Les enjeux du voyage en (nouvelle) France (1794-1814)

On se propose de travailler sur la réception des voyages en France à partir de deux revues : La Décade philosophique et Le Mercure de France durant la période post-révolutionnaire et impériale.
Dans ces deux revues, une place très importante est accordée aux Voyages à l'étranger, d'abord parce que ces ouvrages, durant toute la période, sont d'excellents produits éditoriaux et donc paraissent en très grand nombre. Les enjeux assignés à ces textes sont multiples :
- philosophie pratique (informations pour la navigation, le commerce, la politique) ;
- connaissances scientifiques de toute nature ;
- géographie (l'époque cherche à se doter d'une imago mundi, et les voyages sont les matériaux nécessaires à l'élaboration de cette vision globale du monde) ;
- philosophie et idéologie (comprendre l'homme dans sa diversité, alimenter une vision positiviste de l'histoire et nourrir une polémique toujours présente entre partisans et adversaires de Rousseau).
Le Voyage en France est beaucoup moins présent dans ces revues. La raison en est évidemment la moindre quantité de textes édités. Le titre des ouvrages montre que le terme de "voyage" est porteur commercialement, mais il ne renvoie pas à un concept clair, et l'hésitation typologique que manifestent les classements opérés par les journaux en témoigne.
Par rapport aux enjeux assignés aux Voyages à l'étranger, on voit clairement que le Voyage en France a peu de raisons d'être. Seules les connaissances scientifiques peuvent être nourries de certaines relations (voyages dans les Alpes de Saussure, voyages dans les Pyrénées de Ramond). Le Voyage en France répond donc à d'autres objectifs très spécifiquement liés à la rupture révolutionnaire :
- la révolution politique a aussi été une révolution géographique (le terme de "département" est récurrent dans les titres) qui nécessite une nouvelle description de la France ;
- il s'agit d'"attacher l'homme à sa patrie" et de créer une communauté nationale ;
- un état des lieux est nécessaire pour envisager les remédiations politiques, administratives et/ou économiques.
Dans cette perspective, le voyageur en France doit être un bon observateur, doté de connaissances multiples et "bon écrivain" (capacité à articuler narration, description, analyse, commentaire). La fonction référentielle dans ce genre d'écrit est survalorisée, et donc toute dimension expressive est perçue comme susceptible de disqualifier le discours.

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11h15