Les voyages de Jean-François Regnard, de l'Algérie au Grand Nord

Illustration: Masque lapon de chamane

Jean-François Regnard, né en 1657 à Paris, fut le successeur le plus célèbre de Molière entre XVIIe et XVIIIe siècle. On connaît peu ou pas ses récits de voyages, fruits de ses pérégrinations en Orient (le Gange ?), à Alger et au Grand Nord, comme en atteste l’inscription latine qu’il laissa en 1681 dans une église de Laponie (citation 1). De sa captivité dans la Régence barbaresque d’Alger, il rapporta un roman autobiographique _ La Provençale_ qui fut publié posthume en 1731 avec son _Voyage de Laponie_. Ce périple au Nord, assez exceptionnel à son époque, fut réalisé au cours de l’été 1681 et l’itinéraire nous en est fourni par l’auteur dans le préambule du texte (citation 2). Voyage de plaisir et de « curiosité » certes, mais dissimulant sans doute des activités commerciales (une partie de sa famille travaillait à Paris dans le milieu des joailliers). Il voyage avec deux compagnons signalés dans l’inscription citée plus haut, mais le récit est le plus souvent à la première personne du singulier, parfois néanmoins du pluriel. Il est destiné à un « monsieur » anonyme (citation 1). Il ne s’agit pas à proprement parler d’un récit suivi mais plus tôt d’une relation, selon la terminologie de l’époque (synthèse d’un voyage). Regnard passa longtemps pour une référence importante en France des voyages en Laponie suédoise. Au XIXe siècle, Marmier et Léonie d’Aunet critiquèrent son récit et lui dénièrent la moindre qualité ethnologique. De fait, Regnard inspira beaucoup de ses remarques de l’encyclopédie laponne de Scheffer publiée en latin (1675) et traduite en français (1678) que le voyageur confia avoir lu. Mais a-t-il compris ce qu’il a vu ? Ou s’est-il contenté parfois de compiler en « relateur » les travaux d’autrui ? Comme Scheffer, il parle des saunas et comme lui il signale que les femmes et les hommes s’y côtoyaient nus, mais tous les deux ne disent mot de la chaleur qui y règne. Par ailleurs, il reprend certaines descriptions, mais sans toujours comprendre la signification des coutumes et des rites : le tambour lapon qui rythme la possession du chaman, la chasse à l’ours dont il ignore que les Lapons y voient leur ancêtre commun, le sens sacré des pierres où résident les dieux (seidas) que les voyageurs volent sans en suspecter l’importance et la fameuse querelle de l’hospitalité laponne qui court chez les auteurs depuis le XVIe siècle : ce libertinage attribué aux Laponnes et l’indifférence de leurs maris sont un signe supplémentaire du primitivisme lapon (citation 3,4), jugement que le XIXe siècle réforma (Marmier, citation 5). Regnard termine sa relation par une remarque désabusée, où il se pose en voyageur méritant d’une terre qui ne le méritait guère (citation 6).
Bibliographie

Editions originales de Regnard
o « La Provençale », Les Œuvres de M. Regnard, Paris, Veuve de P. Ribou, 1731, t. II, p. 1-106
o « Voyage de Lapponie », Les Œuvres de M. Regnard, Paris, Veuve de P. Ribou, 1731, t. I, p. 91-292

Bibliographie sur Regnard
o Théophile Cart, « Le Voyage en Laponie de Regnard », Revue des cours et conférences, Paris, Société Française d’Imprimerie et de Librairie, n° 24, mai 1900, p. 321-327
o Alexandre Calame, Regnard. Sa vie et son œuvre, Paris, P.U.F., 1960
o Philippe Geslin, « Préface », Jean-François Regnard, Voyage en Laponie 1681, Boulogne, Éditions du Griot, 1992, p. 9-51

Bibliographie sur le voyage dans l’Europe du Nord
o Vincent Fournier, Le Voyage en Scandinavie, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2001
o Vincent Fournier, L’Utopie ambiguë. La Suède et la Norvège chez les voyageurs et essayistes français (1882 – 1914), Clermont-Ferrand, Adosa, 1989
o Anssi Halmesvirta, The British Conception of the Finnish « Race », Nation and Culture. 1760 – 1918, Helsinki, SHS, 1990
o Inkeri Tuomikoski-Dombre, Voyageurs français en Finlande, Paris, Bibliothèque Nordique, 1966

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3 novembre