Voyage et fiction dans les Mémoires d'un touriste

L'influence du XVIIIe siècle peut être perçue dans les romans ou dans les récits autobiographiques de Stendhal et se manifeste encore largement dans les Mémoires d'un touriste. Bon nombre de digressions littéraires se développent en marge des impressions de voyage et dévoilent l'intérêt du commis-voyageur pour la littérature des Lumières. Mais au-delà de ces références culturelles, la forme du récit de voyage stendhalien conserve l'empreinte de textes du XVIIIe siècle.
On examinera en priorité les Lettres persanes de Montesquieu, qui représentent une référence fondamentale, dans la mesure où les Mémoires, parsemées d'allusions à Montesquieu, culminent, dans le dernier chapitre, avec la visite de Bordeaux. On se penchera également sur Jacques le fataliste, sur les contes de Voltaire et sur L'Ingénu en particulier, et on réservera une place au récit picaresque et à Gil Blas.
Tout en mettant ce corpus en perspective avec les Mémoires d'un touriste, on expliquera comment, à partir de cadres de fiction qu'il garde en mémoire, Stendhal reconstruit la réalité qu'il considère et comment il en vient à faire des Mémoires d'un touriste un texte de fiction. On étudiera, pour ce faire, les cadres formels qui constituent la topique du personnage qui voyage, topique héritée du XVIIIe siècle. Ces critères formels concernent la préface ironique des Mémoires - qui vient dans le prolongement des préfaces de romans du XVIIIe siècle -, mais aussi l'attitude du narrateur-voyageur qui se pose en voyageur curieux et philosophe, les anecdotes et les dialogues insérés dans le texte, les topoi de récits de voyage du XVIIIe siècle que Stendhal reprend, et même certaines formules glanées dans les textes du XVIIIe siècle et qui viennent influencer le style du commis-voyageur.
On insistera sur les critères formels, et à partir de cette étude, on montrera comment Stendhal s'appuie sur ces cadres de fiction pour élaborer une esthétique personnelle du récit de voyage, à la limite du genre romanesque. Ainsi, dans les Mémoires d'un touriste, Stendhal utilise certes les apports du XVIIIe siècle, mais il les assimile pour aboutir à une conception originale du récit de voyage.

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16h55