Le Cheval, acteur et metteur en scène de la puissance.

Journaliste au quotidien Le Monde, Jean-Louis Andréani s’intéresse à l’utilisation du cheval par la puissance publique, à la fois comme outil et comme spectacle de cette puissance. « Le cheval représente une masse, une force considérable tout en respirant la beauté et même la gloire. C’est pourquoi de tout temps, il est un outil au service de la puissance, en particulier à travers la cavalerie militaire, et un instrument de mise en scène de cette puissance. Sa beauté magnifie celui qui l’utilise, souligne sa propre gloire ». A la guerre, le cheval est une arme physique mais avant tout mentale : « l’image fulgurante d’une troupe de chevaux en train de charger peut-être décisive au point de transcender la réalité. » En temps de paix, le cheval assure aussi le spectacle de la puissance. L’apparition triomphale du souverain à cheval ou dans un véhicule d’apparat entouré d’une nuée de chevaux caracolant représente l’incarnation même de la gloire. En témoigne la tradition picturale. De nos jours, les unités d’élites et de prestige comme la Garde républicaine perpétuent le spectacle équestre de la puissance publique : « la Garde républicaine, c’est la France… » La manière dont les Présidents successifs de la Vème République en font usage, et intègrent cet usage dans leur stratégie de communication, est tout à fait révélatrice à la fois de leur rapport à leur propre pouvoir et de l’évolution de ce rapport au fil de leur mandat. Le cheval est aussi un outil de maintien de l’ordre. Avec pour mot d’ordre « impressionner, intimider, dissuader », les polices à cheval des différents pays mettent en scène de la manière la plus spectaculaire possible la force publique. Outil de maintien de l’ordre, outil de médiation, parfois, auprès de la population, car comme le disent les gendarmes : « on n’a jamais vu un père de famille avec son enfant dans les bras caresser une fourgonnette de gendarmerie. » Tout n’est finalement que question de contexte et de dosage. Ce succès du cheval à travers les siècles et d’un usage à l’autre s’explique au final : « même si le cheval est fondamentalement un être gentil (…) – le cheval d’arme qui charge sur ordre de son cavalier n’a pas d’intention hostile – la nature propre de l’acteur, ses capacités physiques, la plasticité de son utilisation lui permettent d’être en adéquation avec les différents rôles qu’on lui fait jouer. »     

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