Un protestant en Italie : François-Maximilien Misson.

Frank Lestringant, qui poursuit ses travaux sur les huguenots voyageurs, traite d’un auteur qui fut le " Baedeker " du XVIIIe siècle pour l’Italie des voyageurs français, mais aussi des Européens puisque son livre fut publié dans diverses langues. Le " Nouveau Voyage d’Italie" publié à La Haye en 1691 chez van Bulderen est l’œuvre de François-Maximilien Misson. Le paradoxe est que ce livre destiné aux voyageurs dans l’Italie catholique fut rédigé par un huguenot férocement hostile à l’Eglise de Rome. Fils du pasteur de la petite cité normande de Sainte-Mère-Église, Misson se destinait au pastorat et fit des études à Genève. La Révocation de l’Edit de Nantes l’exila en Angleterre où il renonça à une carrière ecclésiastique et où il devint le précepteur d’un jeune aristocrate britannique, le comte d’Arran avec qui il voyagea trois ans à travers Europe : les lettres envoyées au cours de ce Grand Tour sont la matière récrite du " Nouveau Voyage ". On connaît moins la suite de la vie de Misson. Il fut étroitement mêlé dans les premières années du XVIIIe siècle (1707-1708) à l’affaire des Prophètes : ces huguenots venus des Cévennes à Londres prêchaient l’Apocalypse imminente. Ils furent traduits en justice et condamnés. Misson prit la défense de ces exaltés presque analphabètes dans le " Théâtre sacré des Cévennes " où il fournissait un dossier orienté de l’affaire. Déconsidéré, Misson mourut dans la misère et le désespoir en 1721. Ces ultimes années éclairent d’un jour nouveau son guide d’Italie, qui commence en Hollande par l’évocation du Refuge huguenot autour de la personnalité absente-présente de Pierre Bayle. Le scepticisme baylien inspire la critique des superstitions catholiques dont le " Nouveau Voyage " tient le registre. Dans sa préface, Misson insiste sur l’originalité de la lettre pour exprimer le voyage : discontinuité du récit, "style libre et familier ", style digressif (qui permet les digressions), discours qui refuse la "description " - procédé rhétorique habituel qui épuise le sujet. Il s’agit de " remettre sur le tapis " par une fonction nouvelle du regard ce que les autres voyageurs ont dit. Il prône la "diversité " et le refus du catalogue convenu de la littérature viatique – antiques, beaux-arts, etc. Il ne se prive pas non plus de critiquer l’Italie et les Italiens, dont il dénonce les impostures (dégonfler la baudruche). Sa critique du catholicisme prend la forme d’une mise en parallèle avec le paganisme antique dont l’Eglise " romaine " serait la réplique ; la "fable" ecclésiastique n’est que fausse croyance et superstition : la Papesse Jeanne, les catacombes (peu ou pas chrétiennes) ; luttant contre les " préjugés ", Misson prend des positions que l’on va retrouver dans la Querelle des Anciens et des Modernes ; il est évidemment " moderne ". Il prend la défense tactique des " quiétistes ", ce qui condamne l’intolérance des catholiques. Il n’hésite pas non plus à attaquer les voyageurs antérieurs – tactique classique – dont l’archétype est le menteur Marco Polo. Mais il essaie de juger rationnellement quand le merveilleux intervient ; si la supercherie n’est pas prouvée, il faut laisser son esprit en, suspens (les résurrections). Comme dans le propos du " Théâtre sacré des Cévennes ", il faut se contenter des " faits naïvement racontés " et "juridiquement attestés ".

Mots-clés : protestantisme. pyrrhonisme. Réforme. reliques. Rome. Église catholique.

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6 février