Images de l’Orient méditerranéen dans les récits de voyage du XVIIIe siècle

Fichier vidéo du séminaire

L’iconographie viatique dont il est question ici concerne seulement les illustrations insérées dans les relations de voyage imprimées. Il faut noter des éléments pratiques essentiels : l’auteur du dessin n’a pas toujours voyagé ; il confie son dessin au graveur qui réalise la planche gravée, l’améliore à l’occasion, la modifie souvent et opère une sélection de ses sources pour convenir au projet éditorial (la gravures coûte cher à réaliser). Les vues cavalières sont la plupart du temps des reconstitutions. La contrefaçon d’images antérieure est monnaie courante, soit par reproduction directe soit par montage de divers sujets de gravure sur une nouvelle planche. A la gravure sur bois se substitue au XVIe siècle la gravure sur cuivre. Vers la fin du XVIIIe siècle, l’illustrateur prend souvent le pas sur le relateur du voyage : il le recrute pour fournir une espèce de légende textuelle à ses images. Cet Orient recherché est le plus souvent l’Antiquité grecque et ses « débris » des « antiquaires » (Spon, et.) ; l’Orient ottoman dans sa diversité pittoresque mettra du temps à prendre sa place, voire à se fondre avec elle (ruines dans un environnement). Le Grèce moderne, celle du néo-hellénisme, attendra la fin du XVIIIe siècle pour se manifester nettement dans l’illustration (1782 : Choiseul-Gouffier).

Quelques voyages illustrés en Orient méditerranéen dont il est question dans cette conférence (ordre chronologique)

. Breydenbach
. Nicolas de Nicolay
. Georges de la Chapelle
. Guillaume –Joseph Grelot (lui-même auteur des dessins).
. Jacob Spon
. Joseph Pitton de Tournefort
. Jean-Baptiste Vanmour (peintre orientaliste à Istanbul)
. Aubry de la Motraye
. Le père Sicard
. Fourmont
. Voyageurs anglais (antiquaires et architectes)
. Julien-David Leroy (architecte antiquaire)
. Le comte Marie-Gabriel de Choiseul-Gouffier
. Louis-François Cassas (dessinateur)
. Antoine-Ignace Melling (dessinateur)
. Charles –Nicolas-Sigisbert Sonnini de Manoncourt
. Antoine-Laurent Castellan (dessinateur)

Exemplier

« Mais ce qui est certain qu’un gros volume tout entier d’écriture ne donne jamais l’idée d’idée si parfaite d’un lieu que le fera le plan ou un dessein tracé sur une feuille de papier, & quelque Relation que l’on a en face, elle sera toûjours tres obscure si l’on n’y joint quelque crayon de la chose que l’on explique.
Voilà ce qui m’a donné la pensée de ne rien décrire icy sans en fournir aussi –tost les Figures. Elles seront comme un grand Sceau qui se met au bas des Patentes pour en autoriser la verité. »
Guillaume Grelot, Relation nouvelle d’un voyage de Constantinople (1680).

« Si j’ai jugé important de considérer les monuments de la grèce, sous les deux points de vue que je viens d’exposer, j’ai cru qu’il ne l’étoit pas moins de faire voir les rapports qu’ils ont avec ceux des peuples qui les ont précédés ou suivis dans la connoissance des arts, & la liaison qu’ont les principes qui font la base de l’architecture grecque, avec ceux qui dans cet art, tiennent aux loix de la mécanique, qui dépendent de la nature de notre âme & de nos organes, ou de l’habitude que nous contractons en voyant les objets répandus le plus généralement sur la surface de notre globe. »
Julien-David Leroy, Les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce, (1770).

« Je vais tâcher de faire voyager le lecteur avec moi, de lui faire voir tout ce que j’ai vu, de le placer dans l’endroit où j’étois moi-même lorsque je faisois chaque dessin ; et parmi tant d’objets que présentent ces riches contrées, je choisirai ceux à qui d’imposans souvenirs prêtent un plus vif intérêt. de nouvelles cartes géographiques, résultats de longs travaux ; les plans des ports les plus célèbres dans l’histoire, ou les plus fréquentés par nos navigateurs ; les vues des villes principales ; les costumes si variés de leurs habitans, et surtout les dessins les plus exacts et les plus détaillés de tous les monumens antiques composeront cet ouvrage, ou plutôt ce recueil d’estampes auxquelles sont jointes de simples notes explicatives. »
Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque de la Grèce (1782).

« Dans le voyage pittoresque qu’on annonce ici, l’art et les antiquités ne tiendront point la premiere place. ce qu’on s’y propose, c’est sur-tout d’offrir dans une parfaite imitation et comme vivantes les beautés naturelles que rassemble une contrée celèbre l’un des points du lignes dont la situation topographique, le climat et même la destinée, ont concouru à diversifier et à enrichir les aspects. »
Antoine-Ignace Melling, Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore (1819).

Bibliographie sélective

Textes
Cassas, Louis-François, Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine, et de la Basse-Égypte, Paris, Imprimerie de la République, 1799, 3 vol.
Castellan, Antoine-Laurent, Lettres sur la Morée, l’Hellespont et Constantinople, Paris, A. Nepveu, 1820, 3 vol. (2e éd.).
Choiseul-Gouffier, Marie-Gabriel-Florent-Auguste (comte de), Voyage Pittoresque de la Grèce, Paris, Tilliard ; de Bure père et fils ; Tilliard frères ; J.-J. Blaise, 1782, vol. I - 1809, vol. II, Ie partie, 1822, vol. II, IIe partie.
Grelot, Guillaume-Joseph, Relation nouvelle d’un voyage de Constantinople, Paris, Pierre Rocolet et Veuve Damien Foucault, 1680.
La Chappelle, Georges de, Recueil des divers portraits des principales dames de la Porte du Grand Seigneur, Paris, Le Blond, 1648.
Le Hay (éd.), Recueil de cent estampes représentant différentes nations du Levant, Paris, Le Hay, Duchange, 1714 ; Explication des cent estampes qui représentent différentes nations du Levant avec de nouvelles Estampes de cérémonies turques, Paris, Jacques Collombat, 1715.
Leroy, Julien-David, Les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce, Paris, H.-L. Guérin, L.-F. Delatour, 1758.
-. Les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce considérées du côté de l’histoire et du côté de l’architecture, Paris, Musier fils, 1770, (2e éd.).
Melling, Antoine-Ignace, Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore, Paris, Treuttel et Würtz, 1819, et atlas.
Pitton de Tournefort, Joseph, Relation d’un voyage du Levant, Paris, Imprimerie royale, 1717, 2 vol.
Spon, Jacob, Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, fait aux années 1675 et 1676, Lyon, Antoine Cellier fils, 1678, 3 vol.
Stuart, James, Revett, Nicholas, The Antiquities of Athens, London, John Haberkorn, 1762, 1787 [1790], 1794, 1816, 4 vol.
Omont, Henri, Missions archéologiques françaises en Orient aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Imprimerie nationale, 1902, 2 vol.

Études
Apostolou Irini, «Les Dessins orientaux de Jacques Carrey (1649-1726)», Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français 2001, 2002, p. 63-87.
« L’apparence extérieure des populations de l’Orient méditerranéen et son rôle dans la formation de l’image de l’autre », Cahiers de la Méditerranée, n° sur « L’autre et l’image de soi en méditerranée (XVIe-XXe siècles) », p. 181-200.
Boppe, Auguste, Les Peintres du Bosphore au XVIIIe siècle, Paris, ACR édition, Les éditions de l’Amateur, 1989, (é.o. 1911).
Carré, Jean-Marie, Voyageurs et écrivains français en Égypte, Le Caire, IFAO, 1956 (2éd.), 2 vol.
Grell, Chantal, Le XVIIIe siècle et l’Antiquité en France 1680-1789, Oxford, Voltaire foundation, 1995, 2 vol.
Hitzel, Frédéric, Couleurs de la Corne d’Or. Peintres voyageurs à la Sublime Porte, Paris, ACR édition, 2002.
Mougel, François-Charles, « Une société de culture en Grande Bretagne au XVIIIe siècle : La Société des Dilettanti (1734-1800) », Revue historique, 1978, p. 389-414.
Moureau, François, Le Théâtre des voyages. Une scénographie de l’Âge classique, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2005.
Omont, Henri, « Projets de prise de Constantinople et de fondation d’un empire français d’Orient sous Louis XIV », Revue d’Histoire diplomatique, 1893, p. 195-246.

Expositions
1993, Lyon, Gypsothèque, Université Lyon-Lumière II, Jacob Spon. Un humaniste lyonnais du XVIIe siècle, dir. Roland Étienne, Jean-Claude Mossière, Université Lumière Lyon II, diffusion de Boccard, 1993.
1994-1995, Tours, musée des Beaux-arts, Cologne, Wallraf-richartz-museum, Im Banne der Sphinx, Louis François Cassas (1756-1827), Anne Gilet, Uwe Westfehling (commissaires), Philipp von Zabern, Mainz am Rhein, 1994.
1991, Paris, musée Carnavalet, Du Bosphore à la Seine. Antoine-Ignace Melling, (1763- 1831) artiste-voyageur, Cornelis Boschma, Jacques Perot et al., Paris, éditions Paris-musées 1992.
2001, Paris, Chapelle de la Sorbonne, Byzance retrouvée. Érudits et voyageurs français, (XVIe-XVIIIe siècles), dir. Marie-France Auzépi, Jean-Pierre Grélois, Paris, Centre d’études byzantines, néohelléniques et sud-est européennes-Ehess, Publications de la Sorbonne, Byzantina sorbonensia, 2001.

Chercheur: 

Session: 

17 novembre