Un Chinois en Europe au XVIIIe siècle : Fan Shouyi (1682-1753) et le premier récit de voyage chinois sur l'Europe, Shenjian lu (Notes des choses vues)

L'Empire du Milieu n'était guère favorable au voyage. Selon une formule confucéenne : « On ne peut s'éloigner du pays natal tant que les parents sont encore en vie ». Au IIe siècle de notre ère, l'empereur Zhang Qian envoya une mission en Asie centrale ; mais dès le deuxième millénaire avant Jésus-Christ, la route de la soie était fréquentée. Zheng He (1371-1435) envoya une flotte sur la côte orientale de l'Afrique. Mais au XVIIIe siècle, la Chine est fermée. Les premiers voyageurs chinois en Occident sont des jeunes gens que les pères jésuites font éduquer à la fin du XVIIe siècle dans leurs collèges d'Europe. En 1740, cinq Chinois séjournent au collège parisien de Louis le Grand : l'un d'eux rédige une relation de voyage en vers latins. Sous l'autorité du ministre Bertin, des Chinois rapatriés en Chine envoient des informations qui seront à la base de l'histoire du père Amiot. Xie Qinggao (1765-1821), voyageur et traducteur à Macao, publie de très fantaisistes Notes maritimes. Le premier voyageur qui rédige une relation de voyage en Occident est Fan Shouyi (1682-1753). Domestique du P. Provana (1662-1720), Fan l'accompagne en Europe (1708), à Rome où se discutent les rites chinois ; devenu prêtre et jésuite, « Louis » Fan rédige à son retour en Chine des Notes qui seront publiées par extrait en 1936 et complètement en 1953. Il s'agit d'un itinéraire assorti d'un léger commentaire. Partis de Macao, les voyageurs ont pris la route de l'Est par le Pacifique, le Brésil, l'Atlantique, le Portugal et Rome. Le retour se fit en 1719 par le cap de Bonne Espérance. Si les deux tiers du récit rédigé en chinois classique sont consacrés à l'Italie, Fan est fasciné par le Brésil colonial et, en général, par l'architecture occidentale. Les Notes étaient un rapport sollicité par l'empereur Kangxi qui s'intéressait au trajet exact des voyageurs et aux informations précises sur les Cours européennes et la Papauté. Auteur du fameux édit de tolérance (1692), Kangxi fut plus tard celui de l'édit d'interdiction de l'évangélisation.

Mots-clés : Chine. Jésuite. Brésil. Christianisme.

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01 février