernent surtout le manque d'historicité et l'absence de prise en compte de la littérarité des textes.
C'est justement à un retour au texte qu'il nous invite en commentant trois extraits de Claude-Etienne Savary, Valérie de Gasparin et Pierre Loti. La vision ethnocentrique positive du premier qui voit en Egypte la perpétuation de valeurs désormais disparues en Occident, la vision critique de la seconde qui démythifie le harem et le regard concupiscent qui lui était traditionnellement attaché, et enfin la vision politique engagée du troisième qui fait l'éloge de l'indépendance de l'Egypte, donnent à lire une autre histoire de l'Orientalisme.
C'est à cette autre histoire que Daniel Lançon a lui aussi consacré sa communication en étudiant successivement "l'invention antéislamique" et "l'Egypte des Egyptiens".
La traduction en 1819 du roman bédouin d'Antar, l'engouement de nombreux voyageurs, orientalistes et écrivains pour ce passé égyptien distinct de l'époque pharaonique, l'intérêt pour ses manifestations populaires alors vivantes (contes et légendes) témoignent de l'existence d'un véritable regard ethnographique ouvert à l'altérité orientale et désireux d'en rendre la vitalité et la beauté.
De la même manière mais selon un chemin inverse, les relations de voyage d'Egyptiens en France, les comédies jouées au Caire mettant en scène le touriste occidental, et l'histoire de ces échanges de connaissance prouvent le caractère non irrémédiable des schèmes occidentaux, l'existence et la résistance du regard oriental.

Bibliographie

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« L’Égypte », dossier d’articles (avec des contributions, notamment, de D. Lançon et de S. Moussa) dans Romantisme, 120, 2e trim. 2003.

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- avec la coll. de Kaja ANTONOWICZ, Le Voyage en Egypte. Anthologie de voyageurs européens, de Bonaparte à l’occupation anglaise, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 2004.

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Edward W. SAID, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, tr. fr ., préface de Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, 1980 ; voir également « Postface à l’Orientalisme », dans M.A.R.S. n° 4, hiver 1995, p. 49-67.

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Session: 

05 janvier 2005