L'Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand, récit fondateur du voyage romantique : le voyage, le sujet, l'autobiographie

L’Itinéraire de Paris à Jérusalem, paru en 1811, constitue le texte fondateur du voyage romantique et cela à plus d’un titre. D’abord il s’agit là d’une relation de voyage en bonne et due forme qui répond aux deux critères du genre : l’authenticité du voyage comme préalable au récit qui en fait son objet narratif privilégié. Ensuite, il s’agit aussi d’un voyage d’écrivain qui inaugure l’entrée en scène de l’homme de lettres dans un lieu d’écriture qui, sans lui être absolument étranger, restait néanmoins jusqu’alors largement hors de sa saisie et dont la soudaine prise en charge ne pourra qu’en modifier la praxis. Par exemple là où le voyageur d’autrefois faisait de son récit une conséquence ou encore une séquelle de son voyage, Chateaubriand fera de l’écriture la motivation même de son déplacement. S’il part pour l’Orient c’est afin de s’imprégner de ses couleurs et de ses images en vue de la rédaction d’un futur roman. D’autre part, ce qui désigne en propre le récit de voyage à l’orée du Romantisme, c’est le remplacement d’une économie descriptive orientée vers l’objet au profit d’une économie narrative fondée sur le sujet, ou encore le passage d’un inventaire du monde à un usage du monde qui accorde au moi du voyageur scripteur une autorité régulatrice jusqu’alors insoupçonnée. Cette dimension subjective Chateaubriand la poussera jusqu’à ses limites, c’est-à-dire jusqu’à la confondre avec l’enjeu de l’autobiographie qu’il sera le premier à associer à l’écriture du voyage. Partant l’écriture du voyage mettra tantôt l’accent sur la fonction référentielle du récit, tantôt sur le recours au savoir livresque qui viendra suppléer à l’observation, tantôt sur la réponse du sujet rendue notamment par le travail du style qui laissera poindre les écarts lyriques. Mais d’une manière générale l’équilibre entre ces trois pôles demeure stable et constitue un système de représentation autorégulateur et productif. L’un des meilleurs exemples de cette collaboration triangulaire est fourni par la description de Sparte dont les pauvres ruines, en elles-mêmes insignifiantes, ne pourront être identifiées que par le secours d’un savoir livresque qui donnera lieu à un travail mental de reconstruction éprouvé dans l’exaltation jubilatoire d’une expérience subjective d’une exceptionnelle qualité.

Bibliographie

Chateaubriand, François-René de, Itinéraire de Paris à Jérusalem, Paris, Garnier-Flammarion, 1968.

Brosses, Charles de, Lettres familières sur l’Italie. La première édition fautive en maints endroits fut publiée en 1799, après la mort de l’auteur, par Antoine Sérieys, directeur du dépôt littéraire de la rue de Lille où pendant la Révolution furent emmagasinées des bibliothèques ecclésiastiques et des archives d’émigrés. Une édition plus sûre parut en 1836, grâce aux soins de Romain Colomb, l’éditeur de Stendhal.

Dupaty Mercier, Lettres sur l’Italie en 1785, Paris, 1788.

C. F. Volney, Les Ruines ou méditation sur les révolutions des empires, Paris, 1791.

Moussa, Sarga, La relation orientale, Paris, Klincksieck, 1995.

Nau, M., Voyage nouveau de la Terre Sainte, 1674.

Saussure, Horace Bénédict de, Voyages dans les Alpes, Genève, Georg, 2002.

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16 mars 2005