Les voyages du capitaine de Mannevillette et l'élaboration de la carte marine de l'océan Indien, fin XVIIe siècle-début XVIIIe siècle.

Le Service hydrographique de la Marine conserve ses archives depuis le XVIIIe siècle, particulièrement les journaux de bord des officiers de la Compagnie des Indes et la correspondance entre les savants tissant un réseau de recherche international. Les techniques de navigation antérieures à l’époque de D’Après de Mannevillette étaient de trois types pour déterminer une route et la latitude, sinon la longitude : la boussole qui permettait par rapport au nord magnétique de définir un cap qui était ensuite corrigé selon la direction des vents et des courants ; le loch, ligne de corde comportant des nœuds que l’on faisait glisser dans la mer et qui autorisait par la mesure du temps, grâce à un sablier, de connaître la vitesse du navire ; la sonde qui mesurait la profondeur d’eau sous la coque ; la flèche, instrument visant la ligne d’horizon et le soleil et déterminant par les tables de la _ Connaissance des temps _ une latitude. À midi, on faisait le point et l’on reportait la position sur la carte et sur le journal de bord. Au début du XVIIIe siècle, les meilleures cartes marines sont celles des Hollandais. Elles sont souvent encore manuscrites et secrètes. La meilleure carte gravée de l’océan Indien est celle de Pieter Goos (1690), qui pourtant pose des problèmes, liés à la difficulté de déterminer exactement la longitude. La carte française de 1740 pour la même région n’est pas meilleure, au contraire. Ces cartes sont la cause indirecte de nombreux naufrages. Les instructions nautiques et les manuels de navigations imprimés corrigent autant que faire se peut ces imprécisions grâce à l’expérience des marins, mais ces instructions en exemplaires numérotés ne circulent pas en dehors des navigations. En 1703, paraît _ Le Pilote a nglais _ dans sa version originale. Les journaux de bord manuscrits souvent copiés à de nombreux exemplaires servent aussi aux marins : celui du père Tachard, jésuite et hydrographe, sur l’océan Indien est très utilisé. Ces journaux témoignent des fortunes de mer occasionnées par l’incertitude des positions en mer. Né en 1707 au Havre dans une famille de marins de commerce, D’Après de Mannevillette devient élève officier de la Compagnie des Indes en 1720. Il fait une douzaine de voyages en Asie. Il publie en 1739 _ Le Nouveau Quartier anglais _ qui est un manuel pratique sur le « quartier », instrument perfectionné inspiré de la flèche pour l’observation astronomique. Mais le problème reste celui de la mesure de la longitude. Les tables des mouvements lunaires par rapport à une étoile fixe ne sont pas simples à utiliser. D’Après de Mannevillette fréquente le spécialiste de la question l’abbé de la Caille lors d’un voyage qu’ils font vers le cap de Bonne Espérance : Mannevillette vulgarisera ensuite la méthode de La Caille. En 1745, il publie son recueil d’instructions nautiques d’après les routiers et les journaux de bord. ; la deuxième édition sera publiée en 1775 sous le titre de – Neptune oriental _. Une traduction anglaise paraîtra l’année suivante. Nourri d’expériences nautiques et de correspondances avec des spécialistes – Dalrymple en Angleterre -, l’ouvrage devient un classique international. Mannevillette avait pris sa retraite en 1760. De 1753 à 1775, il se consacra à la cartographie de l’océan Indien dont il détermina la physionomie avec le maximum de précision. Son œuvre fut reconnue : anobli en 1766 pour son routier, pour son ouvrage sur le quartier et pour ses techniques de détermination des longitudes, il fut aussi de grande utilité aux découvreurs, dont Bougainville et Cook.

Mots-clés : cartographie. hydrographie. science expérimentale.

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06 mai