L'enseignement maritime en France (1626-1789) : enseignement scientifique ou préparation au voyage ?

De 1626, date de l’arrivée de Richelieu à la Marine, à la Révolution, l’histoire de la formation des officiers de la Marine royale – où se recrutent nombre de voyageurs au long cours – est celle de diverses tentatives qui remplacent l’ancienne formation sur le tas : la transmission du « secret » des marins, savoir spécifique passant de génération en génération, ne semblait pas suffire au cardinal-ministre qui décida de créer une « compagnie » (école) dite des « gardes du Cardinal » comprenant seize jeunes gentilshommes (1626-1642). Lui succédèrent la « Compagnie de la Reine-Régente » (Anne d’Autriche) (1646-1650), puis celles de Beaufort et de Vendôme (1650-1669). Mais ce fut Colbert qui inaugura une véritable politique de formation en créant à Brie-Comte-Robert – loin des ports de mer et de leur influence – la « Compagnie des gardes de l’Amiral » dits de « Vermandois » (1670-1671) : malheureusement, cette institution ne fournissait aucun véritable enseignement maritime. Dans les ports, les écoles d’hydrographie (Dieppe, Brouage, Le Croisic) destinées à la marine de commerce possédaient d’excellents professeurs, généralement des ecclésiastiques (le père Denis à Dieppe jusqu’en 1666). De 1683 à 1686, la « Compagnie des gardes de la Marine » fut installée à Brest, Toulon et Rochefort. Jusqu’en 1715, 4888 gardes y furent formés, dont environ 500 capitaines de vaisseau. L’Ordonnance de 1689, en vigueur jusqu’à la Révolution, organisait très précisément – mais très théoriquement aussi - l’enseignement et la vie des gardes : recrutement dans la noblesse, âge (14 ou 15 ans), pas de casernement (jusqu’en 1764), enseignement des matières nobles le matin (mathématiques, hydrographie, astronomie) par des pères jésuites (méfiance à l’égard de la tradition huguenote de la Marine), enseignement pratique (dont la danse, le mousquet et la pique, la construction de navires) l’après-midi. Sous Louis XIV, la permanence de la guerre offrait aux gardes une formation pratique à la guerre. Ensuite, le garde fut plus un élève qu’un combattant. Sur dix ans, l’enseignement pouvait passer pour répétitif. Le cours de mathématiques de Bezout, né sous Louis XV, fut enseigné jusque sous le Second Empire. Le développement de l’enseignement scientifique amena la création d’épreuves d’examen, où la « naissance » n’eut plus sa place face au « diplôme ». En 1773, la notion de « compagnie » fut remplacée par celle d’ »école », et celle de « garde » par celle d’«élève ». L’ « École royale de marine du Havre » (1773-1775) fut la première école navale : installée dans un port marchand, pour échapper à l’influence des ports militaires, elle eut d’excellents professeurs, Rollin et le peintre de marine Ozanne. Mais en 1775, sous le règne nouveau de Louis XVI, les gardes de la marine furent rétablis jusqu’en 1786. Pendant la guerre d’Amérique, où brilla la marine française, les grandes victoires furent remportées par des officiers issus de l’Ordre de Malte, les « Maltais », et qui n’avaient pas été formés en France, mais dans les « caravanes » de l’Ordre (Suffren, de Grasse). De1786 à 1789, deux collèges furent créés à Vannes et à Alès (loin des ports militaires) et, en 1816, à Angoulême

Bibliographie:
Michel Vergé-Franceschi, _Marine et éducation sous l'Ancien Régime_, Paris, édit.
du CNRS, 1990, 450 p., préface de Jean Meyer.

Michel Vergé-Franceschi, "Un enseignement éclairé au XVIIIe siècle : l'enseignement maritime dispensé aux gardes ", in _Revue historique_, CCLXXVI/1, 1986, p. 29-55.

Mots-clès : éducation. officier. sciences.

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03 décembre