Poésie des chemins de fer au XIXe siècle

Au départ d'un corpus de textes poétiques tous consacrés au développement du chemin de fer en Belgique et datant de la courte période qui va de 1840 à 1880, il s'agit de voir quel statut ces textes peuvent revendiquer au sein de la production littéraire de l'époque, quelle idéologie ils développent, ainsi que les représentations sociologiques qu'ils laissent transparaître. Fidèles représentants de la poésie officielle des premières décennies de la Belgique indépendante, ils perpétuent une rhétorique pesante et un schéma métrique datants du XVIIIe siècle. Se voulant littéraires, ces auteurs le sont parfois un peu trop, et sont certainement en complet décalage par rapport aux courants les plus novateurs de la première moitié du XIXe siècle. Ils illustrent bien en ce sens l'analyse des champs littéraires en terme de centre et de périphérie. Néanmoins, à travers leurs métaphores un peu lourdes et leurs allégories répétitives, ces vers érigent le chemin de fer en un des plus importants témoins et moteurs de l'inaltérable progrès humain, synonyme de paix et de communauté fraternelle entre les peuples. Tandis qu'ils supportent avec une grande ferveur poétique le déploiement de l'Industrie, on peut se demander dans quelle mesure ces auteurs, généralement issus de la bourgeoisie moyenne, ne se font pas les continuateurs de quelques traits spécifiques de l'idéologie saint-simonienne, dont l'influence en Belgique fut aussi brève que faible, mais qui toucha cependant, même de loin, quelques figures marquantes du monde politique et littéraire.

"Railway Poetry in the XIXth Century" Our corpus is a series of poetical texts dedicated to the development of Belgian railways covering the short period running from 1840 to 1880. Our aim is to discover the status which these texts may aspire to within that period's literary production ; what ideology they promote, and what sociological message they suggest. They are the faithful representatives of officially-inspired poetry in the first decades of an independent Belgium, they also perpetuate a somewhat heavy-handed rhetoric and metric pattern dating back to the XVIIIth century. In their literary aspirations, their authors seem to have overreached themselves and are obviously completely outdistanced by the most avant-guarde literary trends of the first half of the XIXth century. Yet, in spite of their somewhat clumsy use of metaphors and their repetitive allegories, these verses extol the railway as a most determining factor and mover of unbroken human progress; they might be seen as a synonym for peace and fraternal communion between the peoples of the earth. Since these authors support industrial growth with a great deal of poetic fervour, one may well ask to what extent these people - hailing from the ranks of the middle-classes - are not in some way the heirs of specific ideological concepts derived from the saint-simon school of thought. One whose influence in Belgium was as brief as it was weak yet which reached out - albeit from afar - to some noteworthy characters belonging to literary and political circles.

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10h30