L’Orient tragique au XVIIIe siècle

Il est difficile de limiter le propos à une présentation des tragédies, célèbres ou ignorées, dont la scène est en Orient.

Quel Orient, du reste ? Celui du monde musulman, qui n’était déjà pas absent du théâtre de l’époque classique (Bajazet) et qui continue à donner lieu à de multiples productions entre la Zaïre de Voltaire (1732) et le Louis IX en Egypte de Lemercier (1821) ? Celui de la Chine et de l’Inde, apparu essentiellement après 1750 et qui gagnera progressivement sa place dans le paysage théâtral, de L’Orphelin de la Chine de Voltaire (1755) au Paria de Casimir Delavigne (1821) en passant par La Veuve du Malabar de Le Mierre (1770), jusqu’aux aurores du romantisme ?

Ce qui fait sens, en réalité, dans la production tragique des Lumières, ce n’est pas à strictement parler l’Orient géographique, mais plus généralement l’ailleurs exotique, les Amériques, du Nord et du Sud, servant elles aussi de cadre à un déplacement de la scène tragique qui permet, non seulement un dépaysement, mais surtout l’expression de débats et la construction de messages idéologiques (l’Afrique, elle, brillant surtout par son absence).

A partir d’un balisage rapide de la production et de l’analyse de quelques cas représentatifs, on voudrait faire comprendre que la tragédie des Lumières, orientale ou plus généralement exotique, quoique formellement inscrite dans le moule conventionnel hérité de la période précédente, choisit la plupart du temps des décors lointains pour parler de questions brûlantes, qui concernent les intellectuels des Lumières et le public que les dramaturges, s’appuyant sur un media dont ils mesurent l’efficacité, ont choisi d’éclairer.

A connaître

Voltaire, Zaïre (1732).
[Voltaire, Alzire ou les Américains (1736) ;]
Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète (1741).
Voltaire, L’Orphelin de la Chine (1755).
[Billardon de Saivigny, Hirza ou les Illinois (1763)]
Le Mierre, La Veuve du Malabar ou l’Empire des coutumes (1770, éd. 1780) .

A consulter

- une présentation générale de la tragédie des Lumières : J.-P. Perchellet, L’Héritage classique, la tragédie entre 1680 et 1814, Paris, Champion, 2004.
- marginalement, le vieil ouvrage sur l’Orient littéraire du Classicisme aux Lumières : P. Martino, L’Orient dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1906.
- marginalement, le vieil ouvrage sur l’Amérique littéraire du Classicisme aux Lumières : G. Chinard, L’Amérique et le rêve exotique au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, Les Belles-Lettres, 1913.
- un récent numéro spécial de la revue Littératures de l’Université de Toulouse (n° 62-2010), Regards sur la tragédie : histoire, exotisme, politique (K. Bénac et J.-N. Pascal, éd.).
- les éditions modernes de Zaïre, Alzire, Le Fanatisme et L’Orphelin de la Chine de Voltaire (Œuvres complètes à la Voltaire Foundation d’Oxford, mais aussi Théâtre du XVIIIe siècle, éd. J. Truchet, NRF-Pléiade), du Théâtre de Le Mierre (par F. Marchal-Ninosque, Champion), du Mustapha et Zéangir de Chamfort (par M. Poirson, Lampsaque).

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21 février