Les corsaires de Dieu : religiosité et iconoclasme religieux chez les marins huguenots dans la seconde moitié du XVIe siècle

M. Mickaël Augeron présente un aspect peu connu de la guerre de course au XVIe siècle : les corsaires huguenots pendant les Guerres de Religion. Soutenus par l’amiral de Coligny et bénéficiant de lettres de course décernées par l’amiral de Guyennne, Henri de Navarre, futur Henri IV, ces corsaires se recrutent surtout en Normandie, Aunis, Saintonge et à La Rochelle, qui sera jusqu’en 1628, date de la chute du port, le repaire favori des corsaires huguenots dont une partie des prises est consacrée à soutenir le parti (10 %, plus autant pour l’amiral). Les lettres de course définissent l’ennemi : les navires des états catholiques. Les équipages sont pourtant pour partie protestants, et pendant longtemps les deux cultes seront exercés sur les navires où se déroulent de véritables débats théologiques entre les représentants des deux religions. Mais assez vite les catholiques seront bannis de ces équipages. Les sources documentaires sont pour l’essentiel espagnoles (archive des Indes) et mexicaines (Inquisition), car les archives réformées ont été détruites au cours du XVIIe siècle, avant même la Révocation de l’Édit de Nantes. La course protestante a lieu surtout dans l’Atlantique contre l’empire colonial espagnol. Elle se caractérise souvent par des actes blasphématoires à l’égard des emblèmes du christianisme et des prêtres faits prisonniers sur les navires. Souvent huguenots de la première génération, les marins ont parfois une certaine retenue à l’égard des églises et des symboles du culte catholique dans lequel ils furent élevés. Mais, à partir de 1570 la pratique de l’iconoclasme est très répandu (sac de La Havane ; le capitaine Chuetot au Yucatan). Après 1584, quand Henri de Navarre devient l’héritier légitime du trône de France, les lettres de course sont laïcisées, l’ennemi n’est plus le catholique en général, mais le rival intérieur (les Guise et la Ligue).

Mots-clés : catholicisme. religion. course. Iconoclasme. XVIe siècle.

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04 décembre