Le voyage maritime et ses rites : de l'aventure à la littérature

Le genre viatique décrit des rites et des cultes qui font appréhender au voyageur à la fois l'altérité et sa propre identité. Trois tendances se distinguent nettement, même si des formes mixtes sont souvent possibles : primaire (essentiellement les récits de voyage religieux), accessoire (les récits à la manière encyclopédique abordant le culte entre autres domaines), ambiguë (le combat religieux, explicite ou implicite, décrivant les rites selon une démonstration précise). Mais le genre viatique a aussi ses propres rituels, déjà décrits par N. Doiron : départ, tempête, retour, etc. Le récit de voyage pourrait alors être conçu comme un livre de rites, si de nombreux débuts in medias res ne venaient infirmer l'incipit rituel du départ. L'étude porte ici sur un rite en particulier, celui du passage de la Ligne, à partir de textes de voyageurs sur la route maritime des épices du début du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle. L'analyse se développe en trois moments (1. Les épreuves préliminaires ; 2. La cérémonie du baptême : tentative de typologie ; 3. Le mythe du monde à l'envers) pour montrer la force symbolique et littéraire de ce rite de transition initiatique, fortement théâtralisé, qui, lorsqu'il est absent de la description - ; comme dans le récit de Dellon qui se contente de répertorier les poissons - ; a une charge sémantique appréciable seulement à travers l'étude comparative de ses lacunes ou de ses variations. Le rite aux significations allégoriques montre que triompher de la Ligne revient à se dépasser dans un processus dialectique pour pousser plus loin l'aventure.

Mots-clés : Ligne. Equateur. Luillier. Leguat. Challe. Choisy. Tachard. Dellon. baptême. monde inversé.

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26 avril