Imaginaire et ethnologie : de l'imaginaire du voyage dans les relations des voyageurs des XVIIe et XVIIIe siècles à sa transposition par les Océaniens

L’Océanien – Polynésien ou Mélanésien – voit une mer d’îles reliées par des routes où l’Occidental observe une étendue liquide. Le Pacifique Sud, parcouru par les Européens dès le XVIe siècle, ne fut vraiment connu que par les grandes explorations du XVIIIe siècle. Les premiers récits, dont ceux de Bougainville (1771) ou d’Adalbert von Chamisso (1815), miment la littérature ; on le leur reprochera. La Pérouse a une autre ambition, plus scientifique. La colonisation massive du XIXe siècle amène avec elle la littérature du pittoresque et de l’exotisme. Dumont d’Urville définit le Triangle polynésien, Hawaï-Tahiti-île de Pâques, espace de diffusion de la civilisation maorie. Jusqu’au XXe siècle, plusieurs hypothèses s’élaborent concernant l’origine de ces populations répandues sur des millions de kilomètres carrés. En 1950, l’expédition du Kon Tiki tente de prouver l’origine amérindienne, via l’île de Pâques, des insulaires : mais la patate douce n’est pas une preuve suffisante, ni la possibilité de traverser l’Océan d’Est en Ouest. En 1976, l’hypothèse d’une origine asiatique se confirme par le voyage en pirogue d’Hawaï à Tahiti en suivant le « chemin des étoiles », cher aux _ Immémoriaux_ de Victor Segalen. Mais les Océaniens ne rédigent pas de relations de voyage ; ils observent et ne décrivent pas. Quelques écrivains occidentaux peuvent leur ressembler à l’occasion : London ou Stevenson. Pour les Océaniens, le voyage est surtout involontaire, lié à la colonisatrion et au travail forcé de la canne ou du coton : cet esclavage est décrit par d’Urville et par London. D’autres Océaniens avaient été amenés en Europe par les voyageurs au cours des siècles précédents : sans grand succès. Le renouveau de la société océanienne est récent. Sa littérature peut se diviser en grandes régions linguistiques : anglais dont celui des États-Unis, français, espagnol (Pâques), polynésien. La prédominance anglophone est écrasante. Diversité, dispersion caractérisent ces littératures insulaires, largement marquées par la colonisation du XIXe siècle et ses séquelles, par les mouvements d’indépendance aussi à partir des années 1960. Une culture orale riche, la pratique de la langue anglaise marquent cette littérature dont le développement date des années 1970. C’est une littérature peu lue par les autochtones qui pratiquent plutôt le vernaculaire. Quelques grands thèmes la parcourent : la perte d’identité liée au transfert des populations vers les villes ; un destin de perdant écrit d’avance ; la découverte du racisme lors de l’immigration en Nouvelle-Zélande par exemple (Sia Figiel) ; la mythification du pays natal perdu ; le retour au pays et la situation d’exilé intérieur du voyageur qui a perdu ses repères (Albert Wendt). La littérature océanienne est une littérature émergente qui, à cause de sa diversité, ne se considère pas encore dans sa totalité et dans une certaine unité culturelle.

Mots-clés : littérature post-coloniale. océan Pacifique. Polynésie. Mélanésie. Nouvelle-Zélande. Samoa. Fidji.

Chercheur: 

Session: 

13 mai