Le Vénitien Marco Polo et la Chine. Discussion d'hypothèses erronées récemment avancées

Discussion des idées fausses récemment avancées

Pendant longtemps la prodigieuse expédition de Marco Polo et de ses parents en Chine n'a jamais été contestée.
On affirmait que le célèbre voyageur était le premier à être parvenu dans l'Empire du Milieu ou Céleste Empire, comme on disait autrefois. Les spécialistes de l'Extrême-Orient, comme M. G. Pauthier, professeur à l'Ecole des Langues Orientales de Paris, éditeur de la version française avec recours aux documents persans, mongols et chinois (Le livre de Marco Polo, Paris,1865, 833p.), spécialiste du mongol et du chinois, comme le colonel anglais Henry Yule et l'orientaliste français Henri Cordier, tous deux grands spécialistes de la Chine à la fin du XIXe siècle, savants traducteurs et commentateurs du livre de Polo (première traduction enrichie de nombreuses notes, due à H. Yule seul, The Book of Ser Marco Polo, the Venetian, concerning the kingdoms and marvels of the East, London, 1871 ; 3e édition, sous le même titre, revised by Henri Cordier, London, 1903, 2 vol. 465 et 662p.) n'en ont jamais douté. Le Livre d'additions scientifiques d'Henri Cordier, Ser Marco Polo, Notes and Addenda to Sir Henry Yule's Edition, containing Results of Recent Research and Discovery (London, 1920) va dans le même sens. Le grand savant que fut Leonardo Olschki, qui a écrit plusieurs livres sur la découverte du monde (Storia letteraria delle scoperte geografiche, Studi e ricerche, Firenze, 1937 et Marco Polo's Precursors, Baltimore, Johns Hopkins, 1943), de nombreux articles sur Polo (notamment "Po-lo Poh-lo : une question d'onomatologie chinoise", Oriens, t. 3, 1950, p.183-189) et une magnifique étude, L'Asia di Marco Polo (Firenze, 1957, reprint Venezia, 1978) ne conteste pas le voyage de Polo en Asie. Le grand spécialiste de la Chine que fut Paul Pelliot, ni dans ses livres ou articles ni dans son important ouvrage posthume Notes on Marco Polo (Paris, 3 vol., Paris, 1959, 885p.) n'a jamais été sceptique au sujet du voyage en Chine. De hardis explorateurs sur les traces de Marco Polo, comme Sven Hedin (Dans les sables de l'Asie, Paris, 1904) ou Aurel Stein (Ruins of Desert Cathai, Personnal Narrative of Explorations in Central Asia and Westernmost China, London, 1912, 2 vol. 546 et 517p.) ont fait de même. Ils sont partis, emportant avec eux le livre de Marco Polo. Telle est l'opinion classique, la plus répandue dans le monde savant.
De nos jours quelques voix discordantes se sont faites entendre. Un spécialiste allemand d'études mongoles, Herbert Franke (de München) dans un article "Sino-Western Relations under the Mongol Empire" publié dans le Journal of the Royal Asiatic Society, Hong Kong Branch, t. 6, 1966, p.53 et sqq. (réimprimé en Angleterre dans China under Mongol Rule, Aldeshot, 1994, Variorum Studies VII) a suggéré que Polo aurait emprunté les chapitres sur la Chine à une encyclopédie arabe perdue et présenté quelques doutes sur la réalité du voyage de Polo en Extrême-Orient. Une érudite anglaise, Miss Frances Wood, directrice du Chinese Department of the British Library, est allée plus loin. Elle a publié un petit livre Did Marco Polo go to China ? (London, 1995) où elle essaie de prouver que le voyageur vénitien n'est pas allé en Chine, qu'il serait un simple compilateur. Elle écrit à la fin de son livre "I incline to the view that Marco Polo himself probably never travelled much further than the family's trading posts on the Balck Sea and in Constantinople". Enfin dans un très long travail de plusieurs centaines de pages, constamment désagréable et malveillant pour le voyageur vénitien (Enzyklopädie der Entdecker und Erforscher der Erde, Graz, 1997-1999, Lieferung. 18-20, p.164-387), Dietmar Henze s'est employé à contester et à déprécier le témoignage de Marco Polo. Les derniers mots de son étude (p.377) parlent d'une gigantesque supercherie (der kolossalste Schwindel der globalen Entdeckunggeschichte).
Que faut-il croire ? La tradition classique ou bien les esprits sceptiques et chagrins ? Le problème se pose. Ajoutons qu'un livre récent rédigé par David Selbourne et attribué à un certain Jacob d'Ancône, La cité de Lumière (Paris, 2000) prétend qu'un marchand juif serait venu dans la Chine du Sud avant Polo. On devrait se demander s'il ne s'agit pas là d'une habile et trompeuse mystification. Mais le temps nous fera défaut.
Pour des raisons de clarté nous numéroterons les observations critiques présentées. Dans une seconde partie nous y répliquerons. Dans une troisième partie nous essaierons de montrer rapidement les apports de Polo à la connaissance de la Chine.

I) LES PRETENDUS ARGUMENTS DES SCEPTIQUES

Je ne me contente pas de reprendre les idées avancées. J'ajoute un certain nombre d'observations nouvelles et personnelles.

1) Première série d'arguments : les omissions du texte et l'absence de Polo des archives chinoises.

a) Absence de mention de la famille Polo dans les Annales chinoises, et notamment dans le Yuan shi "L'Histoire des Huan", compilée entre 1367 et 1370 :

H. Franke a fait remarquer que les Annales chinoises n'ont pas enregistré la première visite des Polo à Khoubilai au milieu des années 60 du XIIIe siècle ni leur présence en Chine entre 1275 et 1292, ce qui lui paraît inquiétant. Manque de référence aux Polos dans les sources chinoises ou mongoles.
La référence trouvée par Pauthier en 1865 est fausse. Le Polo mentionné dans le Huan shi est en réalité un Mongol, nommé Poulad par le chroniqueur arabe Rashi al-Din and Bolo aqa en mongol.

b) Les omissions du texte :

Frances Wood énumère tout un ensemble de réalités proprement chinoises, dont le texte de Polo ne parle pas : ainsi le thé (p.71-72), les petits pieds des Chinoises (p.72-73), alors qu'Odoric de Pordenone en parle quelques années plus tard (Odoric, franciscain, a dû séjourner en Chine de 1320 à 1328 et il dicte ses souvenirs à Padoue en 1330). Autre oubli : la Grande Muraille (p.96-101), etc. Elle consacre quatre chapitres à l'énumération des lacunes, car elle considère que c'est là une preuve essentielle dans la critique de la véracité du voyage en Chine.

c) Les affirmations fausses :

Dans les développements qui suivent, je ne me contente pas de rassembler les critiques faites par les auteurs mentionnés plus haut. J'y ajoute un certain nombre d'observations personnelles.
Polo prétend dans le ch. 143 avoir passé trois ans comme Gouverneur de Yangzhou. Cela n'est pas corroboré par les sources chinoises.
Polo affirme aussi qu'il a joué le rôle d'envoyé officiel du Khan et qu'il a aidé l'armée mongole qui assiégeait la ville de Xiangyang ou Siang-Yang (le texte de Polo dit au ch. 145 Saianfu dans les mss. A1 et B4, Sanyanfu et Saianfu dans le ms. franco-italien F) en faisant fabriquer des catapultes lançant de grosses pierres. Malgré ces affirmations , Il est sûr que ni lui ni son père ni son oncle n'ont pu jouer un rôle dans ce siège pour la bonne raison qu'il s'est terminé en 1273. Les Polo n'étaient pas encore en Chine, car ils ont quitté la Palestine en novembre 1271 et ils ont dû arriver en Chine en 1274 ou en 1275.

2) Deuxième série d'observations : les incertitudes sur l'itinéraire de Polo.

Les critiques ont pas passé au peigne fin la suite des villes mentionnées à travers la Chine, tout particulièrement dans le Yunnan. Or l'itinéraire suivi n'est ni clair ni cohérent. On pourrait dire la même chose de l'évocation d'autres régions.
Il n'est pas facile de savoir où est passé exactement Marco Polo. C'est le cas à plusieurs reprises : aussi bien dans la Perse du Sud que dans la Chine centrale ou la Chine du Sud. En Perse il est surprenant que les voyageurs soient descendus jusqu'à Hormuz pour remonter ensuite vers l'Afghanistan. Il est difficile de localiser des endroits cités comme Cahosabuy (ch. 35) ou Camady (ch. 35) ou encore le château des adorateurs du feu (ch. 30). Il est particulièrement difficile de comprendre l'ordre des villes citées pour la Chine centrale et la Chine du Sud, et parfois pour la Chine du Nord. Les variations des noms dans tous les mss. rendent les incertitudes de la route plus grandes encore.

3) Les problèmes d'onomastique :
La plupart des noms de personnes examinés par Paul Pelliot dans son livre Notes on the Marco Polo (Paris, 1959-1963) apparaissent sous forme persane, et non chinoise. Les noms de lieu se rencontrent aussi sous forme persane. Ces formes (par example Chemeinfu pour Kaipingfu, Yangiu pour Yangzhou, Fugiu pour Fuzhou, etc.) sont fondés sur les termes courants que l'on trouve chez les auteurs persans. Selon Pelliot maints noms apparaissent isous une forme semblable dans le livre d'Histoire universelle du grand historien persan Rashid al-Din. Le nom de Cambaluc "Beijing" (Han-baliq, la ville du Khan) vient d'un mot turc et se rencontre aussi dans le texte de Rashid al-Din. Le nom de Pulisanguin, le grand pont de pierre aux statues de lion, qui se trouve à Wanping (pont Lugou, appelé aussi Marco Polo's Bridge sur les cartes actuelles, car le texte de Polo le décrit au chapitre 105), à seize kilomètres au sud-ouest de Beijing, sur la rivière maintenant appelée Yongding, est un terme persan "pont du Sanggan" (ancien nom de la rivière). On a dit aussi qu'en persan pul-i sangin signifierait "pont de pierre" (A. Bausani in Sviluppi scientifici, Prospettive religiose, Movimenti rivoluzionari in Cina, a cura di Lionello Lanciotti, Firenze, 1975, p.36). Tout cela est inquiétant.

4) Quatrième série de remarques : les lieux non visités et pourtant décrits ou évoqués.

Citons des lieux présents dans le texte et étrangers, semble-t-il, aux routes de Polo, même si les critiques susnommés n'en parlent pas. Par exemple Samarcande (ch. 51) - ces parents y sont allés dans le premier voyage, mais non lui, Karacorum (ch. 63), sans doute le Tibet (ch. 115), la Birmanie et le Bengale (ch. 120-125), le Tonkin (ch. 126), le Japon (Sypangu, ch. 158). Par exemple à propos de ce pays il dit qu'il est situé à 1500 milles de la terre ferme, que les gens sont blancs, qu'il y a abondance d'or, que le sol, les fenêtres et le toît du souverain sont couverts d'or fin, etc. Or Marco n'y est jamais allé. Même lorsque l'itinéraire paraît précis (ainsi le long de la route appelée aujourd'hui route de la soie), on trouverait quelques chapitres qui s'en écartent.

5) Les légendes présentées comme des faits réels :
Quelques légendes apparaissent de loin en loin : ainsi les poissons qui arrivent dans un lac de Géorgie pendant le Carême (ch. 22), l'histoire du savetier qui fait se déplacer la montagne (ch. 28), les hommes à tête de chien (ch. 167). On pourrait en citer d'autres comme le griffon (ch. 185), oiseau à la force redoutable et aux ailes gigantesques capable de soulever dans les airs un éléphant.

II. REPLIQUES AUX CONTESTATAIRES

1) L'argument ex silentio est au plan de la méthode un faux argument. Les lacunes peuvent être toutes expliquées. Tout récit de voyageur opère une sélection dans le réel. Arbitraire des conclusions tirées des prétendues omissions.

2) Les problèmes de l'itinéraire : beaucoup de vrai, quelques approximations. La composition procède aussi par sauts et digressions. Polo est-il allé dans la Chine du Sud ? Il est exagéré d'en douter.
Marco décrit Samarcande ou Karacorum de seconde main. Certes, mais il y a forcément des digressions dans un livre composé quelques années après le retour du voyageur en Occident. Cela ne met pas en cause l'exactitude des notes prises par Polo. Si l'on se livre à une étude approfondie de l'entrée du voyageur en Chine sur la route de la Soie, on découvre que l'itinéraire suivie est tout à fait convaincant. Il a suivi la route des caravanes (itinéraire du sud) en passant à Hecheng, Hotan, Yutian, Quiemo dans la province du Xinjiang, puis à Dunhuang, Yumen, Zhangye, Wuvei, Landzhou dans la province du Gansu. Sur quelques autres lieux mentionnés on peut hésiter, sur la suite et notamment la remontée vers le palais d'été du Grand Khan un petit problème se pose (j'ai quelques idées à ce sujet), mais non sur ceux-là cités dans le bon ordre et tout à fait habituels pour les caravanes.

3) Le problème des noms :
Pour l'onomastique le travail de Paul Pelliot est fondamental. Les noms sont généralement plus corrects dans le manuscrit F ( franco-italien). Le fait d'user de formes persanes, et non de formes chinoises ou bien mongoles ou ouigoures, se comprend parfaitement car le langage habituel des marchands à cette époque était le persan. Le mongol était la langue des seigneurs et des bureaucrates. Le chinois le langage des sujets. Le commerce se faisait en persan. La majorité des noms de lieu peut, d'autre part, être identifiée avec certitude. C'est là un point important.
Quelques noms cités dans le texte, au demeurant, sont tirés de la langue chinoise. Ainsi le mot désignant la Chine du Sud, à savoir Mangi. Le nom de Mangi dans le texte de Polo, est dérivé d'un terme chinois manyi "Barbares du Sud". Autre exemple : le nom de Li Tan, général cité dans le ch. 133, qui guerroya dans la province de Shandong. Il s'agit d'un nom authentiquement chinois, impossible à inventer.
Quelques noms sont d'origine mongole : ainsi le nom du Fleuve Jaune (Huang Ho) apparaît sous la forme Caramoran dans le texte de Polo (ch. 110). Il s'agit d'un terme mongol. L'orientaliste italien Cardona dans l'éd. de la version toscane du Milione de V. Bertolucci Pizzorusso ( (Milano, 1975, repr. 1994, p.584) explique que l'ancien nom mongol serait Qaramören, devenu ensuite Xatamüren "fleuve de la princesse". Le fleuve marquerait pour le voyageur la frontière entre la Chine du Nord (le Catai et celle du sud (le Mangi).

4) La description de lieux non vus et la présence des légendes :
Tout voyageur est amené à évoquer des endroits dont il a entendu parler, et où il n'est pas passé. C'est, par exemple, le cas pour des villes vus par ses parents (Samarcande, etc.). Pour la Chine il est difficile de savoir où il n'est pas allé. Est-il parti en Birmanie, qu'il évoque dans le chapitre 121 ? Certains érudits en ont douté. D'autres non. On ne peut répondre absolument à la question. De toute façon l'étendue des voyages accomplis est extraordinaire.

5) Inexistence de guides touristiques persans. Erreur faite par les contestataires au sujet de Polo : Il n'est pas un littérateur exploitant des sources, mais, tout au contraire, un marchand s'intéressant aux productions des pays traversés. Les prétendues sources persanes alléguées n'existent pas. Aucun critique moderne n'a pu présenter un manuel de tourisme médiéval écrit en persan dont Marco se serait inspiré. Les hypothèses avancées par les sceptiques restent très fragiles.

6) Les incertitudes sur les missions officielles de Marco en Chine :
Nous ne savons pas exactement le rôle joué par Polo. Un spécialiste de la Chine comme le savant italien Luciano Petech estime dans le livre dirigé par Lionello Lanciotti, Sviluppi scientifici, Prospettive religiose, Movimenti rivoluzionari in Cina (Firenze, 1975, p.23) qu'il a dû devenir nökör, homme libre au service du souverain, souvent émissaire impérial (ch'u-shih) avec droit de voyage et de commandement à la poste impériale (p.24) et droit de demander obéissance aux autorités locales. Statut précaire, et non permanent.
Marco a dû être envoyé à Hangzhou (Quinsai), la vieille capitale des Song à une date inconnue, entre 1280 et 1290 approximativement, comme inspecteur (chien-ch'a yü-shih) (p.24). Pelliot croyait qu'il avait eu un poste inférieur dans l'administration du sel (T'oung Pao, t. 25, 1928, p.167-169). En tout cas, les orientalistes ne contestent pas sa présence à Hangzhou. Le texte de Polo au ch. 143 dit sous des formes diverses qu'il "exerça la seigneurie" sur la ville (quelques mss. disent simplement, sans doute à tort, qu'il y sejorna). Le commandement sur la ville n'est pas absolument impossible. Les informations très précises données par Polo sur les revenus tirés du sel de la province de Hangzhou par le Grand Khan (ch. 152) suggèrent qu'il a eu des responsabilités dans ce domaine. Sinon, il n'aurait pas eu les comptes du sel entre les mains.

7) Les preuves externes assurées du voyage :

a) Les dates données par le texte s'accordent avec l'histoire : date de départ de Terre Sainte (novembre 1271, après l'élection de Grégoire X comme pape), date de retour à Venise (1295), après dix-sept ans passées en Chine, date de début de rédaction de l'oeuvre dans la prison de Gênes (1298), référence à Thibaut de Chepoy dans trois mss. de la version française, guerrier envoyé réellement par le prince Charles de Valois auprès des Vénitiens et qui est effectivement venu à Venise en 1307, puis, après une expédition militaire en Méditerranée, qui est rentré en France en avril 1310.

b) Le témoignage des sources sur l'ambassade officielle revenu de Chine en Perse, à laquelle s'agrégea la famille Polo :
Les noms des trois envoyés (Ulatai, Apusca and Coia) sont exacts. L'historien persan Rashid al-Din mentionne Abisqa sous le khan de Perse Gazan. Une directive émanant de Khoubilai en avril 1290 dit que les trois envoyés, Uludai, Abisqa and Qoie (sic) doivent repartir vers Argun en Perse. Voir F. W. Cleaves, "A Chinese Source on Marco Polo's Departure from China", in Harvard Journal of Asiatic Studies, t. 36, 1976, p.181-203.

c) L'esclave mongol mentionné dans le Testament de Polo (1324) conservé à l'Archivio de Venezia (voir Pauthier, op. cit., p.165 ou A. C. Moule and P. Pelliot, Marco Polo, The Description of the World, London, 1938, p.537) semble une nouvelle preuve du voyage des Polo en Asie. On ne possède pas de serviteur de race mongole si l'on n'est pas allé au coeur de l'Asie.

d) Le témoignage d'un érudit, contemporain de Polo, Pietro d'Abano, mort en 1316, médecin et humaniste de Padoue, peut être invoqué aussi. Il parle de la constellation vue par le voyageur dans l'hémiphère austral (voir mon édition Marco Polo, Le Devisement du Monde, tome I, Départ des voyageurs et traversée de la Perse, Genève, Droz, 2001, p.97 et la note 184). Une reproduction de ladite constellation est donnée par Yule (The Book of Ser Marco Polo, London, 1903, p.120 ).

8) Le cas singulier d'un véritable fabulateur, David Selbourne, qui mériterait à lui seul un examen d'ensemble : Il prétend que Jacob d'Ancône, auteur prétendu de La Cité de Lumière (The City of Light, London, 1997, trad. française, Paris, Fayard, 2000) serait arrivé en 1271 à Zaitun, port chinois de Quanzhou, sur la côte de Fu-chien. Grandes différences avec Marco Polo. Il ne sera pas possible ici de traiter ce problème. Disons simplement qu'il s'agit d'une très habile falsification. Jacob d'Ancône n'a pas existé et n'est pas arrivé en Chine avant Marco Polo. La comparaison d'un texte inventé et d'un texte authentique est toujours révélatrice des procédés de fabrication d'une contrefaçon. Si l'on procède à d'autres comparaisons (par exemple du texte de Polo avec les récits latins de Jean de Plan Carpin ou de Guillaume de Rubrouck, deux voyageurs un peu plus anciens, partis en Mongolie, ou avec la relation d'Odoric de Pordenone, parti en Chine un peu plus tard), on n'est jamais amené à mettre en doute le témoignage du voyageur vénitien. Tout au contraire, on découvre à maintes reprises dans le Devisement du Monde des informations précieuses et nouvelles sur l'Extrême-Orient.

III LE VRAI CARACTERE DU TEXTE

1) Ni description d'un itinéraire ni pur livre de marchand. Des informations pratiques sont données : par exemple sur les distances, sur les produits du sol, mais le voyageur s'intéresse aussi à des anecdotes (l'histoire du savetier qui se crève un oeil pour ne pas être tenté par la jambe d'une jolie femme, ch. 26), à des croyances (les Rois Mages adorateurs du feu, ch. 30-31), à des pratiques religieuses et politiques (la secte du Vieux de la Montagne et des Assassins, ch. 40-41), en Chine à une foule de choses : des paysages (par exemple les ponts de la cité de Suzhou, qu'il appelle Synguy au ch. 150 et de la ville de Hangzhou (Quinsai, dit le texte au ch. 151), des rites funèbres comme la crémation (ch. 151), l'usage d'offrir aux étrangers de passage dans le chapitre consacré au Tibet (une jeune femme pour la nuit ch. 115).
Son livre n'est ni un Itinerarium, ni une Pratica della Mercatura comme celle de Pegolotti (écrite vers 1340). Il est beaucoup plus : à la fois évocation des lieux, notation des usages, des religions pratiquées, des curiosités, des faits ethnologiques.

2) Des informations de seconde main apprises par la tradition orale et donc parfois des approximations ou des invraisemblances se rencontrent, certes, dans le texte :
Ainsi ce qui est dit sur les magiciens en Perse qui lancent des enchantements et font venir l'obscurité sur le pays (ch. 35) ou encore les magiciens à la cour du Khan qui par des enchantements chassent les nuages et le mauvais temps au-dessus du lieu où loge le Khan ou bien qui font que dans le palais du souverain les coupes pleines de liquide se soulèvent toutes seules (ch. 74).

3) Des informations de première main. Preuves internes importantes, parmi bien d'autres : par exemple la religion des Mongols dans le ch. 69, la ville de Pékin (ch. 85), la poste impériale en Chine (ch. 98), si extraordinaire, comparée à la piètre organisation des messagers en Occident , la monnaie de papier (ch. 96), les écuelles de porcelaine (ch. 156), etc., etc.
Marco Polo fait connaître trop de choses sur la Chine pour qu'on puisse douter de son voyage.

CONCLUSION

Au livre de Frances Wood avaient déjà répondu deux spécialistes, d'une part Igor de Rachewiltz (de Canberra), auteur d'un livre important Papal Envoys to the Great Khans (London, 1971), qui a écrit un solide article "Marco Polo went to China" dans la revue allemande de Bonn Zentralasiatische Studien (t. 27, 1997, p.34-92) et plus rapidement Ugo Tucci, professeur émérite à Padoue, grand connaisseur de Venise et des voyages en Extrême-Orient, qui a rédigé aussi une réponse "Marco Polo andò veramente in Cina ?", dans les Studi Veneziani, (t. 38, 1997, p.49-59).
Dans le présent examen j'ai souhaité faire un examen d'ensemble des problèmes et j'ai essayé de faire table rase tant au plan méthodologique qu'au plan des réalités des idées aberrantes qui parfois surgissent en notre temps. Oui, le Devisement du Monde est un des grands récits de voyage du Moyen Âge. Il est le premier à révéler à l'Occident le monde immense de la Chine et de l'Asie.

MARCO POLO AND CHINA
Discussion of erroneous hypotheses recently advanced

For a long time the phenomenal expedition into China by Marco Polo and his family was never challenged. The famous traveler was said to be the first to reach China.
Specialists of the Far East, like G. Pauthier, who was professor at the Ecole des Langues Orientales in Paris, editor of the French version, for which he drew on Persian, Mongolian and Chinese documents (Le livre de Marco Polo, Paris, 1865, 833p.), and a scholar of Mongolian and Chinese, and like the British colonel Henry Yule and the French orientalist Henri Cordier, who were both great late nineteenth-century specialists on China, as well as learned translators and commentators of Polo's book (first translation enriched by copious notes by Yule alone : The Book of Ser Marco Polo, the Venetian, Concerning the Kingdoms and Marvels of the East, London, 1871 ; third edition, with the same title, revised by Henri Cordier : London, 1903, 2 vol., 465 and 662p.) never doubted the fact. The scholarly supplement by Henri Cordier (Ser Marco Polo, Notes and Addenda to Sir Henry Yule's Edition, Containing Results of Recent Research and Discovery, London, 1920) reaches the same conclusion.
The admirable scholar Leonardo Olschki, who wrote several books on the discovery of the world (Storia letteraria delle scoperte geografiche, Studi e ricerche, Firenze, 1937 and Marco Polo's Precursors, Baltimore: Johns Hopkins, 1943), numerous articles on Marco Polo (in particular "Po-lo Poh-lo : une question d'onomatologie chinoise," Oriens, t. 3, 1950, p.183-189), and the magnificent study L'Asia di Marco Polo (Firenze, 1957, reprint Venezia, 1978) doesn't question Polo's voyage to China. The respected specialist on China Paul Pelliot showed no skepticism about the voyage either in his articles or in his important posthumous work Notes on Marco Polo (Paris, 1959, 3 vol., 885p.).
The same is true of intrepid explorers following in the footsteps of Marco Polo such as Sven Hedin (Dans les sables de l'Asie, Paris, 1904) or Aurel Stein (Ruins of Desert Cathai, Personal Narrative of Explorations in Central Asia and Westernmost China, London, 1912, 2 vol., 546 and 517p.), both of whom set out with a copy of Marco Polo's book. Such is the traditional opinion and that which is most widely held in the scholarly world.
Recently, however, some dissenting opinions have made themselves heard. A German specialist of Mongolian Studies, Herbert Franke (of München) in his article "Sino-Western Relations under the Mongol Empire" published in the Journal of the Royal Asiatic Society, Hong Kong Branch (t. 6, 1966, p.53 and ff ; reprint in England in China under Mongol Rule, Aldeshot, 1994, Variorum Studies VII) suggested that Polo borrowed his chapters on China from a lost Arab encyclopedia and raised doubts about the reality of Polo's travels in the Far East.
A British scholar, Miss Frances Wood, director of the Chinese Department of the British Museum, went further. She published a small book, Did Marco Polo Go to China ? (London, 1995), in which she attempts to prove that the Venetian traveler never went to China, but was a mere compiler. She writes at the end of her book : "I incline to the view that Marco Polo himself probably never traveled much further than the family's trading posts on the Black Sea and in Constantinople."
Finally, in a very long work of several hundred pages marked by a constant display of ill will towards the Venetian traveler (Enzyklopädie der Entdecker und Erforscher der Erde, Graz, 1997-1999, Lieferung. 18-20, p.164-387), Dietmar Henze strove to contest and devalue Marco Polo's accounts. The last words of his study (p. 377) speak of a giant hoax ("der kolossalste Schwindel der globalen Entdeckungsgeschichte").
What is one to believe ? The traditional view or that of morose, skeptical minds ? The problem exists. Moreover, a recent publication, written by David Selbourne and attributed to a certain Jacob from Ancona (The City of Light, London, 1997) claims that a Jewish merchant reached southern China before Polo. We might ask ourselves if the work isn't merely a clever and deceptive mystification.
For clarity sake the critical observations that have been made are numbered. In the following section, I shall respond to them. In the third section I shall attempt to rapidly show Polo's contributions to our knowledge of China.

I. THE SUPPOSED ARGUMENTS OF THE SKEPTICS

More than merely repeating the arguments advanced, I shall add here a certain number of new, personal observations.

1) First series of arguments : the omissions in the text and Polo's absence in Chinese archives.
Franke remarks that the Chinese Annals contain no record of the Polos' visit to Koublai in the mid 1260's or of their presence in China between 1275 and 1292, a fact which he finds suspect. Reference to the Polos in Chinese and Mongolian sources are lacking.
The reference found by Pauthier in 1865 is false : the Polo mentioned in the Huan shi is in fact a Mongol, named Poulad by Rashid al-Din and Bolod aqa in Mongol Language.
Frances Wood lists a whole series of typically Chinese realities that Polo's text never evokes, such as tea (p.71-72), the small feet of Chinese women (p.72-73) ; which Odoric of Pordenone, on the other hand, will mention a few years later ; the Great Wall (p.96-101), and so on. She devotes four chapters to this enumeration as she believes it to be strong evidence against the authenticity of the trip to China.
Polo's claim to have spent three years as Governor of Yangzhou (ch. 143) is not corroborated by Chinese sources.
Polo also states that he worked as an official emissary and helped bring an end to the bloody siege of Siang-Yang (Polo's text, ch. 145, gives Saianfu in MSS A1 and B4, Sanyanfou and Saianfu in the Franco-Italian MS F). Despite these claims, it has been demonstrated that he, his father and his uncle could not have been instrumental in ending the siege of Siang-Yang, for it ended in 1273 : the Polos were not yet in China, since they left Palestine in November 1271 and must have arrived in China in 1274 or 1275.

2) Second series of observations : uncertainties concerning the Polos' itinerary.
Critics have not closely examined the series of place names mentioned in China and especially in the Yunnan. This could be done.
The text does not present a clear and coherent itinerary of their travels.
Critics have spoken of irregularities or inconsistencies in the itinerary. It is not easy to determine exactly what route Marco Polo took. Such is the case at several points : both in southern Persia and in central or southern China. In Persia, it is surprising that the travelers went down to Hormuz to then come back up towards Afghanistan. It is difficult to situate some of the places mentioned, such as Cahosabuy (ch. 35), Camady (ch. 35) or the castle of the fire worshipers (ch. 30). It is particularly difficult to understand the order of the cities given for northern, central and southern China. The variation in names given by the different manuscripts further increases the uncertainty that surrounds his exact route. The identification of many names is problematic.

3) Onomastic problems :
Most of the personal names examined by Paul Pelliot in his Notes on Marco Polo (Paris, 1959-1963) appear in Persian rather than Chinese forms. The names of Chinese places occur also in Persian forms. These forms (for example, Yangiu for Yangzhou, Fugiu for Fuzhou, and so on) were based on those common among Persian speakers. According to Pelliot, many names appeared in a similar form in the book of Rashid al-Din. The name of Cambaluc "Beijing" (Han-baliq, the city of the Khan) is based on a Turkish term and appears in Rashid al-Din. The name of Pulisanguin, the long stone bridge at Wanping (Lugouqiao Bridge, Lugou bridge), sixteen kilometers west of Beijing, over the river now known as the Yongding, is a Persian term meaning "bridge of the Sanggan" (ancient name of the river). It has also been said that in Persian pul-i sangin means "stone bridge" (A. Bausani, in Sviluppi scientifici, Prospettive religiose, Movimenti rivoluzionari in Cina, a cura di Lionello Lanciotti, Firenze, 1975, p.36). All this is rather disquieting.

4) Fourth series : places not visited, but nonetheless described or evoked, and legends presented as facts.
Let me here indicate places which appear in the text but which are, it would appear, not part of Polo's itinerary (and which go unnoticed by the aforementioned critics). For example, Samarquand (ch. 51) ; his relatives went there on the previous journey, but not Marco ; Caracorum (ch. 63), probably Tibet (ch. 115), Burma et Bengal (ch. 120-125), Tonkin (ch. 126), Japan (Sypangu, ch. 158). About this last country, the text says that it is situated 1500 miles from the mainland, that its inhabitants are white, that gold is abundant there, and that the sovereign's floor, windows and roof are covered with fine gold, and so on. Yet Marco never traveled there.

5) Legends appear episodically: for example, the fish that appear in a lake in Georgia during Lent (ch. 22), the story of the cobbler who made the mountain move (ch. 28), the dog-headed men (ch. 167). Other examples could be marshaled, such as the griffon (ch. 185), a bird possessing formidable strength and gigantic wings, capable of carrying off an elephant.

II. RESPONSE TO THE CONTRADICTORS

1) By its very method, the argument ex silentio is a false argument. All of the omissions can be explained. Every travel account is selective in its representation of reality. Arbitrariness of conclusions based on so-called omissions.

2) Problems with the itinerary: much is true, some approximations. The writing of the text reveals itself as a process of composition by omission and addition. Did Polo go to southern China ? It is excessive to doubt it.
Marco's description of Caracorum is second-hand. There are inevitable digressions in a book written years after the return to the West. This does not impugn the notes taken by the traveler.

3) The problems of toponymy. For the study of place names, P. Pelliot's work is fundamental. The names are generally more correct in manuscript F (Franco-italian). The use of Persian forms, rather than Chinese, Mongolian or Uighur ones, results from the fact that the common language of tradesmen was Persian. Mongolian was the language of the rulers and of the bureaucrats. Chinese was the language of the subjects. Their business transactions were handled in Persian. The majority of place names can be identified.
Several names derived from the Chinese language : southern China, called Mangi in Polo's text, derived from a Chinese term manyi ("southern barbarians"); the name of Li Tan (ch. 133), for example, who raised an army in Shandong province in 1262.
Some names are of Mongolian origin: thus, the Yellow River (Huang Ho) is called Caramoran (ch. 110), its Mongol name. The Italian orientalist Cardona, in the edition of the Tuscan version made by Valeria Bertolucci Pizzorusso Il Milione (Milano, 1975, reprint 1994, 584 p.), explains that the Mongolian name was Qaramören, which then became Xatamüren, "River of the Princess." (p. 584). For Polo, the river marks the boundary between northern China (Catai) and southern China (Mangi).

4) Descriptions of places not visited and presence of legends. Every traveler comes to evoke places of which he has only been told, and which he has not seen. This is true in the case of cities that members of his family had seen (Samarquand, and son on.). For China, it is difficult to distinguish. Did he go to Burma, which he talks about in the chapters 120-121 and 122-124 ?

5) The supposed Persian tourist guides do not exist. Error in the appreciation of Polo: he is not a man of letters drawing on written sources, but a merchant.

6) Uncertainty concerning Polo's official missions in China. We do not know exactly what role Polo played. Such a specialist of China as is the Italian scholar Luciano Petech, in L. Lanciotti, Sviluppi scientifici, Prospettive religiose, Movimenti rivoluzionari in Cina (Firenze, 1975, p.23), believes that he must have become a nökör, a freeman in the service of the ruler, often an imperial emissary (ch'u-shih) with the right to travel by imperial post (p.24) and to command obedience from local authorities. This was a temporary, and not permanent status. Marco must have been sent to Hangzhou (Quinsai) the ancient Song capital, at an undetermined date between 1280 and 1290, as an inspector (chien-ch'a yü-shih) (p.24). Pelliot suggested a subordinate office in the administration of salt (T'oung Pao, t. 25, 1928, p.167-169).

7) Solid external evidence of the trip :

a) The dates given by the text agree with historical events : date of departure (1271), after the election to the papacy of Gregory X ; date of the return to Venice (1295) after seventeen years spent in China ; date of the beginning of the composition of the text in the Genoese prison (1298) ; reference, in three MSS of the French version, to Thibaut de Chepoy, a warrior who, we know, was sent by the prince Charles de Valois to the Venetians and who indeed arrived in Venice in 1307 then, after an expedition in the Mediterranean, returned to France in April of 1310.

b) The documented account of the official embassy that returned from China to Persia and that the Polo family had joined.
The names of the envoys (Ulatai, Apusca and Coia) are accurate. The Persian historian Rashid al-Din mentions Abisqa under Gazan Khan. A directive, issued by Koublai in April 1290 orders that the three envoys (Uludai, Abisqa and Qoie) be sent to Argun. See F. W. Cleaves, "A Chinese Source on Marco Polo's Departure from China," in Harvard Journal of Asiatic Studies, t. 36, 1976, p.181-203.

c) The Mongolian slave mentioned in Polo's Testament (1324), conserved at the Archivio of Venice (see Pauthier, op. cit., p.165, or A. C. Moule and P. Pelliot, Marco Polo, The Description of the World, London, 1938, p.537).

d) The account of a learned contemporary of Polo, Pietro d'Abano (died 1316), humanist and doctor in Padua, on the constellation seen by the traveler in the southern hemisphere (see my edition, Marco Polo, Le Devisement du Monde, Genève, Droz, 2001, t. I, p. 97 and note 184). Illustration reproduced in Yule and Cordier (The Book of Ser Marco Polo, London, 1903, p.120).

e) The peculiar case of a genuine storyteller, David Selbourne, ought to be studied on its own. He claims that in 1271 a certain Jacob, from Ancona, arrived in China at Zaitun, the Chinese port city of Quanzhou on the Fujian coast. His account differs in important ways from that of Marco Polo, but the discussion of this clever falsification is not possible here and now.

III. THE TRUE NATURE OF THE TEXT

1) It is neither the description of his itinerary, nor purely a merchant's book. Practical information is given ; for example, on distances or agricultural products, but the traveler is also interested in anecdotes (the story of a cobbler who pokes out his eye so as not to be tempted by a beautiful woman's leg, ch. 26), in beliefs (the fire-worshiping Magi, ch. 30-31), in religious and political practices (the sect of the Old Man of the Mountain and the Assassins, ch. 40-41), in a great number of things in China: landscapes (for example, the bridges in the city of Suzhou, which he calls Synguy in ch. 150, and those of Hangzhou, called Quinsai in ch. 151), funeral rites like that of cremation (ch. 151), the custom of offering a young lady to foreign travelers for the night, in the chapter devoted to Tibet (ch. 115).
His book is neither an Itinerarium nor a Pratica della Mercatura, like that of Pegolotti. It is much more.

2) Second-hand information obtained through the oral tradition and therefore at times lacking precision or verisimilitude.
Thus, for example, what is said of the Persian magicians who cast spells and bring darkness on the land (ch. 35) or, again, the magicians at the court of the Khan who, by means of spells, dispel the clouds and bad weather in the skies above where the Khan resides or else make the drinking vessels in the ruler's palace rise up by themselves (ch. 74).

3) First-hand information. Important internal evidence. Among many other possibilities: the religion of the Mongols (ch. 69), the imperial post in China (ch. 98), paper money (ch. 96), porcelain bowls (ch. 156), and so on.

CONCLUSION

Two specialists have already replied to Frances Wood's book : on the one hand, Igor de Rachewiltz (from Canberra), author of the important book Papal Envoys to the Great Khans (London, 1971), who wrote a solid article entitled "Marco Polo Went to China," which appeared in the German journal published in Bonn, Zentralasiatische Studien (t. 27, 1997, p.34-92), and, on the other hand, Ugo Tucci, emeritus professor at the university of Padua, who drafted a more concise response entitled "Marco Polo andò veramente in Cina?," which appeared in Studi Veneziani (t. 38, 1997, p.49-59).
In the present examination, it was my desire to take a global approach to the problems and I have sought, both in terms of methodology and in terms of the concrete realities involved, to make a clean sweep of the absurd ideas that sometimes pop up these days. Let there be no doubt that Marco Polo did indeed go to China.

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