Le monde méditerranéen à l’époque moderne et contemporaine

On peut diviser l’histoire moderne et contemporaine de la Méditerranée en trois périodes : la Méditerranée hispano-ottomane de 1553 à 1573 ; la Méditerranée française au XVIIe siècle et la Méditerranée anglaise des XVIIIe et XIXe siècles. La première correspond à l’expansion de l’Empire ottoman à partir de la conquête de Constantinople en 1453, au conflit entre les deux Empires chrétien et musulman (Charles Quint et le Saint-Empire romain-germanique ; Soliman le Magnifique d’autre part) qui contrôlent la Méditerranée. De Rhodes, l’Ordre de Saint-Jean, vestige militaire des Croisades, se replie à Malte. Mais en 1571, la bataille de Lépante marque la fin de la poussée ottomane vers l’Occident. La paix signée en 1573 est une mauvaise affaire territoriale pour les chrétiens, mais une bonne affaire pour le commerce, qui va pendant une partie du XVIIe siècle être aux mains des Français. La Méditerranée sera alors un lac commercial, dont la course barbaresque sera un élément important pour les supplétifs installés dans les Régences du Nord de l’Afrique (Tripoli, Tunis et Alger). Les « échelles du Levant » (Alep, Smyrne) bénéficient de la présence de consuls français dans ces ports largement autonomes par rapport au pouvoir turc. La guerre de Candie (Crète) amène en 1669 la défaite de Venise et son repli vers ses îles de la Méditerranée occidentale. Louis XIV tente, sans succès, entre 1680 et 1688, par le bombardement des cités corsaires, de faire cesser le commerce des captifs. Au XVIIIe siècle, les Anglais, les Hollandais et autres nations marchandes se déterminent à pacifier la Méditerranée au profit du seul commerce. Les Anglais conquièrent des points d’appui (Gibraltar, Minorque). Après la guerre de Sept ans, les Russes commencent à s’intéresser à la Méditerranée : accès par la Crimée conquise et par des corsaires grecs sous le prétexte de la défense de l’orthodoxie. De son côté, la France se rapproche de l’Afrique du Nord, en particulier pour son blé. Mais, avec la Révolution, elle se désintéresse de la Méditerranée au profit de l’Europe continentale. C’est naturellement Bonaparte qui remettra l’Orient méditerranéen et l’Egypte au goût du jour. Mais la Méditerranée devient un lac anglais –prise de Malte et protectorat officieux sur l’Egypte -. En 1794, la nouvelle marine américaine entre en Méditerranée et en 1805, elle bombarde Tripoli – naissance du corps des marines. Les voyageuses anglaises commencent à circuler dans ce lac britannique, preuve d’une évidente pacification. Avec la Restauration et la Sainte- Alliance, à partir de 1815, le conflit entre chrétiens et musulmans rebondit. La défaite turque de Navarin (1827) et l’indépendance de la Grèce marquent le déclin définitif de l’ « homme malade de l’Europe », l’Empire turc. Les Français en profitent par aller châtier les corsaires d’Alger. Charles X n’a que cette ambition en 1830. La Révolution de Juillet et la prise du pouvoir par Louis-Philippe vont totalement modifier l’entreprise : on passera à une politique de conquête coloniale. Une nouvelle ère –celle des zones d’influence coloniales - s’ouvre pour la Méditerranée.

Bibliographie

Il ne peut être question de donner une bibliographie exhaustive du sujet, tant celui-ci est vaste et tant il a été abordé. De surcroît, les auteurs français n’y dominent pas et il faut pouvoir maîtriser au moins la lecture de deux ou trois langues pour appréhender les principaux travaux. Enfin, ce qui caractérise la bibliographie du monde méditerranéen est le foisonnement d’articles de revues et l’extrême rareté des ouvrages de fond, tant le sujet est protéiforme.

Des ouvrages généraux peuvent aider le chercheur et l’orienter justement vers ces articles (en français, ceux de Salvatore Bono, Michel Fontenay, Daniel Panzac, Michel Vergé-Franceschi… sont essentiels).

On s’aidera de 
Blondy, Alain, Bibliographie du monde méditerranéen. Relations et échanges (1453-1835), Paris, PUPS, 2003.
Chaliand, Gérard, Rageau, Jean-Pierre, Atlas historique du monde méditerranéen. Chrétiens, juifs et musulmans de l’Antiquité à nos jours, Paris, Payot, 1995.
Field, H., Near east Travel Bibliography, Washington, 1947.
Enciclopedia del Mediterraneo, EDM, Milano, Jaca Book, 1996-1998.

D’autres ouvrages permettent d’avoir un cadre général
Braudel, Fernand, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, 1976, 2 vol.
Braudel, Fernand, Mélanges en l’honneur de, tome I : Histoire économique du monde méditerranéen, 1450-1650, Toulouse, Privat, 1972.
Braudel, Fernand, La Méditerranée. Les hommes et l’héritage, Paris, Arts et métiers graphiques, 1986.
Braudel, Fernand, Autour de la Méditerranée, Paris, de Fallois, 1996.
Bresc, Henri, Veauvy, Christiane, Mutations, identités en Méditerranée, Moyen-Âge et époque contemporaine, Paris, Bouchene, 2000.
Carpentier, Jean, Lebrun, François, Histoire de la Méditerranée, Paris, Seuil, 1998.

Enfin, nous indiquons quelques ouvrages qui peuvent ensuite ouvrir de pistes de recherches
Aymard, Maurice, « La Francia, l’Italia e il Mediterraneo. Conversazione con Maurice Aymard », Meridiana, 13, 1992, 167-184.
Baudi de Vesme, Carlo, La politica mediterranea inglese durante la Guerra di successione d’Austria 1741-1748, Torino, 1942.
Belenguer Cebria, Ernest, Felipe II y el Mediterraneo, Madrid, 1999, 4 vol.
Bérenger, Jean, « La politique française en Méditerranée au XVIe siècle et l’alliance ottomane », in Vergé-Franceschi (Michel), La guerre de course en Méditerranée (1515-1830), Paris, PUPS, 2000.
Blondy, Alain, L’Ordre de Malte au XVIIIe siècle. Des dernières splendeurs à la ruine, Paris, Bouchene, 2002.
Blythe, Stephen, Histoire de la guerre entre les Etats-Unis et Tripoli, et autres puissances barbaresques à laquelle sont jointes une géographie historique et une histoire politique et religieuse des Etats barbaresques en général, Philadelphia, 1805, Paris, Bouchene, 2009.
Bonaffini, Giuseppe, Un mare di paura. Il Méditerraneo in età moderna, Caltanissetta-Roma, 1997.
Bourguet, Marie-Noëlle, Lepetit, Bernard, « Remarques sur les images de la Méditerranée (1750-1850) », in B. Panagiotopoulos, Les expéditions scientifiques françaises en Méditerranée, Athènes, Centre de recherches néo-helléniques, 1997.
Bourguet, Marie-Noëlle, Lepetit, Bernard, Nordman, Daniel, Sinarellis, Maorula, L’invention scientifique de la Méditerranée : Egypte, Morée, Algérie, Paris, 1998.
Bradford, Ernle, The Great Siege. Malta 1565, London, Hodder & Stoughton, 1962.
Bradford, Ernle, Mediterranean. Portrait of a sea, London, Hodder & Stoughton, 1971 (rééd. Malta, Tutor publications, 1989).
Bragadin, Marc’Antonio, Histoire des Républiques maritimes italiennes. Venise, Amalfi, Pise, Gênes (410-1797), Paris, Payot, 1955.
Ciano, Cesare, Navi, mercanti e marinai nella vita mediterranea del cinque-seicento, Livorno, Nuova Fortezza, 1991.
Corbett, Julian, England in the Mediterranean ; study of the rise and influence of British Power within the Straits, 1603-1713, London, Longmans, 1904, 2 vol. (rééd. 1917).
Hénin, chevalier Etienne-Félix d’, Mémoire concernant le système de paix et de guerre des régences barbaresques sur les côtes d’Afrique, Venise, Formaleoni, 1788, rééd. Paris, Bouchene, 2009.
Field, James A., American and Mediterranean World 1776-1882, Princeton University Press, 1969.
Greene, Molly, A shared World. Christians and Muslims in the early Modern Mediterranean, Princeton University Press, 2000.
Grossir, Claudine, L’Islam des Romantiques, Paris, Maisonneuve & Larose, 1984, 2 vol.
Henry-Delmas de Grammont, Relations entre la France et la Régence d’Alger au XVIIe siècle, rééd. Paris, Bouchene, 2009.
Ibañez de Ibéro, Carlos, Carlos V y su politica mediterranea, Madrid, 1962.
Liauzu, Claude, Histoire des migrations en Méditerranée occidentale, Bruxelles, éd. Complexe, 1996.
Lumbroso, Alberto, Napoleone e il Mediterraneo. Vent’ anni di Guerra oceanica fra Gran Bretagna e Francia, Genova, De Fornari, 1935.
Montevecchi, Franco, Il potere marittimo e la civiltà del Mediterraneo, Firenze, Leo S. Olschki, 1998.
Motta, Giovanna, I Turchi, il Mediterraneo e l’Europa, Milano, Franco Angeli, 1998.
Vergé-Franceschi, Michel, La guerre de course en Méditerranée (1515-1830), Paris, PUPS, 2000.
Villain-Gandossi, Christiane et al., Méditerranée, mer ouverte, université d’Aix-Marseille I, 1998, 2 vol.

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3 novembre