Périégèse hypertextuelle d'une contrée réelle : Voyage en Italie de Jean Giono

Giono se veut un "voyageur immobile" qui invente des récits fabuleux à partir de ses lectures sans quitter son bureau manosquin. Néanmoins, il a laissé un récit de voyage bien réel qu'il a fait en Italie en 1951 (Voyage en Italie). Il s'avère pourtant que l'auteur du Hussard sur le toit (roman qu'il vient de publier la même année) et du Bonheur fou (continuation du, "Cycle du Hussard" qu'il envisage alors d'écrire) voit l'Italie contemporaine à travers sa lecture / réécriture de Stendhal, Machiavel et Dante (sans oublier Shakespeare) en interprétant paysages, monuments et habitants à l'aide de cette grille hypotextuelle. L'expérience immédiate compte en fait peu dans ce récit focalisé sur le personnage d'auteur-narrateur. Ses compagnons de voyage (y compris sa femme) sont relégués au second plan. On assiste à la transformation du vécu, par l'intermédiaire d'un hypotexte allographe naturalisé en un (hyper) texte autographe, en un récit où se côtoient en s'entremêlant des thèmes déjà exploités et nouveaux, i. e. au changement du réel (cette fois-ci exceptionnellement visité par le voyageur ,"mobile") en "l'univers privé de Jean Giono" (expression de W. D. Redfern) selon le schéma utilisé par l'écrivain pour créer ses oeuvres explicitement fictionnelles. Comme Giono le dit dans Voyage d'Italie, [ j ]e me suis efforcé de décrire le monde, non pas comme il est, mais comme il est quand je m'y ajoute, ce qui, évidemment, ne le simplifie pas", conscient au moins depuis 1943 que, "quoi qu'on fasse, c'est toujours le portrait de l'artiste par lui-même que l'on fait" (Journal de l 'Occupation, Noé).

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15h