Discussion 5 : Poésie et voyage

Discussion 5 (après F. Deloffre et M.-H. Cotoni) : M. Lançon à M. Deloffre :« Le corpus de Challe entraîne-t-il un style noble ou la prose tend-elle vers un style citationnel ? M. Deloffre : - ce sont des vers uniquement qui constituent son corpus. M. Lanson : - Y a-t-il alors un effet, une conséquence sur le reste du texte ? M. Deloffre : - Cela fonctionne plutôt dans l'autre sens : Challe tire ses effets pour ses écrits. Il joue sur la rupture, la gradation et les effets de contrastes, le burlesque... » M. Mortier exprime ses compliments passionnés pour ces études philologiques. Le retour automatique au modèle culturel de poésie latine peut être comparé à Montaigne et à ses références morales recourant à Ovide et Juvénal, et non aux historiens et à Cicéron. Pour Voltaire, le procédé est différent. Cet automatisme, même dans le cas de la noyade, est curieux. N'y aurait-il pas alors de citations ornementales ? Le recours à la citation latine ajoute-t-il quelque chose de fondamental ? M. Deloffre explique que Challe a des "systèmes associatifs" qui reposent sur sa culture. Pour lui tout prend un sens quand il peut le rattacher à sa culture, la base culturelle ne peut pas être dissociée de l'évènement. Par exemple le thème de l'eau, pour lui, n'est pas distinct de ses lectures d'Ovide. Et ce système se retrouve aussi dans ses autres œuvres (Don Quichotte, Les Difficultés sur la religion, les Illustres Françaises). M. Mortier à Mme Cotoni : « il souligne le curieux contraste entre la Westphalie heureuse (Helvétius) et la Westphalie épouvantable (population sous-développée). A propos de la lettre sur Clèves, il n'y a pas de satire contre Frédéric II, mais à la fois un éloge à Maurice Donaso et une critique de son mauvais goût. » Mme Cotoni explique qu'il n'y a pas d'autodérision, que même la satire n'a pas les mêmes accents que dans les autres lettres. M. Mortier ajoute qu'il s'agit en effet du travail des Hollandais, plus que celui des Prussiens, et remercie Mme Cotoni de cette étude des lettres de Voltaire, souvent négligée. M. Deloffre note qu'il faudrait relire aussi Candide en parallèle avec ces lettres. Les étapes du voyage sont à prendre dans la perspective de Candide car elles fournissent à Voltaire une économie romanesque. Tout semble se résoudre dans Candide. J. Soler demande à M. Deloffre s'il y a une symbolisation du voyage à la manière d'Ovide, qui souligne la misère de l'existence à travers le voyage. M. Deloffre acquiesce et précise qu'Ovide est la "Bible" de Challe, qui cite plus de 50 fois Ovide dans son Journal de voyage. Sarga Moussa souligne le lien fort de la communication de M. Deloffre avec le colloque de l'an passé sur l'intertextualité dans les récits de voyage. Il ne s'agit en fait pas de décrire le monde mais de rappeler une citation au bon moment : l'intertexte est plus qu'une médiation, c'est une grille de lecture. Il demande ensuite pourquoi cette absence d'Homère. Homère n'était-il pas encore redécouvert en France, ou était-il plus difficilement utilisable ? M. Deloffre répond que Challe ne connaît pas le grec et a peu d'intérêt pour la littérature grecque. De plus, cela se passe avant la querelle du grec. Sarga Moussa demande alors si Challe est en cela représentatif de son temps. M. Deloffre répond par l'affirmative et ajoute que Racine est une exception en son temps. Mme Zatorska demande si l'étude du voyage amusant peut être envisagée du point de vue du sérieux, du grave, qui affleure dans les parties en vers. Mme Cotoni répond qu'en fait le genre évolue, et elle rappelle les trois étapes de Voltaire : en 1740 et jusqu'en 1750, Voltaire adhère au genre du voyage amusant, avant de le transformer puis de s'en détacher.

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10h30