Réenchanter Smyrne (Lamartine et Gautier)

Alors que Chateaubriand, dans l'"Itinéraire de Paris à Jérusalem" (1811), se montre déçu de "cet autre Paris", renversant l'image traditionnelle, qui remonte lointainement à Hérodote, d'une Smyrne dont le luxe asiatique est associé à la douceur du climat ionien, Lamartine, dans son "Voyage en Orient" (1835), confère à cette ville le statut d'espace frontière, apte à relier l'Orient et l'Occident dont il annonce précisément l'"inévitable rapprochement". Nouvel Homère, le poète entrant en politique vient chercher à Smyrne l'inspiration et la légitimité d'une parole de type prophétique, volant ainsi la vedette aux saint-simoniens qu'il rencontre à cette occasion, et dont on évoquera brièvement l'expédition méditerranéenne, à travers les témoignages de Cognat et d'Urbain.
Avec Gautier, dont la turcophilie annonce Loti, Smyrne rentre pleinement dans l'espace ottoman. Loin de la vision démythifiante (critique du "despotisme oriental") qu'en donnait Michaud dans sa "Correspondance d'Orient", le narrateur de "Constantinople" (1853) célèbre dans cette ville orientale les charmes du divers (le Bezestin), dans une perspective esthétique volontairement dépourvue de tout humanisme (le marché aux esclaves) et de toute prétention messianique (le pont des Caravanes transformé en scène de genre). Spectateur ravi du "kaléidoscope" des différents groupes ethniques et religieux qui cohabitent à Smyrne, Gautier refuse cependant de réciter le couplet attendu sur la beauté des femmes : l'Orient est la contrée du voile !

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14h20