Naissance du guide de voyage moderne au XIXe siècle

Les manuels de conseils aux voyageurs sont un vieux genre littéraire très particulier qui a considérablement évolué avec le temps.
Il faut se garder d'abord de les confondre avec les nombreux ouvrages intitulés Manuel du voyageur, qui sont, dans la plupart des cas, des glossaires bi ou multilingues destinés au voyageur à l'étranger et rassemblant des séries de phrases toutes faites, des dialogues (d'où leur autre nom de Guide de la conversation, qui pourrait aussi les faire confondre avec les encyclopédies mondaines portant ce titre) et des listes de mots, le tout classé par thème. Une prochaine chronique tentera de présenter ce domaine pittoresque et foisonnant, dont les origines remontent aux débuts de l'imprimé. Le seul objectif de ces ouvrages modestes était de permettre à leurs acheteurs de se débrouiller dans toutes les circonstances de la vie en pays étranger. Les enseignements apportés sont implicites, et ils contiennent très rarement des exposés même brefs sur les contrées visitées et les moeurs de leurs habitants.

Il en est autrement des introductions aux guides de voyage qui, au XIXe et au XXe siècles, sont parfois très développées. Quand ces guides couvrent de vastes régions, toute l'Europe voire le monde entier, les conseils prennent un caractère général qui peut les apparenter à certains manuels de conseils aux voyageurs. Les meilleurs guides tendent à l'universel et visent à l'amélioration de l'être humain et donc, adoptant les mêmes objectifs que les manuels de conseils, il n'est pas étonnant que leur introduction présente des analogies avec les ouvrages dont on va parler ici. On pense par exemple à des monuments comme le Guide des voyageurs en Europe de H. A. O. Reichard, objet de multiples éditions depuis 1793, le fameux guide anglais du globe trotter, Bradshaw's Through Routes [ ..... ] to the Chief Cities of the World, dans la deuxième moitié du XIXe siècle ou le monumental Itinéraire de l'Orient d'Ad. Chauvet et E. Isambert, publié en 1881-2 chez Hachette. Les gros guides américains par Harper (à/c 1862) ou Appleton (à/c 1870) sur l'Europe et l'Orient, tout comme leWeltreise de l'éditeur allemand Meyer au début de ce siècle tendent à offrir des introductions beaucoup plus succinctes.

A la fin du XVIIIe siècle, les considérations morales sont encore fort importantes dans les manuels du voyageur, le souci des directeurs de conscience-auteurs de ces ouvrages étant d'éloigner les voyageurs des funestes tentations de l'oisiveté, ou même de la dépravation favorisée par l'éloignement de la mère patrie : loin de son entourage habituel, le voyageur pourrait céder à la douceur du climat, à une liberté des moeurs locale ou considérée comme naturelle par les indigènes, s'agissant d'étrangers. Les moralistes s'accordent finalement avec les scientifiques pour assigner au voyageur de multiples tâches passionnantes : sociologie, géographie physique, humaine et économique, géologie, climatologie, botanique observations célestes, et bien d'autres encore.
Le voyage d'agrément, ce qu'était en bonne partie le Grand Tour, en dépit de sa justification de formation intellectuelle, artistique et morale, n'intéresse pas ces auteurs, on sent même qu'ils s'en défient comme potentiellement dégradant. Le voyageur doit mettre à profit ses voyages pour utiliser et développer ses connaissances, collecter des données en tous domaines (les inventaires couvrent des centaines de pages, de peur que le lecteur se trouve à court d'idées d'activités), s'enrichir intellectuellement et aussi faire profiter son pays de ses découvertes ou de ses observations. L'intérêt pour l'étranger est un intérêt bien compris et à l'occasion intéressé, quand il ne confine pas à l'espionnage industriel, qui représente somme toute la manière patriotique d'effectuer un voyage.

Baudelot de Dairval, De l'Utilité des voyages et de l'avantage que la recherche des antiquitez procure aux sçavans, Paris, 1686, 2 vol., 700 p.
Cite pêle-mêle Maxime de Tyr, Platon, Xénophon, Ovide, Pline le Jeune, Galien, Diodore de Sicile, Strabon, Eusèbe, Hécatée de Milet, Cicéron, Hérodote, Patercule, Plutarque, Philostrate, Quinte-Curce, Varron, Jules César, la Bible (Génèse 12, Ecclésiaste c. 39), Sigismond 1er, roi de Pologne, Tite-Live, Cassiodore, Frohlicius (auteur allemand de l'Ourse des voyages), Démocrite, Anaxagore et Lactance sur l'intérêt des voyages.

Comte Léopold de Berchtold, Essai pour diriger et étendre les recherches des voyageurs. Avec des observations sur les moyens de préserver la santé et les effets, dans les voyages par terre et par mer, pour les personnes qui n'ont pas acquis l'expérience des voyages et une série de questions renfermant les objets les plus dignes des recherches de tout voyageur, sur les matières qui intéressent la société et l'humanité, pour être proposées à la solution des hommes de tous les rangs, de tous les états, chez les différentes nations et les différents gouvernements, trad. C.P. de Lasteyrie, Paris, 1797, 2 vol.
Grand classique, destiné à l'honnête homme ou à quiconque désire le devenir, et rédigé par un amateur fortuné, philanthrope, voyageur infatigable, chambellan de l'empereur d'Autriche. Dans l'esprit des Lumières, la préparation doit être systématique, l'étude est rigoureuse. Le voyageur philosophe doit faire preuve du sens de l'observation, mais aussi de modestie et de tolérance dans sa découverte progressive de l'universalité de l'être humain. Cet ouvrage s'inscrit dans une très longue tradition remontant à l'antiquité. Des extraits de l'Essai pour diriger et étendre les recherches des voyageurs, intitulés Observations générales et pratiques sur les voyages, par M. le Comte de Berchtold, sont publiés en tête du guide de l'Europe de Reichard, cité plus haut (ils sont reproduits dans la réimpression partielle de l'introduction du guide Reichard de 1793, donnée par les éditions de La Courtille en 1971 sous le titre Conseils aux touristes de 1793). Sur la vie du grand philanthrope, voir F.S. Fluskal, Leopold Graf von Berchtold der Menschenfreund, Brünn, 1859.

Manuel du voyageur ou recueil de dialogues, de lettres, avec la traduction allemande par Catel, suivi d'un itinéraire raisonné à l'usage des Français en Allemagne et des Allemands en France, avec la traduction allemande par Samuel Heinrich Catel, pour servir de suite ou de tome II aux exercices de prononciation, de grammaire et de construction par (sic) faciliter aux Français l'intelligence et l'usage allemande, Berlin : F.T. Delagarde, 1799, 206 p.
Le tome I a été publié chez le même éditeur en 1798 : S.H. Catel, Exercices de prononciation, de grammaire et de construction par faciliter aux Français l'intelligence et l'usage allemande. Le tome II est ensuite publié seul, mais sans la partie guide.
Le « Manuel du voyageur » de Madame de Genlis est une œuvre alimentaire rédigée à Berlin par une femme de lettres française qui, faisant partie des émigrés, se trouvait fort dépourvue.
Stéphanie Félicité du Crest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis, marquise de Sillery (1746-1830) est née à Champcéry en Bourgogne. Dame d'honneur de la duchesse de Chartres dès 1770, mieux connue pour ses ouvrages destinés aux enfants, ses pièces et tous les romans qu'elle publia principalement à Paris, une fois revenue d'exil, elle s'occupa, avant les événements révolutionnaires de l'éducation des enfants de la famille d'Orléans, en particulier du futur Louis-Philippe. Ses liens avec les Orléans la firent honnir des royalistes en exil, restés fidèles aux Bourbon.
Elle eut une longue liaison avec le duc d'Orléans, le futur Philippe-Egalité exécuté en novembre 1793, onze mois après Louis XVI, son cousin, dont il avait voté la mort.
C'est une litote de dire, comme un auteur récent que cette jolie femme cultivée, musicienne et pleine de séduction fut mêlée à quelques intrigues.
D'abord favorable à la Révolution, sans jouer autant les apprentis sorciers que Choderlos de Laclos, qui la détestait, elle coiffa le bonnet rouge lors d'une visite au Louvre au Salon de peinture, puis émigra prudemment à Bath en novembre 1791 et erra de Suisse en Belgique et en Allemagne, poursuivie par une réputation désastreuse acquise dans le petit monde du Palais Royal.
Ses liens avec Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Talleyrand et Madame de Récamier, et sa conquête de Voltaire, pris sous le charme en une seule journée, disent bien son éclectisme, mais les intrigues politiques avec les Orléans ou les patriotes irlandais ne lui valurent que déconvenues.
Ballottée de refuge en château dans toute l'Europe, souvent chassée par les princes, mais recueillie aussi par de nobles amies, tantôt fascinées, tantôt apitoyées, parfois les deux à la fois, cette femme de lettres aventureuse était bien placée par sa double expérience de préceptrice-pédagogue et de grande voyageuse, pour rédiger à Berlin, à partir de mai 1798, un Manuel du voyageur très pratique.
Son ami libraire éditeur Delagarde, dont elle avait pris la fille comme dame de compagnie, publia les deux premières éditions de son livre.
Malgré sa diffusion à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, cet ouvrage ne fit pas sa fortune, car la plupart furent publiés en éditions pirates, mais il lui rapporta plus que Les Petits émigrés qu'elle avait rédigé à la même époque.
Revenue à Paris en juillet 1800, elle se fit offrir par Bonaparte un appartement à l'Arsenal, au grand dépit du bibliothécaire en titre, et informa discrètement, mais régulièrement, son bienfaiteur sur les rumeurs circulant dans les milieux qu'elle fréquentait, que l'on imagine assez peu favorables au Premier Consul. Devenue un écrivain à succès (et prolifique, plus de 140 volumes en tout), elle tint un salon brillant, fréquenté par savants et littérateurs, où régnait le plus grand désordre.
Elle se rallia le moment venu aux Bourbon, sans grand succès au début, mais elle obtint une pension du duc d'Orléans, et une aide de Talleyrand, toujours fidèle, puis finalement, du roi Louis XVIII lui-même, une pension sur le budget des théâtres, car ce fut aussi une dramaturge.
Cette femme énergique, à la santé plus que robuste, supporta vaillamment les aléas d'une existence fort aventureuse pour s'éteindre à quatre-vingt-quatre ans passés le dernier jour de l'année 1830.

Sources

Harmand, Jean, Madame de Genlis, sa vie intime et politique, Paris, Perrin, 1912. Première étude documentée sur Madame de Genlis.
Rostand, Rosemonde, Gérard (Mme Edmond), La Vie amoureuse de Madame de Genlis, Paris, Flammarion, 1926. Le titre indique assez l'orientation de cette biographie.
Bertaut, Jules, Madame de Genlis, Paris, Grasset, 1941. Peu suspect de sympathie pour la Révolution.
Laborde, Alice M., L'oeuvre de Madame de Genlis, Paris : Nizet, 1966, bibliographie et liste des œuvres. Seul ouvrage, avec celui de G. De Broglie, à mentionner - brièvement - le Manuel du voyageur, dans une étude qui valorise les aspects positifs du personnage.
De Broglie, Gabriel, Madame de Genlis, Paris : Librairie Académique Perrin, 1985, 530 p., ill., bibliogr.
La thèse : Bertaud, Jacques, Madame de Genlis et l'Angleterre, la femme et l'œuvre 1779-1792, thèse de doctorat d'université, Paris III, 1974, porte sur la période antérieure à la publication de cet ouvrage.
Reichard, Heinrich August Ottokar, Handbuch für Reisende aus allen Ständen, nebst B. Wey Postkarten zur grossen Reise durch Europa von Frankreich nach Engelland und einer Karte von der Schweiz und den Gletschern von Faucigny, Leipzig: Weygand, 1784, in 8°, 666 p.
" " , Guide des voyageurs en Europe, avec une carte itinéraire de l'Europe et une carte de la Suisse, Weimar : Bureau d'Industrie, 1793, 2 vol. (2e ed., 1802 ; 3e ed., 1805, 3 vol., 3 cartes ; 5e ed., 1807 ; 6e ed., 1810 ; 7e ed., 1812, 2 tomes et atlas ; 8e ed., 1816-18, 3 vol. avec panoramas des 13 villes capitales et un atlas portatif de 9 cartes ; 9e ed., 1819-21).
Reichard, Heinrich August Ottokar, (1751-1828) et ses guides touristiques.
Reichard, Heinrich August Ottokar, conseiller de guerre du duc de Saxe-Gotha, fut un grand voyageur, par goût et en raison de ses fonctions. Hermann Uhde nous a laissé sur lui H.A.O. Reichard, seine Selbstbibliographie, Stuttgart, Cotta, 1877, 553 p.
Au lieu de publier le récit de ses pérégrinations, comme tant de ses contemporains au XVIIIe siècle, il rédige en allemand et publie à Leipzig en 1784 un guide de voyage très complet couvrant toute l'Europe.
En 1793, ce guide est traduit en français et publié en deux volumes à Weimar. Il va connaître alors un succès sans précédent, d'abord par des rééditions en français et en allemand jusqu'en 1825 chez cet éditeur, le Bureau d'Industrie, puis chez Herbig à Berlin jusqu'en 1861. Herbig publie aussi des versions abrégées ou limitées à certaines régions d'Europe, comme le Passagier, d'ailleurs repris de son prédécesseur de Weimar.
Engelmann publie en allemand chez Wilmans à Francfort-sur-le-Main, et à son compte à Heidelberg, un guide de l'Allemagne et des pays limitrophes inspiré de Reichard. Des éditions françaises voient le jour en 1827 (avec en annexe un livre de postes allemand complet) et en 1835.
La France est le premier pays étranger à s'emparer de l'ouvrage. Dès 1803, un Abrégé (en 236 pages seulement) est publié à Paris sans indication d'éditeur (chez les Marchands de Nouveautés). A partir de 1806 jusque vers 1817, Hyacinthe Langlois publie à Paris des éditions remaniées très complètes, en 2 à 4 volumes selon le format et munies d'une excellente cartographie, parfois d'un volume d'atlas, comme on pouvait s'y attendre de cet éditeur géographique. Il donne aussi jusqu'en 1828 des volumes séparés sur certains pays. Perrin, à partir de 1834, puis Didier, et Bastin aîné à compter de 1836 poursuivent ces publications.
A partir de 1818, l'éditeur parisien en langue anglaise Galignani publie trois guides séparés par pays très inspirés des traductions de Reichard publiées par Samuel Leigh à Londres quelques années auparavant. La collection prend fin vers 1830. A la suite de Langlois et de ses successeurs, Jean-Marie Vincent Audin (1793-1851), écrivant sous le pseudonyme de J.-B. Richard, auteur de guides depuis 1823, publie en 1828-9 un Guide classique du voyageur en Europe, en deux volumes plus un atlas, très inspiré de Reichard, comme le seront plusieurs de ses guides de divers pays d'Europe, en particulier son guide de l'Allemagne vers 1830 auquel il donne même le nom d'auteur de Reichard.
Ainsi qu'on l'a déjà mentionné, l'Angleterre n'est pas en reste et l'ouvrage de Reichard est traduit en anglais, depuis le français, et publié sous le nom de l'auteur à partir de 1816 par l'éditeur londonien Samuel Leigh en trois titres différents consacrés chacun à un pays ou à un groupe de pays d'Europe. La dernière édition attestée est de 1841.
Enfin, pour compléter ce panorama européen qui illustre le retentissement du guide Reichard, il paraît à Milan en 1819 un abrégé du genre de celui de 1803 à Paris, en italien, par Francesco Gandini, qui offre une version similaire en français la même année à Milan.

Les Guides

Baedeker, Karl, (parfois écrit Carl, pour faire moins germanique) n'est certainement pas le plus populaire des auteurs de guides chez les Français, dont le champion reste Joanne, Adolphe, d'abord chez l'éditeur Maison, puis chez Hachette. L'énorme succès remporté par les Baedeker a suscité l'agacement chez Hachette (et quelques publicités franchement anti-germaniques), mais aussi chez l'Anglais John Murray, solidement établi avant un Baedeker qui s'associe un temps à lui, grignote les positions de son rival, puis le supplante à partir des années 1870.
Cinq Baedeker se succèdent à la tête de la grande maison familiale d'édition allemande, de 1832 à la deuxième guerre mondiale : Karl (1801-1859), qui lance la firme (alors que John Murray, son contemporain, est le troisième du nom), Ernst (1833-1861), Karl II (1837-1911), Fritz (1844-1925) et Hans (1874-1959). Durant cette longue période, un seul changement de lieu intervient, en 1872, quand la firme est transférée de Coblence à Leipzig.
Baedeker, Karl, le père fondateur, donne l'impulsion à la collection, qui se présente d'abord en cartonnage imprimé illustré à la cathédrale (dit Biedermeier) pour les volumes sur le Rhin en allemand jusqu'en 1855, en français jusqu'en 1856, puis de façon définitive, en cartonnage rouge imité de Murray, sous la forme qui nous est familière. Karl se rend compte rapidement qu'il ne peut rédiger seul les guides. Il met en place une organisation remarquable avec un coordinateur pour chaque titre, assisté par des collaborateurs qui se voient assigner chacun une tâche bien précise. Karl et ses successeurs rédigent eux-mêmes une bonne partie de certains guides et revoient tous les titres avant publication. Murray, de son côté, délègue plus volontiers la responsabilité d'un titre à un seul auteur, quitte à en changer lors d'une édition ultérieure, tandis que Joanne organise une équipe éditoriale d'auteurs réputés et savants, un peu comme Baedeker.
La succession rapide des éditions pour les titres les plus courants et le grand nombre de titres divers disponibles caractérisent très vite ce nouvel éditeur dont assez symboliquement le premier titre, dû au professeur J.A. Klein, Le Voyage du Rhin de Mayence à Cologne, est publié simultanément en édition allemande et française. Hollande et Belgique et Suisse en français sont réalisés avant la mort de Karl Baedeker. Il appartient à ses successeurs, une fois la rupture avec Murray consommée, de lancer les éditions anglaises à partir de 1861, en couvrant les mêmes pays, puis en 1868 l'Italie, qui a déjà fait l'objet d'un volume en français en 1861.
Paris est publié en 1855 en allemand, mais on doit attendre dix ans pour les éditions française et anglaise, car Karl Baedeker détestait cette ville. La France ne méritera jamais un guide en allemand, même comme pays occupé par l'Allemagne en 1940-45, alors que la Pologne sera plus favorisée dans les mêmes circonstances, et il faut attendre 1884 et 1889 respectivement pour disposer de guides France en français et en anglais. Londres paraît en 1862 en allemand, en 1866 en français et en 1878 en anglais. Curieusement, Palestine et Syrie en allemand (1875), en anglais (1876) ou en français (1882) précède la Grande-Bretagne en anglais (1887) comme en allemand (1889). Il n'y a pas d'édition française de ce titre.
Sur l'ensemble des titres, il en est fort peu qui ne soient pas publiés dans les trois langues principales de l'Europe, allemand, français et anglais. L'intuition qui a poussé Karl Baedeker à lancer les éditions en deux langues et à préparer la troisième a largement contribué à assurer l'hégémonie de sa firme sur la durée. Les titres en langues étrangères furent rares chez Hachette et extrêmement rares chez Murray. Il ne faut pas non plus négliger l'incessant travail de révision chez Baedeker, investissement énorme facilité par le succès grandissant; mais dont il faut reconnaître à Baedeker le mérite d'en avoir eu la volonté.

Seuls les titres suivants n'existent pas dans les trois langues :
En allemand seulement
Guides régionaux sur l'Allemagne, Mosel, Bad Bertrich, Tirol, Bosnien und Herzegowwina, Elsass, Wien und Budapest, Dalmatien, Panorama von Jerusalem, Generalgouvernement, St Petersburg, Konstantinopel et Indien.
En anglais seulement
Canada, Conversation Dictionary, New England, Middle States, Maritime Provinces
En anglais et allemand seulement
Grossbritannien / Great Britain, Unter-Ägypten / Lower Egypt Ober-Ägypten / Upper Egypt, Madeira, Mittelmeer / Mediterranean, Riviera.
En français et allemand seulement
Voyage du Rhin / Rheinreise.

En français seulement
Précis de grammaire russe.
Baedeker devient très vite synonyme de guide et la firme allemande se garde bien de protester contre l'image de guide du touriste express moutonnier que véhiculent gratuitement les plus grands écrivains dans leurs romans, tels Henry James et Thomas Hardy. Cette publicité non sollicitée représente une consécration.
Les deux guerres mondiales ou les malheurs de Baedeker.
Les collectionneurs de Baedeker sont très nombreux de par le monde, certains sont parvenus à rassembler presque toutes les éditions existantes avec leurs variantes. Pour le collectionneur moyen ou le curieux, les dates charnières comme 1900 ou 1914 sont particulièrement prisées. 1914 marque une pause dans la politique d'expansion éditoriale de Baedeker. Le grand guide des Indes est lancé cette année là et le déclenchement de la guerre ne permet pas d'envisager la publication d'une traduction. Cela compromet même le succès du titre à cause du long traumatisme imposé à l'Europe.
De même, Madeira, publié en allemand en 1934 - c'est une destination de vacances pour l'organisation Kraft durch Freude - est traduit en anglais et publié en cette langue en 1939. La plus grande partie du stock est détruite dans un bombardement allié.
Dès l'arrivée au pouvoir du parti National Socialiste en 1933, le contenu éditorial des guides Baedeker est étroitement contrôlé et, dans le volume Allemagne, les développements sur l'histoire récente du pays sont mis à jour dans un sens nettement favorable aux nouveaux maîtres, non seulement pour l'édition en allemand, mais pour les versions en français et en anglais. Le simple bon sens commercial aurait suggéré plus de discrétion, mais la maison d'édition, désormais sous tutelle étroite adopte une politique de propagande militante en publiant très vite des guides des territoires reconquis, comme l'Alsace-Lorraine ou conquis comme la Pologne. Il s'agit de frapper les esprits en institutionnalisant les situations nouvelles garanties par le "Reich de mille ans". La question d'Alsace-Lorraine a été une plaie vive pour les Français de 1870 à 1918, elle l'est pour les Allemands depuis 1918 et les guides des deux pays ont participé au combat pour libérer ces provinces du joug étranger (même si Hachette a créé un beau scandale en incluant un glossaire franco-allemand dans son édition de 1906), la publication d'Elsass, Strassburg und die Vogesen se comprend donc.
Mais la publication du guide Generalgouvernement, qui couvre la Pologne en 1942 est un phénomène unique, un peu comme si Napoléon avait commandité des guides touristiques des nations occupées au cours de ses campagnes. Plus qu'aux touristes, ce guide s'adresse aux militaires, comme les glossaires allemand-russe-ukrainien-géorgien commandés par la Reichswehr à l'éditeur Meyer, rival de Baedeker à Leipzig, afin de faciliter l'offensive en Russie.

L'aviation allemande utilise les guides Baedeker pendant la deuxième guerre mondiale, au point que les Anglais appellent Baedeker raids les bombardements effectués lors du Blitz. De même, comme on l'a déjà signalé dans la notice consacrée à Michelin, l'armée américaine fait réaliser en 1944 une réédition spéciale du guide Michelin France 1939, mais cette fois pour la libération de la France.

Liste des Baedeker en langue française
Voyage du Rhin de Mayence à Cologne, par le Professeur J.A. Klein, traduction J. Lendroy, 1832.
Rhin de Bâle à Düsseldorf, 1846 ; 2e 1852 ; 3e 1854 et 1856 ; Bords du Rhin, 4e 1859 ; 5e 1862 ; 6e 1864 ; 7e 1868 ; 8e 1870 ; 9e 1875 ; 10e 1877 ; 11e 1880 ; 12e 1882 ; 13e 1886 ; 14e 1891; 15e 1896 ; 16e 1900 ; 17e 1906 ; 18e 1910 et 1920.
Allemagne 1860 ; 2e 1863 ; 3e 1865 ; Allemagne et Autriche, 4e 1869 ; 5e 1873 ; 6e 1878 ; 7e 1881; 8e 1884 ; Allemagne du Nord, 9e 1888 ; 10e 1893 ; 11e 1900 ; 12e 1904 ; 13e 1909 ; 14e 1914 ; Allemagne Le Rail et la Route, 15e 1936.
Allemagne du Sud et Autriche ; 9e 1888 ; 10e 1893 ; 11e 1896 ; 12e 1902.
Allemagne, Partie méridionale 1911.
Autriche-Hongrie, 13e 1911.
Suisse 1852 ; 2e 1854 et 1855 ; 3e 1857 ; 4e 1859 ; 5e 1862 et 1863 ; 6e 1864 ; 7e 1867 ; 8e 1869 ; 9e 1872 ; 10e 1874 ; 11e 1876 ; 12e 1878 ; 13e 1881; 14e 1883 ; 15e 1885 ; 16e 1887 ; 17e 1889 ; 18e 1891 ; 19e 1893 ; 20e 1896 ; 21e 1898 ; 22e 1901 ; 23e 1903 ; 24e 1905 ; 25e 1907 ; 26e 1909 ; 27e 1911 ; 28e 1913 ; 29e 1921 ; 30e 1928.
Hollande et Belgique 1859 ; Belgique et Hollande, 2e 1862 ; 3e 1864 ; 4e 1866 ; 5e 1869 ; 6e 1871 ; 7e 1873 ; 8e 1875 ; 9e 1878 ; 10e 1881 ; 11e 1884 ; 12e 1885 ; Belgique, Hollande et Luxembourg, 13e 1888 ; 14e 1891 ; 15e 1894 (plan expo univ. d'Anvers) ; 16e 1897 ; 17e 1901 ; 18e 1905 ; 19e 1910 (suppl. expo univ. Bruxelles 1910) et 1919 ; Belgique et Luxembourg, 20e 1928.
Italie septentrionale 1861 ; 2e 1863 ; 3e 1865 ; 4e 1869 ; 5e 1870 ; 6e 1873 ; 7e 1876 ; 8e 1878 ; 9e 1880 ; 10e 1883 ; 11e 1886 ; 12e 1889 ; 13e 1892 ; 14e 1895 ; 15e 1899 ; 16e 1904 ; 17e 1908 ; 18e 1913 ; 19e 1932.
Italie centrale et Rome 1867 ; 2e 1869 ; 3e 1872 ; 4e 1875 ; 5e 1877 ; 6e 1880 ; 7e 1883 ; 8e 1887 ; 9e 1890 ; 10e 1895 ; 11e 1897 ; 12e 1900 ; 13e 1904 ; 14e 1909 ; 15e 1929.
Italie du Sud 1867 ; 2e 1869 ; 3e 1872 ; 4e 1875 ; 5e 1877 ; 6e 1880 ; 7e 1883 ; 8e 1887 ; 9e 1890 ; 10e 1893 ; 11e 1896 ; 12e 1900 ; 13e 1903 ; 14e 1907 ; 15e 1912.
Italie des Alpes à Naples 1901 ; 2e 1905 ; 3e 1909 ; 4e 1926.
Paris 1865 ; 2e 1867 (suppl. expo univ.) ; 3e 1874 ; 4e 1876 ; 5e 1878 ; 6e 1881 ; 7e 1884 ; 8e 1887 ; 9e 1889 (guide expo univ.) ; 10e 1891 ; 11e 1894 ; 12e 1896 ; 13e 1898 ; 14e 1900 (suppl. expo) ; 15e 1903 ; 16e 1907 ; 17e 1911 ; 18e 1914 ; 19e 1924 ; 20e 1937.
Nord de la France 1884 ; 2e 1887 ; 3e 1890 ; 4e 1893.
Midi de la France 1885 ; 2e 1886 (3 cartes manquent dans les premiers exemplaires) ; 3e 1889 ; 4e 1892.
Centre de la France, 3e 1889 ; 4e 1892.
Nord-Est de la France, 5e 1895 ; 6e 1898 et 1899, 7e 1903 ; 8e 1908 ; 9e 1914 et 1919.
Nord-Ouest de la France, 5e 1895 ; 6e 1898 ; 7e 1902 ; 8e 1908 ; 9e 1913.
Sud-Est de la France, 5e 1894 ; 6e 1897 ; 7e 1901 ; 8e 1906 ; 9e 1910.
Sud-Ouest de la France, 5e 1894 ; 6e 1897 ; 7e 1901 ; 8e 1906 ; 9e 1912 et 1924.
Londres 1866 ; 2e 1873 ; 3e 1875 ; 4e 1879 ; 5e 1881 ; 6e 1884 ; 7e 1888 ; 8e 1890 ; 9e 1894 ; 10e 1899 ; 11e 1907 ; 12e 1913.
Suède et Norvège 1866 ; 2e 1892 ; 3e 1898 ; 4e 1911 et 1919 (toutes éditions avec manuel convers. fr. dan. norv. suéd.).
Russie 1893 ; 2e 1897 ; 3e 1902.
Manuel de la langue russe, id., 1893 ; 1897 ; 1902.
Espagne et Portugal 1900 ; 2e 1908 ; 3e 1920.
Grèce 1910.
Palestine et Syrie 1882 ; 2e 1893 ; 3e 1906 ; 4e 1912.
Egypte 1898 ; 2e 1903 ; Egypte et Soudan, 3e 1908 ; 4e 1914.
Etats-Unis 1894 ; 2e 1905.
Athènes et ses environs 1871 ; 2e 1872 ; 3e 1875 ; 4e 1881 ; 5e 1886 (en 3 langues, publié par Wilberg, Athènes).
Berlin et ses environs 1885, 1908 (éditions spéciales pour des congrès, sinon en allemand et anglais uniquement).
Manuel de conversation pour le voyageur, depuis 1836 (en 4 langues, fr., all. angl., ital.).

Bibliographie

Baedeker, Hans,"Verlag Karl Baedeker", Leipziger Jahrbuch,1940.
Boyle, L.Laurence, "Hans Baedeker" Reiseleben, vol. 13, Holzminden, 1986.
Boyle, L.Laurence, "Karl Baedeker II" Reiseleben, vol. 10, Holzminden, 1985.
Boyle, L.Laurence, "Who was Karl Baedeker ?", Reiseleben, N° spécial N° 1, Holzminden, 1984.
Dohrn-Van Rorrum, Gerhard," Le collectionneur de Baedeker" in Pierre Ayçoberry et Marc Ferro (éd.), Une Histoire du Rhin, Paris : Ramsay, 1981, P. 198-205.
Gretton, John R., Baedeker's Guidebooks, a Checklist of English-Language Editions 1861-1939, Dereham : Dereham Books, 1994, 40 p.
Précieuse liste des Baedeker en langue anglaise, précédée d'une excellente introduction.
Hinrichsen, Alex W.,"Athens and its environs", in Reisen und Leben, vol. 15, Holzminden, 1987.
Hinrichsen, Alex W., Baedeker-Katalog, Holzminden : Ursula Hinrichsen Verlag, 1989, 46 p., bibliogr.
Histoire de la firme, traduit en anglais par Michael Wild.
Hinrichsen, Alex W., Baedeker's Reisehandbücher 1832-1990, 2e édition, Bevern : Ursula Hinrichsen Verlag, 1991, 352 p., ill., bibliogr.
Fondamental, éditions précédentes en 1979, 1981 (histoire et bibliographie) et 1988 (catalogue).
Mendelson, Edward, "Baedeker's universe", Yale Review, vol. 74 (1985), p. 386-403.
Wind, Herbert, "Profiles. The House of Baedeker", New Yorker, (22-09-1975), p. 42-93.
Revues
Baedekeriana, Lincoln : Michael Wild, N° 1 à 18 (1984?- été 1992)
Information for Baedeker friends, vol. 1-5, Holzminden, 1980-3.
Reiseleben, vol. 6-14, Holzminden, 1983-7.
Reise und Leben, vol. 15-21, Holzminden puis Bevern, 1987-91.

Autres mots-clés : Chaix, Joanne, Hachette

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13 novembre