Le voyage romantique : de la lecture à l'écriture

Au long du XIXe siècle, la figure du voyageur s'identifie de plus en plus avec celle de l'écrivain. L'intrusion de l'homme de lettres dans un espace de production qui, sans lui être absolument étranger, ne demeure pas moins extérieur à sa praxis, ne peut que modifier la structure de cet espace entendu comme lieu d'écriture. Ce qui caractérise l'entrée en littérature du récit de voyage, c'est la substitution, au tournant du siècle, d'une économie narrative fondée sur le sujet à une économie descriptive focalisée sur l'objet, ou encore le passage d'un inventaire du monde à un usage du monde, donnant au moi du voyageur-scripteur une autorité régulatrice jusque-là jamais atteinte. Dans cette économie nouvelle du récit de voyage, le livre joue un rôle de premier plan. Il est l'intermédiaire qui permet au sujet de substituer l'histoire à la géographie, le temps à l'espace, et ainsi faisant de revendiquer son identité personnelle par son appartenance culturelle. Le voyage cesse d'être la représentation du lieu de l'autre pour devenir celle d'un espace mental, d'un locus amoenus domestique, comme il a cessé d'être un parcours au sein de la nature pour devenir la réitération des valeurs de culture. Le livre fait ainsi écran à la référentialité de l'univers objectif et devient, directement ou indirectement, de manière avouée ou masquée, le signe motivateur de l'écriture du récit. C'est cette mise en place d'une nouvelle sémiotique de l'écriture du voyage, de ses stratégies discursives, de ses postures narratives, de ses effets de sens que j'aimerais examiner dans le contexte de ce colloque à partir de quelques textes de Hugo, Sand et Flaubert.

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09h30