Le jésuite et le cannibale : digestion et réduction dans le Brésil du XVIe siècle

Jésuites et Tupis
Scénario d’une première rencontre
 
Plan de l’intervention :
I – Présentation de la situation historique
    - La situation au Brésil : le premier interlocuteur, le tupi
    - La Compagnie de Jésus : le second interlocuteur, la mission jésuite
II – La rencontre
     - Les conditions locales, la situation politique
     - Le filtre de la documentation
     - Les types de contacts
III – La stratégie du contact
      - La politique de la conversation
      - La réécriture de cette conversation
IV – Conclusion : La réécriture de ce moment historique et son évaluation
 

Bibliographie

 

Deux titres pour l’analyse et la consultation des documents en français :

Laborie, Jean-claude, Mangeurs d’homme et mangeurs d’âme, une correspondance missionnaire au XVIe siècle, la lettre jésuite du Brésil, 1549-1568, Paris, Honoré Champion, 2003.
Laborie, Jean-claude, La mission jésuite du Brésil, lettres et autres documents (1549-1570), Paris, Chandeigne, 1998.
 

Deux titres (en français) pour un panorama succint sur la question du Nouveau monde :

Julien, Charles-André, Les voyages de découverte et les premiers établissements (XVe-XVIe siècles), Brionne, Gérard Monfort, 1979.
Todorov, Tzvetan, La conquête de l’Amérique, la question de l’autre, Paris, Seuil, 1982.
 

Deux titres (en portugais) pour approfondir la question :

Monteiro, John Manuel, Negros da terra, Indios e bandeirantes nas origens de São Paulo, São Paulo, Companhia das lettras, 1994.
Eisenberg, José, As missões jesuiticas e o pensamento politico moderno, encontros culturais, aventuras teoricas, Belo Horizonte, Editora UFMG, 2000.
 

Exemplier

Exemple 1

Sachez, très chers frères, que nous nous sommes engagés trois cent cinquante lieues à l’intérieur des terres, toujours par des chemins couverts, par d’innombrables montagnes très escarpées, et tant de rivières que parfois sur quatre ou cinq lieues nous traversions cinquante fois de l’eau, et souvent si on ne m’avait porté secours je me serais noyé.
Les Indiens étaient peints avec des teintures jusque sur le visage et ornés de plumes de diverses couleurs ; ils dansaient et gesticulaient, tordaient leurs bouches et hurlaient comme des chiens. Chacun avait à la main une calebasse peinte et affirmait qu’elle était son saint, […] Je vis ces choses et bien d’autres qui ne me tirèrent que des larmes.
Nous avons traversé de longues étendues inhabitées dont une pendant vingt-trois jours, dans le pays des Indiens Tapuya, une tribu d’Indiens bestiaux et sauvages, parce qu’ils vont par les forêts comme des troupeaux de cerfs, tous nus, avec de longs cheveux comme des femmes. Leur langue est très frustre et eux très carnassiers ; ils portent leurs flèches empoisonnées et dépècent un homme en un rien de temps. « Lettre du père Juan de Azpilcueta Navarro aux pères et frère de Coïmbra, Porto Seguro, le 24 juin 1555 », La Mission des jésuites du Brésil, Paris, Chandeigne, 1998, p. 176 et 177.

Exemple 2

Le père Nobrega et les autres frères, accompagnés des enfants, font de nombreuses visites par ici (les environs de Bahia). Ils travaillent sans relâche, accomplissant bien des choses dignes d’être rapportées. En effet, ils vont dans le sertão, visitant les villages la croix levée comme en procession, chacun portant sur l’épaule son hamac pour dormir, les pères comme les enfants marchant tout le jour. Quand nous arrivons dans les villages, nous entrons en entonnant des chants sacrés et des hymnes. Les gentils, parce qu’ils pensent que nous leur apportons la mort, nous craignent et pour cela refusent de nous recevoir et n’osent pas nous donner ce qu’ils ont. Ils brûlent du poivre pour nous écarter de leur maison par la fumée et ainsi nous marchons sur de très longues distances sans jamais cesser de prêcher les grandeurs divines, sans avoir de quoi nourrir les quinze enfants que nous amenons avec nous. « Lettre de Vicente Rodrigues, 17 sept 1552 », Mission jésuite, op. cit., p. 138.

Exemple 3

De janvier jusqu’à présent, nous avons vécu, parfois à plus de vingt, dans une pauvre petite cabane faite de terre et de bois, couverte de paille, de quatorze pas de longueur et à peine dix de largeur, où sont installés à la fois l’école, l’infirmerie, le dortoir, le réfectoire, la cuisine et la réserve. […] Nous nous trouvons en vérité si étroitement logés, qu’il est souvent nécessaire de faire la leçon de grammaire aux frères en plein air. Le froid nous dérangeant à l’extérieur et la fumée à l’intérieur, nous préférons cependant souffrir les nuisances du froid que celles de la fumée. Qui ne s’émouvrait à la vue des enfants de l’école, exposés au vent et au froid, se réchauffant à la chaleur d’un tison, s’appliquant à la leçon dans la très pauvre et très vieille, mais cependant heureuse, petite cabane. « Lettre quadrimestre du frère José de Anchieta, Piratininga, mai à septembre 1554 », Mission jésuite, op. cit., p. 150 et151.

Exemple 4

Donc, cet interprète des Espagnols et l’autre, le Portugais, se trouvant dans ces contrées, virent quelques Indiens carijo descendre une rivière. Ils semblaient excités par cet interprète, qui les poussait à la guerre en multipliant les mensonges, parce que lui nous haïssait depuis que nous lui avions confisqué une de ces concubines indiennes. Ils tuèrent aussitôt les deux Indiens qui marchaient avec les nôtres. Ils s’en prirent ensuite à notre frère malade, João de Sousa, et commencèrent à lui envoyer des flèches. Celui-ci tomba alors à genou, en louant le Seigneur, et ainsi le tuèrent-ils. Notre frère Pero Correia en voyant comment ils maltraitaient João, commença un sermon aux Indiens, nous ne savons pas sur quel sujet, mais il semble qu’il s’agissait de notre Seigneur. La seule réponse fut une volée de flèches. Lui, ne cessa de parler à voix haute sous la pluie de projectiles. Ne pouvant en supporter plus, il laissa tomber le bâton qu’il portait et se mit à genoux, recommandant son âme à Dieu. Ils achevèrent de le mettre à mort, le déshabillèrent et le laissèrent sur le chemin. « Lettre de São Vicente du père José de Anchieta, 15 mars 1555 », Mission jésuite, op. cit., p. 171 et 172.

Exemple 5

Tous ceux à qui nous avons affaire disent vouloir nous ressembler. Leur seul embarras reste qu’ils n’ont de quoi se vêtir comme nous. Ainsi s’il entendent sonner pour la messe, ils accourent aussitôt et nous imitent en tout : ils s’agenouillent, se frappent la poitrine, et se lèvent les mains au ciel. « Lettre de Manoel da Nobrega à Simão Rodrigues (1549) », mission jésuite, op. cit., p.67.

Exemple 6

Quem não conhece o Guarani de Jose de Alencar ? O romance é belo mas a realidade é outra. Antonio Blasquez deixou-nos a descrição das casas dos Indios antes de aldeados, das quais os proprios meninos, depois de conviverem com os Portugueses, sentiam nauseas : « São casa escuras, fedorentas, e afumadas » ; E nelas os Indios, ao mesmo tempo, « estão rindo uns, e outros chorando, tão de vagar, que se lhes passa uma noite em isto, sem lhes ir ninguem à mão. Suas camas são umas redes podres com a ourina, porque são tão preguiçosos, que ao que demanda a natureza se não querem levantar ». Serafim Leite Paginas de historia do Brasil, Rio de Janeiro, Cen, 1937, p. 22.

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16 mars