Du libertinage dans le Royaume d’Alger entre la réalité et la fiction

Du point de vue d’un certain nombre d’auteurs occidentaux qui, pour des raisons diverses, ont séjourné dans la Régence d’Alger, la dissolution des mœurs était une des caractéristiques et des « Algériens » et des captifs qui étaient à leur service. Cette assertion avait reposé sur quelques faits réels qui avaient été ébruités (soit la passion d’Arroudj Barberousse pour l’épouse du souverain d’Alger ; la folie d’un Dey qui avait tenté de séduire l’épouse d’un renégat ; le cauchemar vécu par deux jeunes amants de Bône ; le penchant des Turcs d’Alger et de la bourgeoisie locale pour les éphèbes et les plaisirs auxquels s’adonnaient certains esclaves) et sur des impressions qui avaient donc plutôt pressenti que vu le vice dans les demeures, les tavernes, les bagnes ; les bains publiques, les ermitages des marabouts, les cimetières et durant les fêtes. Le libertinage, si ce mot peut convenir aux quelques dérives qui s’étaient achevées par des châtiments ou aux transgressions que le statut social des individus et la promiscuité avaient souvent permis, était donc très peu illustré dans les textes à caractère informatif.

Cette absence d'exemples concrets d'amours interdites, de perversions des uns et des autres et de harcèlement des captifs chrétiens, qui avaient réellement fait partie du paysage quotidien des femmes, est curieusement comblée par les œuvres de fiction. En effet, ce sont les produits de l’imagination qui mettent en scène des harems, des courtisans et des courtisanes, chrétiens et musulmans, dont le plaisir le plus intense est de vivre l’intrigue et l’interdit et qui, au gré des influences subies, reçoivent la grâce lorsqu’ils entrent dans la religion du Christ ou la malédiction lorsqu’ils apostasient. L’un des précurseurs de cette migration du motif du libertinage, du réel vers l’imaginaire, est sans nul doute Cervantès auquel Lesage, Regnard, Voltaire, et d’autres écrivains vont allègrement emboîter le pas.

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