Lecture nomade et frontières de la fiction dans l'Ane d'or d'Apulée

Le problème de la fiction est au centre du débat antique sur les récits de voyage. Ainsi Strabon consacre-t-il de nombreuses pages à mesurer, avec un succès inégal, le crédit que l'on peut accorder aux témoignages de voyageurs. Tâche ardue, aux résultats incertains : le Géographe finit par condamner les inventions mensongères, trop bien déguisées sous les habits de l'histoire, pour appeler de ses voeux des récits de voyage qui s'affichent comme fictions, si telle est leur finalité - Géographie, II, 3, 5; II, 4, 2 -.Dès lors, une voie légitime est ouverte aux fables de voyage, et les auteurs de romans, en mal de reconnaissance, s'y engouffrent, développant des histoires à dormir debout, sur la trame d'explorations aventureuses aux confins du monde. - Antonius Diogène, Merveilles d'au-delà de Thulé, Lucien, Histoire Véritable - . Apulée, dans l'Ane d'or, leur emboîte le pas affirmant dès le prologue que son récit est un conte charmeur et surprenant, il fait narrer par un personnage voyageur, Lucius, des pérégrinations invraisemblables au pays de la magie. Cependant, son projet ne se borne pas à "illustrer" la fable, en comblant les attentes de l'institution littéraire. Le texte démontre que la fiction est un des outils les plus adéquats pour dire la rencontre de l'autre, de l'étrange, du non familier, qui a lieu pendant le voyage. Minant le sujet, exaltant l'altérité, transgressant les frontières, la fiction fait vivre au lecteur ce que l'écriture historique manque, une expérience différente, toute proche des errances de Lucius.

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09h30