Les voyages de déportation au XIXe siècle à destination de Seychelles, des Marquises, des îles du Salut, de la Nouvelle-Calédonie et de l'île des Pins

Présentation d'une synthèse panoramique en deux temps sur le voyage de déportation : tout d'abord en rassemblant les principales données concernant l'essor historique et géographique de la notion de déportation qui, en tant que sanction pénale, s'inscrit dans une infrastructure exécutoire dont la peine exilante a pour intention de réprimer l'opposition politique et la perturbation sociale. Ainsi, le déporté est un « voyagé », embarqué pour un voyage de captivité et d'amnésie. Mais on note que l'éloignement et le confinement ultramarins ont également servi de prétexte et d'instrument pour occuper des terres et peupler des territoires. La pratique de la déportation qui remonte à 1540 en direction du Canada et à 1555 vers le Brésil, a permis, du XVIe au XVIIIe siècle, de fonder des établissements coloniaux et a bénéficié d'une imbrication floue avec l'émigration libre permettant, en quelque sorte, d'accéder à un lieu de refuge immunitaire à l'abri des lois. A la fin du XVIIIe siècle la déportation se pratique dans le cadre d'un véritable bannissement pour délit politique ou de droit commun. Dès lors, des Seychelles à la Guyane, de Madagascar aux Marquises, de Pondichéry à Mayotte, l'éparpillement géographique participe de l'arbitraire pénal. Dans un second temps, il est fait état des témoignages de première main des déportés. Ils sont rares avant les proscrits du Directoire qui seront les premiers à parler. Selon un schéma narratif habituel, les victimes témoignent de leurs souffrances dans un séjour souvent qualifié de « tombeau tropical », et le voyage, sans intérêt pour eux, n'est que « route d'enfer » et « chemin de feu ». Les modèles de la fiction du naufragé solitaire, de la robinsonnade et de la pastorale utopique interfèrent et trouvent, en Guyane, une sorte de réalisation in situ. Les journaux, tels La Tribune et La Cloche, publient des témoignages et on trouve dans la littérature du XIXe siècle des échos de ce syndrome insulaire d'exil, renforcé au lendemain de la mort de Napoléon. La déportation des Communards en Nouvelle-Calédonie représente un phénomène à la fois massif (5.000 déportations sur 18 convois entre 1872 et 1878) et d'écho international dans la mesure où la Commune constitue la première insurrection prolétarienne organisée et modélisée pour l'avenir. Sur des bâtiments déclassés, des bateaux cages, les témoignages rendent compte d'un exil douloureux et souvent incompris et n'accordent que très rarement de l'intérêt à l'environnement considéré comme « terre morte ». L'ennui et la monotonie, la promiscuité et l'isolement des indigènes Kanaques relégués à l'Est de la Nouvelle-Calédonie, donnent bien souvent lieu à des récits aveugles.

Mots clés : déportation. transportation. Roberval. Thevet. Canada. Brésil. Seychelles. Cayenne. Madagascar. Îles Marquises. Île du Diable. Îles du Salut. Nouvelle-Calédonie. Communards.

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02 mai