Voyage au pays des merveilles : éléments de théologie viatique

Le "récit de voyage" de C. Biron, intitulé, Curiosités de la nature et de l'art (1703), se fonde sur des liens paradoxaux entre d'une part les concepts de science et de merveille et, d'autre part, l'approche théologique des problèmes posés par la rencontre de l'extraordinaire merveilleux auquel le voyageur est confronté. La figure du physicien, spécialiste en fait de science naturelle, présente pour le voyageur des atouts susceptibles de lui permettre de résoudre certaines énigmes sans jamais accéder au mystère originel de la création que Dieu seul explique. Dans la tradition du genre viatique, l'authenticité du discours du voyageur n'est plus à défendre, seule la vérité du monde est en jeu. A travers la découverte de l'altérité exotique et étrange, l'intérêt d'une telle démarche est de favoriser les progrès de la science sans remettre en cause l'identité du monde dont la matière substantiellement divine n'est jamais contestée. Le compromis permet parfois de militer en faveur d'hommes et de sociétés beaucoup moins barbares que ceux et celles que l'imaginaire a su forger par facilité. La science de l'autre apparaît alors comme le gain inattendu de cette ouverture d'esprit méthodiquement envisagée dans le cadre d'un programme d'investigation scientifique qui n'a cependant d'égard que pour l'anomalie et le paradoxal. Le catalogue des curiosités de la nature et de l'art fidèle à la tradition des discours paradoxographiques qui ont fleuri à la Renaissance de même que le succès des cabinets de curiosités, propose, en marge de la science des systèmes génériques mais aussi en marge des discours apologétiques, une façon ambiguë mais constructive de combiner des intérêts a priori contraires.

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15h30