La pierre vierge de tout ciseau : Nicolas Mayeur (1747-1813), voyageur interprète, et les pratiques dévotionnelles malgaches

Pierres idolâtriques parce que la vertu divine est incluse en elles, vierges de tout ciseau parce que le tout est préférable à la partie : le culte épars, réunissant ancêtres, djinns et Dieu, convoque la problématique du savoir sur l'Autre quand l'informateur est l'éclaireur, interprète et agent de traite de Beniowsky, chargé entre autres missions d'observer les "forces, mours, usages et climat" des Antankarana, "Ceux des Rochers".
Dans son manque d'instruction, Nicolas Mayeur, arpenteur de la brousse malgache depuis ses quinze ans, est le rapporteur peu réflexif d'une altérité conceptuelle : le degré d'attention intellectuelle étant réduit, la plupart des informations traitées tendent à surcharger le dispositif rationnel et, de là, à déclencher une évocation symbolique qui s'ignore en tant que telle.
Mais, interprète, Mayeur est aussi pris dans les mots qui deviennent un cortège d'apories quand il s'agit des manifestations de religiosité dans Voyage à la Côte Ouest de Madagascar... (1774) et Voyage dans le Nord de Madagascar, au Cap d'Ambre... (1774-1776) : sous sa plume, le rituel se désigne comme une réalité première dans les civilisations primitives, laissant au destinataire le soin de deviner la configuration globale des valeurs religieuses malgaches.
Sans doute pour toutes ces "insuffisances", le texte des Voyages de Nicolas Mayeur ne verra que difficilement le jour - ainsi que l'attestent les correspondances y afférentes - dans une transcription de Barthélemy Huet de Froberville publiée en 1912.

Corpus

Voyage à la Côte Ouest de Madagascar (Pays des Séclaves) par Mayeur (1774), rédigé par Barthélemy Huet de Froberville, suivi de Voyage dans le nord de Madagascar, au cap d'Ambre et à quelques îles du Nord-Ouest par Mayeur (novembre 1774 - janvier 1776), rédigé par Barthélemy Huet de Froberville, et d'un Appendice au voyage précédent dans le nord de Madagascar. Province du Cap d'Ambre, Tananarive, Imprimerie Officielle, s. d. [1912], 108p.

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