Les voyages "archéologiques" des petits romantiques

Les romantiques, on le sait, ont été de formidables voyageurs. Cependant, la typologie de leurs récits de voyage, ou des œuvres de fiction nées de leurs voyages, est très particulière : Nodier, Nerval, Gautier nous offrent des exemples de descriptions de lieux visités qui, tout en tenant compte de la géographie réelle, se doublent d'une géographie imaginaire qui a ses cartes bien à elle, son langage, sa syntaxe. Le premier niveau de ces textes témoigne du déplacement des voyageurs dans des espaces réels, l'autre nous entraîne dans des espaces imaginaires. Dans les récits de voyage, comme dans les œuvres de fiction, ces deux parcours sont également présents, à tel point que le voyageur et le lecteur, envoûtés par la magie des descriptions, entrent dans un pays réellement situé dans un contexte géographique précis et, à la fois, inexistant. Contrairement au "pays où l'on arrive jamais", dont parle un écrivain contemporain, il s'agit de pays où l'on parvient à arriver, mais où l'on ne peut demeurer que quelques instants puisque, comme la cathédrale de brume décrite par Paul Willems, ils n'apparaissent que pendant quelques minutes - le temps de l'écriture et de la lecture - dans le clair-obscur de cet espace indécis entre le songe et la vie réelle : ils n'existent que dans les rêves de l'écrivain et se dissolvent aussitôt. A l'intérieur de cette 'géographie mythique', les ruines - celles des châteaux en particulier - jouent un rôle privilégié, puisqu'elles constituent un paysage de choix pour les yeux du voyageur-voyant. Après le parcours préparateur, chaque écrivain atteint son paysage à lui, celui qu'il s'était préparé à rencontrer, et l'autre, qu'il n'avait pas cherché mais qui se présente tout à coup à son regard : au premier parcours, tracé dans les cartes géographiques, s'en ajoute un autre, non préétabli, imaginaire. A chaque voyageur son port.

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14h30