In memoriam, immemory : le deuil du monde et la mémoire des images dans quelques relations de voyage de la seconde moitié du XXe siècle (Jean-Daniel Pollet, Chris Marker, Nicolas Bouvier)

Résumé
Difficile de penser à une possible méditation sur la chute des empires sur le modèle établi par l’auteur du Génie du christianisme, tant la relation au temps, à l’histoire et à la culture ont subi des transformations brutales lors du dernier siècles ou de ce qui est considéré depuis Baudelaire comme l’entrée dans la modernité. Les ruines dont il est ici question sont issues de la dévastation historique autant que de l’érosion du temps.
Elles témoignent d’un rapport au temps et à l’histoire marqué par l’expérience du choc, qui serait à l’origine de ce Walter Benjamin désigna comme une esthétique de la dislocation. Ce bouleversement né de l’histoire et propagé à l’art, thématisé de manière esthétique, signerait l’écart de plus en plus grand entre notre modernité et la pensée classique. Les ruines symboliseraient la cassure de la relation au monde.
Dès lors comment revivifier ce savoir, comment retrouver les conditions d’un découvrement ? Comment, sinon en recréant le tissu de la culture par la médiation d’un regard.
L’un des modèles dans la création de ce regard par les écrivains et les cinéastes, partagé par la psychanalyse et l’ethnologie, est le modèle archéologique. Dans l’imaginaire moderne et contemporain, il permet à la fois la récollection de ce qui avait été fragmenté, et la mise en fiction de ce qui avait été ruinifié. Ainsi des formes noires et du puzzle chez Chris Marker, ou des films de Pollet sur le temple de Bassae ou sur Méditerranée. Le montage reprend et joue de la tension dialectique né de ce principe architectural d’une construction ruinée. Finalement, ces œuvres réalisées au cœur du monde sont à la recherche de l’immémorial. Recherche qui est à la fois l’exploration des temps, intime, historique, absolu. Une résistance à l’amnésie contemporaine, un exercice de mémoire.

Références bibliographiques utilisées lors de l’exposé
Michel Makarius, Ruines, Paris, Flammarion, 2004.
La Mémoire en ruines. Le modèle archéologique dans l’imaginaire moderne et contemporain, Valérie-Angélique Deshoulières, Pascal Vacher (études réunies), Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines, 2000.
Valérie-Angélique Deshoulières, Pascal Vacher, « La louche fascination de l’irrévocable »
Pascal Vacher, « Ruine et sujet regardant »
Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Genève, Droz, 1999. (p.364)
Claude Reichler, « Le deuil du monde », Traverses, n°41-41, 1987.
Wilhem Jensen, Gradiva, Paris, Gallimard, NRF, 1986.

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11 décembre